Depuis plus de deux décennies, Marie Brassard se démarque par la puissance et la singularité de sa vision artistique. Véritable chercheuse de la scène, l’autrice, metteure en scène et comédienne a développé une approche très personnelle du théâtre. Ses spectacles solos, qui ne ressemblent à aucun autre, ont voyagé à travers le monde, présentés dans vingt-cinq pays, sur quatre continents. Distinguée par l’Ordre des arts et des lettres du Québec en 2016, la créatrice a également reçu le très prestigieux Prix Siminovitch, qui reconnaissait en 2022 l’apport de son œuvre « viscérale et percutante » au théâtre canadien.
Marie Brassard amorce sa carrière comme compagne de route et collaboratrice majeure du réputé metteur en scène Robert Lepage. Durant quinze ans, elle cocrée et interprète plusieurs de ses grands spectacles, comme La Trilogie des dragons et Le Polygraphe. Puis en 2001, à 40 ans, elle a l’audace de se lancer dans une nouvelle voie : l’aventure de la création solo. Avec Jimmy, créature de rêve, l’artiste révèle d’emblée un univers distinctif et inaugure une démarche novatrice, basée sur des expérimentations avec une technologie de modification de la voix. Avec ce spectacle envoûtant, louangé de toutes parts, la dramaturge, metteure en scène et interprète va visiter 17 pays. Un quart de siècle après sa création, la pièce est reprise dans sa version originale au Théâtre Prospero, et repartira en tournée internationale à l’automne 2026.
Enhardie par cette réussite, Marie Brassard lance alors sa propre compagnie de production, Infrarouge, dont elle endosse seule la direction. Suivront La Noirceur (2003), Peepshow (2005), The Glass Eye (2007), L’Invisible (2008), Moi qui me parle à moi-même dans le futur (2010), Trieste (2013), Introduction à la violence (2019), Violence (2021) et, bientôt, L’éther, qui verra le jour en juin 2026 au Festival TransAmériques. Certains de ses textes ont été publiés en allemand, en italien et en français, aux Herbes rouges.
Étrangère à tout formatage, cette artiste libre signe des œuvres complexes, dépaysantes, puisant dans l’inconscient, dont la facture onirique subjugue. Et loin d’un travail de création individualiste, la metteure en scène y accorde une grande importance à ses collaborateurs et concepteurs, engagés avec elle dans une patiente et féconde dynamique de recherche. En résultent des spectacles puissamment sensoriels, où texte, vidéo, lumière, musique et son opèrent en symbiose.
En dehors de ses propres pièces, Marie Brassard œuvre également à mettre en lumière d’autres créatrices et à faire entendre la parole des femmes. En 2013, à l’ESPACE GO, elle est invitée à élaborer une création à partir de l’univers de Nelly Arcan. Ce sera La fureur de ce que je pense, saisissante poétisation de l’œuvre de la regrettée écrivaine, portée par six actrices et une danseuse. Le spectacle se transporte ensuite, notamment, au Teatro Espanol de Madrid, au Festival des Francophonies en Limousin, à Limoges, au Stadsschouwburg à Amsterdam et tout récemment à Macao, en Chine. Brassard en a même monté une version japonaise à Tokyo en 2017, qui tourne après à Hiroshima, Kitakyushu, Kyoto et Toyohashi.
À l’hiver 2020, la metteure en scène crée Éclipse au Théâtre de Quat’Sous. Ce spectacle sur les autrices de la Beat Generation expose l’effacement des femmes dans l’histoire artistique, tout en ménageant une grande place créative à ses quatre comédiennes. Marie Brassard cultive de plus une complicité avec la dramaturge Evelyne de la Chenelière, dont elle a monté la pièce La Vie utile, à ESPACE GO, en 2018. C’est elle qui sera chargée de diriger une nouvelle production de son classique Bashir Lazhar la saison prochaine, dans la vaste salle du Théâtre du Nouveau Monde.
En 2024, Marie Brassard met généreusement son expérience et son talent au service de la relève. Avec L’Ombre, au Théâtre du Rideau Vert, elle construit, à partir d’improvisations, une création avec des interprètes fraîchement formés, leur offrant une première expérience scénique dans le difficile contexte postpandémique.
Son amour de la danse amène la femme de théâtre à nouer des collaborations avec plusieurs chorégraphes, à titre de créatrice ou même d’interprète. En 2010, Brassard signe une première chorégraphie, un solo pour Sarah Williams dans le triptyque Ici est toujours ailleurs, danseuse avec laquelle elle crée conjointement par la suite les pièces États de Transe et Moving in This World. Elle met aussi en scène Les mêmes yeux que toi, en compagnie de la chorégraphe Anne Plamondon, puis poursuit cette collaboration avec l’œuvre chorégraphique Mécaniques nocturnes.
Le champ artistique où se déploie la créativité de Marie Brassard s’est encore élargi ces dernières années. En 2021, avec le duo Félix & Paul et le studio PHI, elle coconçoit et scénarise l’exposition de réalité virtuelle L’Infini au centre Arsenal art contemporain, à partir de films tournés dans la Station spatiale internationale. Deux ans plus tard, elle met en scène L’écoute du perdu, un opéra de chambre sans trame narrative de Keiko Devaux, qui explore notre lien émotionnel aux sons.
En 2025, l’artiste scénique scénarise et réalise son premier film, Le train, qui récolte de nombreux éloges. Le long métrage se veut, entre autres, un hommage aux femmes qui ont dû renoncer à leurs rêves professionnels.
Interprète à la présence magnétique, Brassard est elle-même sollicitée au fil des ans par plusieurs cinéastes intéressants, tels Robert Lepage, Guy Maddin, Matthew Rankin, Denis Côté, Sophie Deraspe et Stéphane Lafleur.
Guidée par son intuition, apôtre du risque en art, Marie Brassard refuse les chemins balisés et le confort des certitudes. Multiple et unique à la fois, cette artiste farouchement indépendante n’a de cesse de renouveler le regard qu’elle porte sur le monde. Une fascinante exploratrice de la création, qui défriche constamment de nouveaux territoires.