La fureur de ce que je pense

Isabelle Fortier est née le 5 mars 1973 à Lac-Mégantic. Enfant douée et calme, elle est élevée dans une famille catholique. Son adolescence est plus compliquée, voire torturée : « [C]’était l’enfer. J’étais enfermée. Je voulais disparaître aux yeux des autres. J’étais en souffrance », confiera-t-elle. Cette souffrance se manifeste d’ailleurs par un certain retrait de la vie sociale. En 1994, après des études en sciences sociales au Cégep de Sherbrooke, Isabelle Fortier quitte Lac-Mégantic et déménage à Montréal pour y entamer des études littéraires à l’Université du Québec à Montréal. (Le mythe veut qu’Isabelle Fortier n’ait jamais remis les pieds dans sa ville d’origine ; ce n’est pas vrai, elle y retournera à plusieurs occasions pour voir sa famille.)
 
Le contraste entre la tranquillité de la petite ville des Cantons de l’Est et la grande métropole est radical et bouleverse la jeune femme dans les fondements mêmes de son éducation : « J’ai vécu une débauche de valeurs. Sodome et Gomorrhe! Si je ne crois pas en Dieu, je suis restée profondément morale, moralisatrice même. Drôle de moralité, parce que je perçois la décadence, mais j’en fais aussi partie… » Pour payer ses études, Isabelle Fortier travaille comme escorte. Élève brillante, elle enchaîne un baccalauréat et une maîtrise sur les Mémoires d’un névropathe1, de Daniel Paul Schreber.
 
En 2001, alors qu’elle termine de rédiger son mémoire, elle écrit ce qui deviendra Putain et qui n’est au départ qu’un texte destiné à son psychanalyste. Le manuscrit, achevé en six mois et envoyé aux éditeurs français, est accepté deux semaines plus tard par les Éditions du Seuil. Pour marquer une distance avec son récit, Isabelle Fortier emprunte alors le pseudonyme de Nelly Arcan. Lors de la rentrée littéraire, le livre connaît un succès critique et commercial retentissant dans l’Hexagone. Il est même en lice pour les prix Médicis et Femina en 2002.
 
Trois ans plus tard, toujours sous le pseudonyme de Nelly Arcan, Fortier publie Folle aux Éditions du Seuil. Même si l’engouement médiatique s’est un peu calmé, la critique souligne la qualité du livre, qui est à son tour finaliste pour le prix Femina.
 
En 2007, avec l’illustratrice Pascale Bourguignon, elle publie chez Marchand de Feuilles L’Enfant dans le miroir, un conte cruel pour jeunes filles. La même année paraît À ciel ouvert, son troisième roman, cette fois écrit à la troisième personne.
 
Le 24 septembre 2009, Nelly Arcan s’enlève la vie dans son appartement montréalais.
 
Nelly Arcan travaillait depuis un certain temps sur un roman traitant du suicide. Moins de deux mois après sa mort paraît Paradis, clef en main aux éditions Coups de tête.
 
 
BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE
 
Nelly Arcan, Putain, Paris, Seuil, « Points », 2002 [2001 pour la première édition].
Nelly Arcan, Folle, Paris, Seuil, « Points », 2005 [2004 pour la première édition].
Nelly Arcan, L’Enfant dans le miroir, illustrations de Pascale Bourguignon, Montréal, Marchand de feuilles, coll. « Bonzaï », 2007.
Nelly Arcan, À ciel ouvert, Paris, Seuil, « Points », 2010 [2007 pour la première édition].
Nelly Arcan, Paradis, clef en main, Montréal, Coups de tête, 2009.
Daniel Paul Schreber, Mémoires d’un névropathe, Paris, Seuil, « Points essais », 1985 [première édition en langue allemande : 1903]
Source : nellyarcan.com
Daniel Paul Schreber, Mémoires d’un névropathe, Paris, Seuil, « Points essais », 1985 [première édition en langue allemande : 1903]
1. Daniel Paul Schreber, Mémoires d’un névropathe, Paris, Seuil, « Points essais », 1985 [première édition en langue allemande : 1903]