Le traitement de la nuit

7 mars au 2 avril
2023

Durée
1h30

« Dites-moi : à quoi ça sert de rêver si c’est comme dans la vie? »

– Viviane

 

À la nuit tombante, Bernard et Viviane prennent leur repas en admirant la splendeur de leur propriété, entretenue avec soin par Jérémie leur nouveau jardinier. Leur fille Léna surgit, de retour d’une nouvelle fugue, mais le couple fait comme si de rien n’était.

 

Cette scène se répète et se module au gré du basculement du jour vers la nuit, révélant des mouvements inattendus au sein du quatuor. Plusieurs récits s’inventent au fur et à mesure que la parole se déploie : Léna et Jérémie élaborent un plan pour se débarrasser des parents; Bernard doit soudainement arrêter sa voiture au milieu de la route; Viviane s’inquiète, lorsque le jour se lève, de ne pas retrouver son mari à la maison. Quelle est la part de rêve? La parole a-t-elle le pouvoir de façonner le réel?

 

LE TRAITEMENT DE LA NUIT est une comédie qui se réalise par le langage. C’est en parlant que les personnages fabriquent un monde. Dès qu’ils sont prononcés, les mots nous entraînent vers des espaces où règnent le doute et l’incertitude : d’une situation réaliste, l’autrice Evelyne de la Chenelière introduit graduellement des fissures temporelles et de l’étrangeté, révélant ainsi, avec un humour incisif, les contours de personnages en quête de rédemption. Prisonniers d’un monde qui oscille entre réalité et fantasme, ils ne savent pas dire leur déroute, leur confusion, leurs peurs viscérales et encore moins leur amour.

« Dans toutes mes pièces, les personnages font usage de la langue pour tenter de retrouver l’innocence perdue, chaque mot prononcé est impulsé par une sorte de procès intérieur se soldant invariablement par le constat d’un impossible rachat. »

– Evelyne de la Chenelière

Evelyne de la Chenelière se consacre au théâtre et à l’écriture depuis plus de vingt ans. Issue du Nouveau Théâtre Expérimental, elle aborde l’écriture dramatique comme un laboratoire de recherche, un atelier de fabrication d’où elle  tire une partition destinée au plateau, un texte écrit pour traverser le corps des acteurs. Pourtant, ses pièces de théâtre, traduites et montées au Québec comme ailleurs dans le monde, sont aussi des œuvres littéraires, pleines et autonomes, qui interrogent la langue comme conditionnement de l’expression et de la pensée. La pièce LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, créée dans une mise en scène de Denis Marleau à l’automne 2014, marque le début de sa résidence artistique de trois ans au Théâtre ESPACE GO. S’ensuivent les pièces LES LETTRES D’AMOUR dans une mise en scène de David Bobée en 2016, LA VIE UTILE mise en scène par Marie Brassard en 2018, puis sa réécriture d’ÉLECTRE, dans une mise en scène de Serge Denoncourt. Le cœur de cette résidence fut le chantier d’écriture que l’artiste a déployé sur un mur du théâtre, dans un geste interrogeant le devenir et le recommencement.  Le parcours d’Evelyne de la Chenelière est marqué par une recherche constante et un désir de questionner l’art vivant, tant par l’écriture que par le jeu. Elle est lauréate de nombreux prix, dont celui du prix Marcel-Dubé en 2020 pour le recueil La vie utile, précédée de Errance et tremblements, et du prix du Gouverneur général du Canada pour DÉSORDRE PUBLIC en 2006. La finesse de son œuvre  fait d’elle l’une des figures les plus significatives de la dramaturgie québécoise.

 

Pour porter ce nouveau texte à la scène, Evelyne de la Chenelière a souhaité retrouver Denis Marleau, codirecteur d’UBU compagnie de création, metteur en scène émérite, réputé à la fois pour son rapport fondamental au texte et à sa singularité et pour la précision de sa direction des interprètes. Au Théâtre ESPACE GO, on lui doit, entre autres, la mise en scène des pièces LES DIX COMMANDEMENTS DE DOROTHY DIX de Stéphanie Jasmin, AVANT-GARDE de Marieluise Fleisser LA VILLE de Martin Crimp, LE DERNIER FEU de Dea Loher et CE QUI EN MEURT EN DERNIER de Normand Chaurette. Avec sa complice Stéphanie Jasmin ils ont signé la mise en scène de SOIFS MATÉRIAUX de Marie-Claire Blais, LES MARGUERITE(S) de Stéphanie Jasmin et JACKIE d’Elfriede Jelinek.