L’édifice du langage

31 août 2021

Je souhaite déployer un geste artistique ample et lent.
 
Je souhaite donner au mot résidence son sens littéral en m’installant au théâtre comme dans une demeure d’écriture.
 
Je souhaite envisager l’écriture comme une activité manuelle et corporelle, en m’engageant physiquement dans l’effort vers la beauté.
 
Je souhaite explorer les manières de rendre compte de la transformation et de la progression de l’écriture, en rendant visibles les ratures et les corrections comme autant de couches de peinture.
 
Je souhaite maculer les lieux de mots, en donnant une dimension sensible et matérielle à l’écriture, pour que le poème s’épanouisse dans l’édifice.
 
Je souhaite rompre avec l’isolement propre au travail de l’auteur, en dévoilant ce qui demeure habituellement caché.
 
Je souhaite ainsi créer un lieu à la croisée de l’intime et du collectif, en ouvrant ce chantier d’écriture aux curieux.
 
 
L’écriture-paysage
Peut-on pour autant parler d’une représentation continue? D’une installation? D’une performance? Je ne sais pas le dire.
Je souhaite simplement donner accès à une écriture avant sa mise en ordre pour créer un espace infini d’interprétation, et rendre chacun responsable de créer son propre parcours dans l’écriture-paysage qui se dessinera.
 
 
Écrire de toutes mes forces
L’autre jour, un enfant de deux ans m’a parlé.
Je ne me souviens pas de la teneur de ses propos, mais je me souviendrai toute ma vie de son engagement dans l’exercice du langage.
Je me souviens que j’ai pensé, alors qu’il reprenait son souffle: il parle de toutes ses forces.
Ce n’était pas seulement le volume de sa voix qui était fort (au maximum de ce que lui permettaient son souffle et ses cordes vocales, me semblait-il), c’était son corps tout entier, investi dans l’effort de dire.
 
Il déployait une force vitale incommensurable pour trouver le mot qui ferait de lui un être entendu, compris.
C’était comme une main tendue par la langue, un geste d’ébauche, de tentative, d’acharnement, d’espoir.
J’ai le désir d’être comme ce petit garçon.
J’ai le désir d’écrire de toutes mes forces.
 
 
Evelyne de la Chenelière
Artiste en résidence

Quelques photos