La fureur de ce que je pense

Supplémentaire le 27 novembre à 16h
8 novembre au 3 décembre
2022

Durée
1h30

« Quand j’étais petite j’ai fini par grandir. J’en suis arrivée au point fatal où je pouvais voir mon visage dans les miroirs, du moins à partir du menton; depuis ce jour-là je n’ai plus pu m’échapper, je me suis tombée dessus à chaque tournant. »

– Nelly Arcan (La Robe)

Nelly Arcan était une femme exposée, offerte au regard des autres sans retenue, fragilisée à la fois par l’œil scrutateur des voyeurs et par sa propre absence de pudeur.

 

La puissance de son écriture est saisissante. Elle recèle tant de noirceur qu’il faut souvent quitter le livre des yeux un moment. On se dit mon dieu quelle souffrance, comme cette vision est crue. Et quelle intransigeance, quelle dureté, quelle clarté ils ont ces superbes yeux qui transpercent les autres impitoyablement comme des poignards coupants. Paradoxalement, on éprouve alors de l’affection pour celle qui écrit sans pitié ni compassion. L’élan de cette fureur crachée dans cette parole si dure et vive n’arrive pas à masquer la terreur que cette femme brillante, prisonnière d’une sorte d’état d’effarement ininterrompu, éprouvait face aux injustices de la condition humaine, de la condition féminine, des états amoureux.

 

Le spectacle LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE a été créé avec la volonté de rendre hommage à cette jeune femme tourmentée, auteure importante trop tôt disparue, avec le souci de mettre le rythme de son écriture en valeur, loin du théâtre psychologique ou du récit biographique.

 

Dans LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE, neuf chambres sont révélées par des fenêtres-vitrines. Derrière six d’entre elles sont exposées des femmes évoluant dans leur espace privé. À chaque chambre correspond un chant. Chaque chant est l’expression d’une obsession, d’une angoisse ou d’un espoir récurrent dans la pensée et dans l’écriture de Nelly. Le septième chant, le chant perdu, est le chant du Chœur, dirigé par le personnage du spectre qui s’insinue ponctuellement dans l’intimité des femmes.

 

Le chant perdu  | Anne Thériault
Où il est question de l’errance, de la solitude et de la souffrance
 
Le chant des mirages  | Sophie Cadieux
Où il est question des illusions, de l’image et du corps
 
Le chant occulte  | Christine Beaulieu
Où il est question de la destinée et de la confusion des genres
 
Le chant de l’éther  | Julie Le Breton
Où il est question du cosmos, des étoiles et de la nature
 
Le chant du sang  | Johanne Haberlin
Où il est question des liens du sang et de la descendance
 
Le chant de l’ombre  | Evelyne de la Chenelière
Où il est question du pouvoir d’attraction de la Mort
 
Le chant des serpents  | Larissa Corriveau
Où il est question de foi et de folie

 

Née dans les Cantons de l’Est en 1973, Nelly Arcan, de son vrai nom Isabelle Fortier, s’est fait connaître en 2001 avec Putain, un premier roman percutant et dérangeant, dans lequel elle parle de son métier d’escorte. Il sera suivi de deux autres livres, soit Folle (2004) et À ciel ouvert (2007). Le 24 septembre 2009, l’auteure s’est donné la mort dans son appartement du Plateau Mont-Royal. Quelques jours plus tard paraissait Paradis, clef en main. Près de deux ans après sa disparition, son ultime ouvrage, Burqa de chair, est publié et propose des récits inédits, dont La Robe et La Honte.

 

En 2013, pour la deuxième saison de sa résidence d’artiste à ESPACE GO, la comédienne Sophie Cadieux avait souhaité explorer le territoire intime de cette œuvre et faire entendre la pensée de l’auteure autrement que par le spectre de la sexualité spectacle. Pour donner corps aux mots de Nelly Arcan, elle a fait appel à la metteure en scène Marie Brassard.

 

Pour LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE, Marie Brassard s’est entourée d’une équipe d’artistes multidisciplinaires issus de différents horizons. Celle qui dans le passé a souvent travaillé avec Robert Lepage (LA TRILOGIE DES DRAGONS, LE POLYGRAPHE, NÔ, LES SEPT BRANCHES DE LA RIVIÈRE OTA, etc.) poursuit sa recherche théâtrale entamée en 2001 alors qu’elle créait son premier spectacle solo, JIMMY, CRÉATURE DE RÊVE. Depuis, cette voix singulière du théâtre contemporain mène, au sein de sa compagnie Infrarouge, ses expériences technologiques et explore les manières possibles d’utiliser le son au théâtre. Ses spectacles, dont VIOLENCE, L’INVISIBLE, MOI QUI ME PARLE À MOI-MÊME DANS LE FUTUR et LA NOIRCEUR, ont été accueillis chaleureusement dans plusieurs villes d’Amérique, d’Europe et d’Australie.

 

Pour Marie Brassard, LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE constituait une première invitation à créer un spectacle à l’extérieur de sa compagnie. Depuis, elle a recréé PEEPSHOW (ESPACE GO, 2016) et créé LA VIE UTILE d’Evelyne de la Chenelière (ESPACE GO, 2018) et ECLIPSE (Théâtre de Quat’Sous, 2020).

 

Le texte de LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE est tiré de Putain et Folle de Nelly Arcan, publiés par les Editions du Seuil, de même que de L’enfant dans le miroir, publié par Marchand de Feuille, repris dans Burqa de chair, publié par les Editions du Seuil. La version originale du spectacle a été créée en 2013 au Théâtre ESPACE GO et a connu d’autres vies, principalement au Japon – avec des interprètes nippones -, en Espagne et autres pays d’Europe.

 

Production du spectacle en tournée : INFRAROUGE
Agent de tournée à l’international : Menno Plukker Theatre Agent Inc, menno@mennoplukker.com
Agente de tournée en France : Sarah Ford, Quaternaire, sarah@quaternaire.org