Les dix commandements de Dorothy Dix

Spectacle reporté en raison de la COVID-19
2 au 20 mars
2021

« L’amour n’est pas si sérieux, il suffit de composer l’image, je serai une sainte plus tard, mon image sera miraculeuse, on la regardera avec amour et vénération, elle sera plus forte que moi, plus forte que tout, il suffit de tenir l’image, tout va bien. »
 
— Elle

 
 
Le visage d’une femme apparaît dans la pénombre. Une femme qui n’a pas d’âge ou qui aurait tous les âges. C’est peut-être sa conscience qui se fait soudain entendre et qui ne serait pas altérée par le temps. La part intime d’elle qui ne change jamais malgré les années qui passent, malgré les transformations du corps et du visage.

 

On comprend peu à peu que la vie de cette femme a traversé le XXe siècle qui a vu l’avancement de l’émancipation féminine mais sans qu’elle en jouisse tout à fait. C’est une femme sans destin exceptionnel, qui a fait de son mieux pour bien vivre et être heureuse. D’elle, surgit soudain une voix jamais entendue auparavant, une lame de fond qui réanime autrement certains moments de son existence. Cette mémoire réactualisée en un souffle déferlant prend appui sur un cadre avec lequel elle avait ordonné sa vie. Ce sont les dix commandements, non pas de Dieu, mais d’Elizabeth Meriwether Gilmer alias Dorothy Dix, une chroniqueuse américaine qui dispensait ses recettes et conseils de bonheur dans le journal.

 

Après l’écriture d’OMBRES (2005) et LES MARGUERITE(S) (2018), qui prenaient ancrage dans la pensée intime de personnages réels de l’histoire littéraire, j’explore cette fois celle d’une femme en apparence sans histoire, comme des milliers d’autres. Une femme qui s’inspire de ma grand-mère mais qui n’est plus elle non plus. C’est une voix que j’ai entendue parfois poindre chez elle de façon intempestive…  Pas la voix de la grand-mère souriante, positive et aimée de tous, mais une voix plus dure, plus sombre et profonde. Celle d’une femme désirante, celle qui est restée intacte à l’intérieur d’elle-même, hors du temps qui passe. J’ai élaboré la trame de cette voix captée comme une basse fréquence, celle d’une femme qui aurait voulu écrire et qui déroule le film de sa vie comme un trop-plein qui déferle, en désordre et en un souffle.

 

Les Dix commandements pour être heureuse de Dorothy Dix, qui ont été en quelque sorte le guide de vie de cette femme, structurent le texte et m’ont donné la note pour chacune de ses parties, telle une réminiscence inconsciente devenant le point de départ d’une révolte sourde ou d’un désir inconscient de libérer quelque chose, dans une lucidité inattendue.  C’est une âme qui parle dans tous ses états.

 
 
Stéphanie Jasmin
Autrice
 

 
Stéphanie Jasmin est diplômée en histoire de l’art de l’École du Louvre, à Paris, et en cinéma (réalisation) de l’Université Concordia, à Montréal. Codirectrice d’UBU, elle est, depuis 2000, dramaturge et collaboratrice artistique aux côtés de Denis Marleau sur toutes les créations de la compagnie, notamment les trois Fantasmagories technologiques (2002-2004) : LES AVEUGLES de Maurice Maeterlinck, DORS MON PETIT ENFANT de Jon Fosse et COMÉDIE de Samuel Beckett. Elle réalise aussi les intégrations vidéo scéniques des créations de la compagnie. En tandem avec Denis Marleau, Stéphanie Jasmin signe la mise en scène de l’opéra LE CHÂTEAU DE BARBE BLEUE de Béla Bartók au Grand Théâtre de Genève (2007), des pièces JACKIE d’Elfriede Jelinek (2009), LE DERNIER FEU de Dea Loher (2013), LA VILLE, de Martin Crimp (2014), et SOIFS MATÉRIAUX de Marie-Claire Blais (2020), créées en collaboration avec ESPACE GO, ainsi que de l’opéra fantasmagorique L’AUTRE HIVER, de Normand Chaurette et Dominique Pauwels (2015) créé lors de Mons 2015, capitale européenne de la culture. Elle conçoit et réalise aussi avec Denis Marleau les mannequins parlants et animés par la vidéo pour l’exposition La Planète mode de Jean Paul Gaultier : de la rue aux étoiles, produite par le Musée des beaux-arts de Montréal en 2011. Elle écrit et met en scène OMBRES, en 2005, et signe le texte de LES MARGUERITE(S), en 2018, qu’elle met en scène avec Denis Marleau. En 2020, elle reçoit le prestigieux prix Siminovitch, la plus haute distinction pour les arts vivants au Canada.