Le traitement de la nuit

7 mars au 2 avril
2023

Durée approximative
1h30

« Jérémie est un ex-détenu. […]
Ma mère adore les ex-détenus, les ex-toxicomanes, les ex-prostituées, tous les parias auprès de qui elle peut faire œuvre de miséricorde.
Mes parents aiment raconter à leurs amis que notre paysagiste est un ex-détenu. »

– Léna

Léna est venue au monde un jour plein de lumière. Elle ne l’a pas aimé.

 

À la nuit tombante, ses parents, Bernard et Viviane, prennent leur repas en admirant la splendeur de leur propriété qui, grâce aux bons soins de Jérémie, leur nouveau jardinier, les fait se projeter dans un paysage infini. Léna surgit, de retour d’une nouvelle fugue, mais le couple fait comme si de rien n’était.

 

Lorsque la nuit tombe, cette scène se répète et se module au gré de l’obscurité qui révèle des mouvements inattendus au sein du quatuor. Plusieurs récits contradictoires s’inventent au fur et à mesure que la parole se déploie et qu’elle devient de plus en plus menaçante. Pour se libérer d’un patrimoine, écrasant privilège dont on n’a jamais fini de faire l’aveu, Léna et Jérémie projettent de tout sacrifier : père, mère et royaume. Meurtres réels ou fantasmés? La parole a-t-elle le pouvoir de façonner le réel?

 

LE TRAITEMENT DE LA NUIT est une tragédie qui se réalise par le langage. C’est en parlant que les personnages fabriquent un monde. Ici, la parole n’est plus au service de la communication, mais s’engage plutôt dans une entreprise de remodelage du passé, du présent et de l’avenir.

 

Dans cette nouvelle création, Evelyne de la Chenelière nous transporte vers des espaces où règnent le doute et l’incertitude : d’une situation réaliste, elle introduit graduellement des fissures temporelles et de l’étrangeté, révélant ainsi, souvent avec un humour incisif, les sombres contours d’une violence en quête de rédemption.

 

Elle pose ainsi la question de notre rapport sensible au monde et à la force de ses éléments. Comment l’alternance du jour et de la nuit agit-elle sur notre être et notre volonté? Comment rejoindre la beauté d’un paysage qui s’offre à notre vue? Comment rencontrer pleinement l’indicible? C’est la tragédie du langage, dans son échec à rejoindre la chair du monde et à faire récit de son chaos. Les personnages ne savent pas dire leur déroute, leur confusion, leurs peurs viscérales et encore moins leur amour.

 

« Dans toutes mes pièces, les personnages font usage de la langue
pour tenter de retrouver l’innocence perdue,
chaque mot prononcé est impulsé par une sorte de procès intérieur
se soldant invariablement par le constat d’un impossible rachat. »

– Evelyne de la Chenelière

Evelyne de la Chenelière se consacre au théâtre et à l’écriture depuis plus de vingt ans. Issue du Nouveau Théâtre Expérimental, elle aborde l’écriture dramatique comme un laboratoire de recherche, un atelier de fabrication d’où elle  tire une partition destinée au plateau, un texte écrit pour traverser le corps des acteurs. Pourtant, ses pièces de théâtre, traduites et montées au Québec comme ailleurs dans le monde, sont aussi des œuvres littéraires, pleines et autonomes, qui interrogent la langue comme conditionnement de l’expression et de la pensée. La pièce LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, créée dans une mise en scène de Denis Marleau à l’automne 2014, marque le début de sa résidence artistique de trois ans au Théâtre ESPACE GO. S’ensuivent les pièces LES LETTRES D’AMOUR dans une mise en scène de David Bobée en 2016, LA VIE UTILE mise en scène par Marie Brassard en 2018, puis sa réécriture d’ÉLECTRE, dans une mise en scène de Serge Denoncourt. Le cœur de cette résidence fut le chantier d’écriture que l’artiste a déployé sur un mur du théâtre, dans un geste interrogeant le devenir et le recommencement.  Le parcours d’Evelyne de la Chenelière est marqué par une recherche constante et un désir de questionner l’art vivant, tant par l’écriture que par le jeu. Elle est lauréate de nombreux prix, dont celui du prix Marcel-Dubé en 2020 pour le recueil La vie utile, précédée de Errance et tremblements, et du prix du Gouverneur général du Canada pour DÉSORDRE PUBLIC en 2006. La finesse de son œuvre  fait d’elle l’une des figures les plus significatives de la dramaturgie québécoise.

 

Pour porter ce nouveau texte à la scène, Evelyne de la Chenelière a souhaité retrouver Denis Marleau, codirecteur d’UBU compagnie de création, metteur en scène émérite, réputé à la fois pour son rapport fondamental au texte et à sa singularité et pour la précision de sa direction des interprètes. Au Théâtre ESPACE GO, on lui doit la mise en scène des pièces LES DIX COMMANDEMENTS DE DOROTHY DIX de Stéphanie Jasmin, AVANT-GARDE de Marieluise Fleisser LA VILLE de Martin Crimp, LE DERNIER FEU de Dea Loher et CE QUI EN MEURT EN DERNIER de Normand Chaurette. Avec sa complice Stéphanie Jasmin ils ont signé la mise en scène de SOIFS MATÉRIAUX de Marie-Claire Blais, LES MARGUERITE(S) de Stéphanie Jasmin et JACKIE d’Elfriede Jelinek.

 

 

CE QU’ON EN A DIT LORS DE LA PARUTION DU LIVRE

 

« Dans [cette pièce] émerge une violence indéniable, exprimée de manière plus aiguë que dans celles qu’a auparavant signées Evelyne de la Chenelière. Il y a toujours eu une part d’ombre dans l’œuvre de l’autrice, une conscience certaine de la misère du monde, mais cette dernière n’a probablement jamais été traduite dans une langue aussi incisive. À vrai dire, les personnages de ce [texte] sont parcourus d’un si grand nombre de failles qu’ils acquièrent une dimension mythique, et que leurs destins suscitent des émotions tragiques inévitables. »
Christian Saint-Pierre, Lettres québécoises