Billetterie

Sophie Gee

Finaliste 2026 - Prix Jovette-Marchessault

En savoir plus sur le prix

Native d’Alberta, Sophie Gee est parvenue à se tailler une place dans les deux communautés linguistiques de la scène montréalaise. Cette diplômée du programme de mise en scène de l’École nationale de théâtre du Canada (ÉNT), cuvée 2012, a tracé son chemin à force de ténacité et grâce à l’originalité de sa vision artistique. Si bien qu’en 2024, elle devenait la lauréate anglophone du prix John-Hirsch, récompense bisannuelle soulignant le mérite et le potentiel de metteurs en scène en début de carrière.

 

 

Issue d’une famille d’ascendance chinoise, Sophie Gee aspire à raconter les histoires de sa communauté́ culturelle, une minorité traditionnellement très peu représentée dans le milieu théâtral québécois. Elle y apporte une contribution essentielle, par sa sensibilité et sa connaissance de la culture sino-canadienne. De plus, la metteure en scène se mesure à des enjeux socialement pertinents comme le racisme intériorisé, la discrimination, la violence conjugale, l’identité́ de genre, les agressions sexuelles, le colonialisme culturel, le tokémisme, voire la géopolitique mondiale. Adoptant une grande diversité de formes, son travail s’appuie sur une riche recherche esthétique, avec une attention à l’impact visuel et à la physicalité.

 

 

Avec sa compagnie Nervous Hunter, qu’elle fonde en 2007, Sophie Gee initie des créations émanant d’expériences et de préoccupations personnelles pour embrasser des réflexions plus larges. Dans Lévriers, en 2018, la dramaturge, comédienne et metteure en scène relève le défi de créer en français, sa troisième langue. Réunissant une distribution d’une étonnante diversité, y compris des interprètes non professionnels, cette pièce documentaire questionnait intelligemment notre rapport au succès. D’une théâtralité inventive, le spectacle créé au MAI est ensuite repris par la section française du Centre national des Arts, à Ottawa.

 

 

En 2023, Gee coécrit – avec Tamara Nguyen –, dirige et interprète l’audacieux Bonnes Bonnes, au Théâtre Aux Écuries. La pièce classique de Jean Genet y devient l’ingénieux point de départ d’un questionnement identitaire chez trois femmes sino-canadiennes, liant les rapports de pouvoir entre individus et entre pays. Le tout à travers une représentation intégrant différents éléments scéniques : mouvements, projections vidéo et préparation culinaire en direct. Le spectacle a tourné dans le réseau des Maisons de la culture ainsi que dans d’autres villes canadiennes : au Cercle Molière à Winnipeg, au Factory Theatre et au Théâtre français de Toronto. Un extrait a même été intégré dans l’exposition Le Québec, autrement dit, au Musée de la Civilisation, à Québec.

 

 

La même année, Duceppe fait appel à l’expertise de Sophie Gee pour Chimerica de Lucy Kirkwood, une grosse production mettant à l’affiche, pour la première fois dans l’histoire de la compagnie, une distribution pour moitié d’origine chinoise. La créatrice contribue à la crédibilité et à la vérité de ce spectacle en conseillant le metteur en scène Charles Dauphinais, et en dirigeant elle-même avec justesse toutes les scènes en mandarin. En 2024, une autre institution montréalaise cinquantenaire, le Théâtre Centaur, lui confie avec succès le mandat de monter sa première pièce centrée sur une famille asiatique : Three Women of Swatow de Chloe Hung.

 

 

Ces dernières années, plusieurs compagnies ont eu recours au talent polymorphe de Sophie Gee : Imago Theatre (Fucking A de Suzan-Lori Parks et The Tropic of X de Caridad Svich), Geordie Theatre (Fear of Missing Out de Michaela di Cesare), Talisman Theatre (Habibi’s Angels: Commission impossible de Hoda Adra et Kalale Dalton-Lutale), Théâtre I.N.K. (Duos en morceaux), BAAP Productions (Pluck’d de Kě Xīn Li) et Sometimes Y Theatre (It’s Time de Robert Tsonos).

 

 

C’est à elle que la réputée compagnie de théâtre Porte Parole a confié, en 2025, la mission de développer l’un de ses prochains projets de pièce documentaire. Sophie Gee a remporté la troisième édition des « Pitchs » organisés par la compagnie, séduisant à la fois jury et public par sa présentation originale et la force de son idée.

 

 

Avec People have to eat, l’artiste née à Fort McMurray entend explorer son paradoxe de citoyenne préoccupée par la crise climatique, mais dont la famille a pu immigrer et vivre en Amérique du Nord, grâce à l’emploi du père dans l’industrie des énergies fossiles. Questionnant la responsabilité familiale envers l’environnement, ce sujet rejoint donc à la fois le personnel et le collectif.

 

 

L’engagement de la metteure en scène envers sa communauté s’étend aussi à son quartier. En collaboration avec la conceptrice Eo Sharp, elle a mis au monde l’événement Un an en défilés d’arbres : une série de parades poétiques et participatives visant à « explorer l’acte de marcher ensemble », qui ont animé les rues de Verdun une fois par mois, entre mars 2023 et février 2024.

 

 

Sophie Gee aura réussi à forger sa trajectoire artistique personnelle, même si elle a grandi privée de modèles qui lui ressemblaient. Nul doute que la créatrice, qui concourt à briser des plafonds de verre pour la communauté d’origine chinoise au théâtre, est devenue elle-même une figure inspirante.