Les aveugles + Dors mon petit enfant

En vente dès maintenant

2 au 26 novembre
2021

DORS MON PETIT ENFANT

Fantasmagorie technologique II

Personnage 1 : « Où sommes-nous »
Personnage 2 : « Je n’en sais rien »

 

 

Assis dans la blancheur des limbes, trois petits êtres s’entretiennent doucement. ils s’interrogent sur leur état propre et la nature du lieu dans lequel ils se trouvent. Et s’ils étaient nulle part mais que « nulle part » n’existait pas…? Eux-mêmes d’ailleurs, existent-ils?

 

Bref poème dialogué écrit en l’an 2000, DORS MON PETIT ENFANT nous entraîne dans les pensées indicibles du dramaturge norvégien Jon Fosse qui évoque ici à travers ses personnages un état de plénitude flottant entre la vie et son contraire, qui ne serait pas la mort mais le début de tout.

 

Deux ans après avoir créé la fantasmagorie des AVEUGLES au Musée d’art contemporain de Montréal (2002), Denis Marleau, qui avait déjà porté Jon Fosse à la scène avec QUELQU’UN VA VENIR, a réalisé une deuxième fantasmagorie pour donner forme à ce court texte plein de silence et d’étonnement. Exploration métaphysique autant que recherche plastique d’un état de prénaissance, DORS MON PETIT ENFANT résonne en écho avec la pièce de Maeterlinck par sa forme statique et instable dont les voix inquiètes s’entrelacent aux premières clartés d’un jour naissant. Trois figurines fantômes, à l’horizon d’un monde, dont les questions poreuses tracent une sorte de trajectoire de l’existence humaine… Un passage vers la vie, un lieu d’enfance de tous les possibles.

 

JON FOSSE

Né à Haugesund en Norvège en 1959, Jon Fosse est l’auteur d’une quarantaine de romans, récits, essais, recueils poétiques et livres pour enfants. En 1994, il signe sa première pièce de théâtre ET JAMAIS NOUS NE SERONS SÉPARÉS. Elle sera suivie de plus d’une vingtaine d’autres, dont LE FILS, HIVER, UN JOUR EN ÉTÉ, VARIATIONS SUR LA MORT, JE SUIS LE VENT et RÊVE D’AUTOMNE. Fosse est considéré comme l’un des plus grands auteurs contemporains. Ses œuvres, traduites dans plus de 40 langues, s’inscrivent dans une filiation avec d’autres dramaturges éminents des pays du nord de l’Europe : Ibsen, Strindberg et Bergman. Au cours de sa carrière, Fosse reçoit plusieurs prix littéraires, dont le Grand prix de littérature du Conseil nordique (2015), le Prix européen de littérature (2014) et le prix international Ibsen en 2010.
 
 

LES AVEUGLES

 

Fantasmagorie technologique I

« Attendez, je viens près de vous.
Où êtes-vous? Parlez! que j’entende
où vous êtes! »
 
– Premier aveugle-né

 
 
Douze visages semblent attendre, les yeux fermés, mi-clos sur la nuit. Six hommes et six femmes pétrifiés par l’abandon dans le frémissement des feuilles d’une forêt où se tisse une écoute suspendue. Douze aveugles qui ne peuvent plus avancer sans leur guide disparu depuis on ne sait combien de temps… Alors pour conjurer le vide, le sentiment de perte, ils se mettent à parler, remuent des images sonnantes, à l’affût des ombres, au fin fond des ténèbres, entre les silences ou dans leur mémoire.

 

« Nous ne sommes pas seuls ici… On nous écoute », disent deux des aveugles, comme s’ils avaient conscience du spectateur face à eux… Il y a en effet une rencontre qui est proposée ici, aussi singulière soit-elle, avec un texte, un auteur, un metteur en scène et deux acteurs. Une rencontre entre deux recherches théâtrales, celle de l’auteur Maurice Maeterlinck et celle du metteur en scène Denis Marleau. Le premier tendait à se délester de l’acteur ; le deuxième cherche à représenter et à incarner sur scène l’irreprésentable tels le double, le spectre ou le fantôme, ce qu’il a élaboré par des expériences avec la vidéo dans LES TROIS DERNIERS JOURS DE FERNANDO PESSOA (1997) et URFAUST, TRAGÉDIE SUBJECTIVE. (1999)

 

Dans LES AVEUGLES, l’acteur et l’actrice n’y sont plus. Il reste les images génériques d’un homme et d’une femme multipliée six fois mais toujours seuls avec eux-mêmes dans leur obscurité éternelle. Ces clones virtuels délestés de leur source vivante errent aux confins du théâtre et d’ailleurs. Plus qu’intrusion au sein même de l’espace textuel de la scène, au service du personnage, comme elle l’était d’abord pour Denis Marleau, la projection vidéo se substitue complètement à la présence vivante de l’acteur. Et la technologie aura servi surtout à se faire disparaître elle-même pour retrouver la simplicité du principe de projection fondant « le spectacle d’illusions d’optique dans une salle obscure donnant l’illusion d’apparitions surnaturelles » (Le Grand Robert) qu’était la fantasmagorie, et à établir ce moment suspendu où d’étranges intercesseurs mobilisent notre écoute et notre regard rendu presque aveugle.

 

– Stéphanie Jasmin (extrait de l’article « Parcours du personnage vidéo », Alternatives théâtrales 73-74 Bruxelles (2002)

 

MAURICE MAETERLINCK
Né à Gand en 1862, Maurice Maeterlinck est une figure de proue du théâtre belge, aujourd’hui célèbre pour son mélodrame PELLÉAS ET MÉLISANDE (1892), sommet du théâtre symboliste mis en musique par Debussy en 1902, pour sa pièce pour enfants L’OISEAU BLEU (1908), pour son essai inspiré par la biologie La Vie de la nature, pour ses treize essais mystiques réunis dans Le Trésor des humbles (1896), et plusieurs poèmes recueillis dans Serres chaudes (1889). Il obtient le prix Nobel de littérature en 1911.

 

Œuvre phare d’UBU et marquante du théâtre contemporain, LES AVEUGLES, créée dans le cadre d’une résidence de Denis Marleau au Musée d’art contemporain en 2002, puis présentée aux festivals d’Avignon et d’Édimbourg, a parcouru les scènes du monde pendant plus d’une décennie.

 

Entre installation et théâtre d’effigies, les fantasmagories de Denis Marleau et de Stéphanie Jasmin émerveillent par leur capacité à révéler l’humain dans ses états de présence et de forces intimes. Sous l’effet de dispositifs vidéo, pantins, androïdes, mannequins ou masques prennent vie sur scène, dans un théâtre existentiel saisissant et universel.

 

 

DENIS MARLEAU ET STÉPHANIE JASMIN

Depuis le début des années 1980 et après ses études au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, Denis Marleau développe avec constance une œuvre théâtrale éclectique et singulière, qui conjugue inventivité, rigueur formelle et transversalité, applaudie ici et à l’étranger. Sous l’égide d’UBU, compagnie de création qu’il fonde en 1982, il conçoit d’abord des spectacles-collages d’inspiration dadaïste (CŒUR À GAZ & AUTRES TEXTES DADA, 1981 ; MERZ OPÉRA, 1987; OULIPO SHOW, 1988) et explore par la suite les écritures contemporaines (Beckett, Koltès, Bernhard, Tabucchi, Fosse, Pliya, Jelinek, Loher, Crimp, Fleisser, Gaudé). Il monte également plusieurs pièces québécoises dont celles de Normand Chaurette, LE PASSAGE DE L’INDIANA (1996), LE PETIT KÖCHEL (2001), CE QUI MEURT EN DERNIER (2008), LES REINES (2005 et 2021), ainsi que des textes de Gaétan Soucy, Pierre Perrault, Evelyne de la Chenelière, Stéphanie Jasmin et Marie-Claire Blais. Parallèlement, il aborde des œuvres du grand répertoire (Shakespeare, Molière, Lessing, Goethe, Büchner, Tchekhov) et fait entrer AGAMEMNON de Sénèque au répertoire de la Comédie-Française (2011).

 

Avec la création des AVEUGLES de Maeterlinck, présentée sur trois continents entre 2002 et 2012, Denis Marleau s’engage avec Stéphanie Jasmin dans une recherche approfondie sur l’intégration des nouvelles technologies de l’image et du son au théâtre, notamment au service du personnage vidéo avec les fantasmagories I-II, DORS MON PETIT ENFANT et COMÉDIE de Beckett, et ensuite avec UNE FÊTE POUR BORIS de Thomas Bernhard et LES MARGUERITE(S). Les spectacles qu’ils vont concevoir ensemble nouent des dialogues inspirants avec la musique actuelle, la littérature, les arts visuels et même la mode avec Jean Paul Gaultier. Plusieurs grandes institutions et capitales culturelles, théâtres et festivals prestigieux ont accueilli leurs œuvres, parmi lesquels le Musée d’art contemporain de Montréal, le Festival TransAmériques, le Théâtre de la Ville de Paris, le CentQuatre, le Centre Georges Pompidou, le Festival d’Avignon, le Grand théâtre de Genève, Lille 2004, le Musée des Beaux-arts de Montréal, Mons 2015, le Théâtre la Colline, etc. Parallèlement, Denis Marleau et Stéphanie Jasmin se consacrent depuis vingt ans à des activités de formation et de transmission, notamment à l’École nationale de théâtre du Canada, au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, à l’École de design de l’UQAM, et ont donné plusieurs stages en Italie, Suisse, Belgique, France et au Mexique.