Une femme à Berlin

Supplémentaires les 6 et 13 novembre
25 octobre au 19 novembre
2016

« Soudain un doigt sur mes lèvres. J’ouvre les yeux. Les deux mains étrangères me desserrent les mâchoires. Puis, penché sur moi, il laisse tomber lentement, dans ma bouche, la salive accumulée dans la sienne. Je suis pétrifiée. Aucun dégoût, j’ai seulement froid. »
 
– Marta

 
 
1945. La guerre fait rage sur Berlin. Depuis plusieurs jours, les civils allemands sont entassés dans l’obscurité des abris souterrains. Dehors, un vacarme incessant. Les bombardements déferlent en roulement continu. Puis, plus rien. Un silence bizarre. Un silence plus terrifiant que l’écho des bombes, car il annonce l’arrivée des soldats russes. Le retour à la lumière sera brutal.

 

Dans un des quartiers occupés, une jeune Allemande possède les rudiments de la langue russe, ce qui fait d’elle la seule interlocutrice auprès de l’ennemi. Si cela lui procure certains avantages, en sera-t-elle pour autant épargnée?

 

Du 20 avril au 22 juin 1945, la jeune journaliste berlinoise Marta Hillers rédige dans des cahiers d’écolier un journal qui constitue un témoignage rare, parfois poignant, parfois drôle, de la vie quotidienne dans un immeuble habité par des femmes et des hommes qui se cachent dans la peur, le froid et la faim, au moment des derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Il lui fallait écrire, comme pour se parler tout bas, pour rester vivante.

 

UNE FEMME À BERLIN est une chronique commencée le jour où Berlin voit pour la première fois la guerre dans les yeux. Lorsque l’Armée rouge entre en Allemagne, ce sont d’abord les femmes qui subissent les représailles. Elles doivent payer pour les crimes commis par leurs maris, leurs pères, leurs frères. Malgré cela, les femmes sont restées debout au milieu des ruines de la ville.

 

Brigitte Haentjens est réputée pour ses mises en scène au style percutant et pour son exploration des fractures secrètes de l’identité féminine. Avec UNE FEMME À BERLIN, un texte dans lequel il est notamment question du sort des femmes en temps de guerre, elle fait résonner les mots de Marta Hillers dans une partition à quatre voix, pour en donner une à toutes ces femmes qui n’en ont pas eu.

 

 

Texte tiré du Journal, 20 avril – 22 juin 1945 de Marta Hillers
Avec l’autorisation de l’agence Felix Bloch Erben liée à Aufbau Verlag GmbH & Co. KG (Berlin, Allemagne) et des Éditions Gallimard pour la traduction française

Quelques photos