L’éclat du castor : apprendre d’un monde anishinaabe

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Les carnets d'OKINUM

Par Leanne Betasamosake Simpson, écrivaine, chercheuse et artiste autochtone dont le travail réunit la politique, l’histoire et la chanson

 

LE CASTOR — AMIKWAG
Le castor est la seule espèce
avec l’être humain
qui puisse laisser une trace sur Terre
visible depuis l’espace.
Une empreinte laissée sur Terre
Un barrage pour se protéger
Mais seulement visible depuis le monde des étoiles.
-Extrait d’OKINUM

 

 

La figure du castor offre un moyen de comprendre la philosophie qui sous-tend les visions du monde des Anishnaabe.

 

« Dans les esprits coloniaux, le castor est l’ingénieur de la nature, le premier forestier, le premier hydrologue, l’industrie originelle. À l’exception des humains, le castor est le seul à avoir autant d’impact sur l’environnement », déclare Leanne Betasamosake Simpson lors de sa conférence Kreisel en 2020, intitulée A Short History of the Blockade: Giant Beavers, Diplomacy & Regeneration in Nishnaabewin.

 

Simpson, au travers de quatre histoires sur le castor — Amik — et sa place dans les mondes anishnaabe, démontre les enseignements que l’on peut tirer de cette figure sur la manière de vivre en relation avec le monde qui nous entoure, grâce à la connaissance, à la sagesse et au travail appliqué.

 

Le castor offre également une métaphore utile des façons dont les jeunes Autochtones — et peut-être tous les peuples — peuvent réfléchir au rôle qu’ils et elles jouent dans le maintien de pratiques justes et dans le respect des relations avec la terre, ses créatures et les autres habitants.

 

MAZINIBAAKAJIGE ou MORDILLAGE DE L’ÉCORCE DE BOULEAU consiste, comme son nom l’indique, à perforer des feuilles d’écorce fines comme du papier avec les dents. L’écorce est d’abord pelée en couches minces, puis pliée de diverses manières, avant d’être mordillée avec les incisives. Pratiqué à l’origine chez les Ojibwés, les Cris et d’autres groupes algonquins qui utilisaient l’écorce de bouleau pour tout, des canots et des conteneurs aux abris et aux parchemins, le mordillage de l’écorce de bouleau a commencé comme un processus libre : une façon d’expérimenter des dessins qui deviendront peut-être des motifs de piquants de porc-épic ou de perles sur des vêtements et des contenants. Les femmes se livraient au mordillage comme activité récréative et aussi dans le cadre de compétitions amicales.

 

Dans le mordillage traditionnel de l’écorce de bouleau, l’écorce est souvent pliée en quatre coins égaux. Les dessins les plus courants sont des motifs floraux et géométriques, souvent porteurs d’une signification symbolique et religieuse, et souvent propres à l’artiste.

 

Aujourd’hui, par le travail de grandes artistes comme Angelique Meratsy et Pat Bruderer, le répertoire s’est considérablement élargi et comprend maintenant des formes figuratives telles que des animaux, des humains et des insectes. La technique s’est aussi légèrement modifiée. Alors que l’écorce était plus ou moins mordillée à l’origine comme un canevas de motifs pour d’autres travaux décoratifs, aujourd’hui elle l’est parfois de part en part pour produire une sorte de dentelle ou un amincissement qui laisse passer la lumière.

 

 

 

(Documentation dramaturgique réalisée par Katey Wattam, réalisatrice, créatrice et chercheuse d’ascendance anglaise, irlandaise, franco-ontarienne et anishnaabe, pour la première production en langue anglaise d’Imago Théâtre, présentée par le Centaur Theatre dans le cadre de Brave New Looks, 2021)

imagotheatre.ca
kateywattam.com

 

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