Les sept enseignements des grands-mères et des grands-pères

Lire le carnet suivant

Les carnets d'OKINUM

De nombreux Anishinaabeg considèrent les sept enseignements des grands-mères et des grands-pères comme des connaissances traditionnelles qui représentent collectivement ce qui est nécessaire à la survie de la communauté. L’origine de ces enseignements est inconnue, mais les anciens affirment qu’il s’agit de verbes importants qui font depuis longtemps partie de la langue. Ces enseignements fondamentaux sont devenus largement connus comme les « Sept grands-mères et grands-pères » lorsque les Anishinaabeg ont lentement commencé à déterminer leur propre éducation pendant et après le mouvement amérindien (American Indian Movement). Lorsque les anciens ont commencé à raconter les histoires qu’ils avaient entendues dans leur enfance, ils ont relié le présent à un passé où ces valeurs faisaient à la fois partie des cérémonies et de la vie quotidienne. Peu importe comment ces enseignements ont été regroupés, lorsqu’ils apparaissent maintenant dans un cercle, ils symbolisent une grande partie de ce qui définit minobimaadizi, le bien-vivre.

 

Chacun de ces enseignements est un cadeau que portent les Anishinaabeg, un outil puissant pour bien vivre sa vie. Nous croyons qu’à mesure que nous utilisons ce don, notre expérience de la vie s’améliore. L’application de ces enseignements dans nos vies représente pour chacun·e de nous un défi permanent nécessitant à la fois attention, discipline et persévérance.

 

DBAADENDIZIWIN

Se voir comme plus petit par rapport à tout ce qui nous soutient.

Communément, l’HUMILITÉ.

 

DABAS = petit ou inférieur

END = relatif à la pensée

IZI = état ou condition

WIN = une façon de faire

 

L’HUMILITÉ est représentée par le LOUP. Pour le loup, la vie est dédiée à sa meute, et la honte ultime est d’en être banni. L’humilité, c’est comprendre que l’on est un élément sacré de la création. Qu’il faut vivre de manière désintéressée. Tenir sa place, porter la fierté de son peuple et louer les réalisations de chacun. Ne pas devenir arrogant. Trouver l’équilibre entre soi et tous les êtres vivants.

 

ZOONGIDE’EWIN

Vivre avec un cœur fort.

Communément, la BRAVOURE ou le COURAGE.

 

La BRAVOURE est représentée par l’OURS. La mère ours a le courage et la force d’affronter ses peurs et les défis pour protéger ses petits. L’ours montre également comment vivre une vie équilibrée, entre le repos, la survie et le jeu. Affronter la vie avec courage, c’est connaître la bravoure. Trouver en soi la force de braver les difficultés de la vie et le courage d’être soi-même. Défendre ce en quoi on croit et ce qui est juste pour sa communauté, sa famille et soi-même. Faire des choix positifs et prendre des décisions convaincues. Affronter ses peurs pour pouvoir vivre sa vie.

 

ZOONGI = solide, fort

DE’E = une forme de cœur

WIN = une façon de faire

 

GWAYAKWAADIZIWIN

Vivre avec droiture.

Communément, l’HONNÊTETÉ.

 

GWAYAK = correctement, droitement

AADIZI = il/elle vit

WIN = une façon de faire

 

L’HONNÊTETÉ est représentée soit par le CORBEAU, soit par le SABÉ (Bigfoot ou Sasquatch), qui savent tous les deux qui ils sont et comment avancer dans leur vie. « Le sabé nous rappelle qu’il faut être nous-mêmes et non quelqu’un d’autre. On dit qu’une personne honnête marche droit comme kitchi-sabe ». Comme ce dernier, le corbeau s’accepte et sait utiliser son don. Il ne recherche pas la puissance, la vitesse ou la beauté des autres. « Il utilise ce qu’il a reçu pour survivre et prospérer. Vous le devez aussi. » (Les sept enseignements sacrés de la Femme Bison Blanc, par David Bouchard et le Dr Joseph Martin). Marcher dans la vie avec intégrité, c’est connaître l’honnêteté. Être honnête avec soi-même. Reconnaître et accepter qui on est. Recevoir et utiliser les cadeaux qu’on a reçus. Ne pas chercher pas à être trompé par soi-même ni à tromper les autres.

 

DEBWEWIN

Ne parler que dans la mesure de ce que nous avons vécu.

Communément, la VÉRITÉ.

 

DED = dans une certaine mesure

WE = le son à travers la parole

WIN = une façon de faire

 

La VÉRITÉ est représentée par la TORTUE qui était présente lors de la création de la Terre et qui porte les enseignements de la vie sur son dos. La tortue vit sa vie de manière lente et ordonnée parce qu’elle comprend l’importance à la fois du voyage et de la destination. La vérité, c’est de savoir toutes ces choses. Mettre sa foi et sa confiance dans ses enseignements. Faire preuve d’honneur et de sincérité dans tout ce qu’on dit et fait. Comprendre sa place dans cette vie et appliquer cette compréhension dans sa façon d’avancer. Être fidèle à soi-même et à toutes autres choses.

 

NIBWAAKAAWIN

Vivre avec vision.

Communément, la SAGESSE.

 

NI = l’âme à l’intérieur

WAA = relatif à la vue

KAA = une abondance

WIN = une façon de faire

 

La SAGESSE est représentée par le CASTOR qui utilise judicieusement son don naturel pour sa survie. Le castor modifie également son environnement de manière écologique et durable au profit de sa famille. Chérir la connaissance, c’est connaître la sagesse. Utiliser ses dons innés à bon escient et vivre sa vie par eux. Reconnaître ses différences et celles des autres de manière bienveillante et respectueuse. Observer en permanence la vie de tout ce qui nous entoure. Écouter avec une clarté d’esprit et un esprit sain. Respecter ses propres limites et celles de son environnement.

 

ZAAGI’IDIWIN

L’amour inconditionnel entre les uns et les autres qui embrasse toute la Création, les humains et les non humains.

Communément, l’AMOUR.

 

ZAAG = émerger, sortir ou s’écouler

IDI = de façon réciproque

WIN = une façon de faire

 

L’AMOUR est représenté par l’AIGLE qui a la force de porter tous les enseignements. L’aigle a la capacité de voler le plus haut et le plus près du créateur ainsi que la faculté de voir toutes les façons d’être à de grandes distances. L’enseignement de l’amour de l’aigle se trouve au cœur de tous les enseignements, c’est pourquoi une plume d’aigle est considérée comme le plus grand des honneurs et un cadeau sacré. Connaître l’amour, c’est connaître la paix. Regarder son moi profond du point de vue de tous les enseignements, c’est connaître l’amour et s’aimer vraiment. On se retrouve alors en paix avec soi-même, l’équilibre de la vie, toutes choses et aussi avec le créateur.

 

MANAAJI’IDIWIN

Être indulgents les uns envers les autres et envers toute la création.

Communément, le RESPECT.

 

MANAAJI = traiter avec ménagement

IDI = de façon réciproque

WIN = une façon de faire

 

Le RESPECT est représenté par le BISON. Le bison se sacrifie entièrement pour soutenir le mode de vie des humains, non pas parce qu’il a moins de valeur, mais parce qu’il respecte l’équilibre et les besoins des autres. Honorer toute la création, c’est avoir du respect. Vivre honorablement dans les enseignements et dans ses actions envers toutes choses. Ne pas gaspiller et être conscient de l’équilibre entre tous les êtres vivants. Partager et donner ce dont on n’a pas besoin. Traiter les autres comme on voudrait qu’ils nous traitent. Ne pas être blessant avec soi-même et avec les autres.

 

 

LA CÉRÉMONIE DE LA TENTE DE SUDATION (OU SWEATLODGE)

 

 

Pour entreprendre un parcours de guérison, la tente de sudation est un bon point de départ. On s’y retrouve au centre des quatre points cardinaux. La cérémonie de la tente de sudation fait partie de la vie cérémoniale de nombreuses Premières Nations. À l’intérieur d’un même territoire, il peut y avoir des différences dans la manière dont la cérémonie se déroule.

 

LA STRUCTURE DE LA TENTE DE SUDATION

Une tente de sudation est une structure en forme de dôme. Quand on parle de la tente, on parle d’entrer dans le ventre de la Terre Mère. C’est un lieu sacré.

 

LES TYPES DE SUDATION

La tente de sudation a été qualifiée de « construction la plus puissante du monde ». C’est un lieu spécialement édifié pour célébrer une cérémonie. Les sudations varient de la purification à la guérison. On dit que la tente de sudation pendant la cérémonie « répond » aux besoins des participants. Parmi les types de sudation se trouvent celles pour le clan, telle la sudation du clan de l’Ours, pour les jeûneurs avant et après leur jeûne, pour les danseurs du soleil et pour la recherche de votre nom spirituel. Dans certaines traditions, les femmes transpirent ensemble à un moment et les hommes à un autre. Des cérémonies spécifiques peuvent être organisées pour les enfants ou pour les guerriers.

 

LE FEU ET L’AUTEL

En approchant de la tente de sudation, il y a d’abord l’autel et le feu sacré où les pierres, appelées Grand-mères et Grands-pères, sont chauffées pour la cérémonie. L’un des enseignements du feu est que, lorsque nous quittons cette terre, nous devons traverser le feu pour accéder au monde des esprits. En une seconde, toutes les impuretés que nous avons accumulées sur cette terre sont éliminées.

 

Le feu et l’autel sont alignés sur la porte de la tente. Avant d’entrer, des offrandes sont faites à l’autel ou au feu sacré. Le tabac en fait toujours partie.

 

LA PORTE D’ENTRÉE

L’orientation de la porte par laquelle les gens entrent dans la tente diffère selon l’apprentissage de l’officiant·e qui peut demander que la porte soit disposée vers l’est. Une autre exigera que la porte regarde vers le sud parce que sa médecine et sa connaissance viennent du sud. Pour un autre encore, la direction de la porte doit changer tout au long de l’année, c’est-à-dire que l’ouverture fait face à chaque point cardinal pendant trois mois.

 

LA CHARPENTE

La charpente de la tente de sudation est constituée d’un nombre déterminé de jeunes arbres de saule rouge, de frêne, de bouleau, d’érable ou de pin gris. Certains enseignements en parlent comme des côtes de la Terre Mère. Du tabac est placé à la base du trou dans lequel chaque poteau est planté. Autrefois, la charpente était recouverte de peaux de bison ou de cerf. Aujourd’hui, des bâches et des couvertures sont utilisées. Les revêtements gardent la lumière à l’extérieur et la chaleur à l’intérieur. Une fois la tente construite, une cérémonie a lieu avant la première sudation.

 

À L’INTÉRIEUR DE LA TENTE DE SUDATION

Les participants s’assoient en cercle autour du foyer central.

 

L’officiant·e est généralement assis·e à côté de la porte et peut faire asseoir d’autres participants aux quatre points cardinaux. Le nombre de personnes assistant à la cérémonie varie en fonction de la raison de la sudation.

 

LES GRAND-MÈRES ET LES GRANDS-PÈRES

Un gardien du feu s’occupe du feu sacré à l’extérieur de la tente. Dans certains enseignements, les pierres sont connues comme les os de la Terre Mère. Les femmes les appellent Grand-mères et les hommes, Grands-pères. À la demande de l’officiant·e, le gardien amène à la porte de la loge les Grands-mères et les Grands-pères qui sont ensuite placés dans le foyer, au centre de la tente, par l’aide de l’officiant·e. Même si le gardien du feu n’est pas à l’intérieur de la tente de sudation, il fait partie intégrante de cette cérémonie et peut recevoir des enseignements, une purification et une guérison. Dans une tradition, les enseignements décrivent quatre tentes en une où le nombre de pierres est spécifié pour chaque type de sudation : sept pour la purification, quatorze pour la guérison, vingt et une pour la chasse et vingt-huit pour la vérité.

 

LE TAMBOUR

En entrant dans la tente de sudation, on cherche l’aide du Créateur et des esprits. Les esprits aidants sont appelés dans la tente de sudation au moyen de prières, de chants, de tambours ou de hochets. Un tambour, qu’il s’agisse d’un petit tambour à main ou d’un tambour à eau, est un élément important de la cérémonie, parce que le tambour est fait de toute la Création. Le son du tambour est comme le battement de cœur de la Terre Mère. Des chants et des prières sont offerts pendant la cérémonie.

 

Chaque personne a la possibilité de parler ou de prier dans la tente. De l’eau de cèdre est versée sur les pierres Grands-mères et Grands-pères, créant une vapeur purifiante dans la tente. À la fin de la cérémonie, les esprits sont remerciés et renvoyés chez eux. En sortant de la tente de sudation, l’esprit se sent renouvelé et vivant. On ressent l’énergie de guérison et on est plus conscient de toute la création et de la beauté qui s’y trouve. Les officiant·es se sont formé·es pendant de nombreuses années pour obtenir le droit de mener des sudations. Ils et elles ont reçu les enseignements et sont passé·es par des cérémonies qui leur ont permis de développer le don qui leur est donné. L’officiant·e de la tente de sudation connaît le protocole et l’histoire de sa tente, et peut les expliquer de manière claire et concise. Il lui faut connaître les problèmes de santé qu’on pourrait avoir avant d’entrer dans la tente. L’officiant·e est également en mesure de vous aider lors de votre expérience dans la tente de sudation.

 

LA PRÉPARATION POUR UNE SUDATION

Lorsqu’on sollicite une sudation, une offrande de tabac est faite à l’officiant·e de la sudation. Certains officiant·es disent qu’il faut s’abstenir d’alcool ou de drogues pendant au moins quatre jours, d’autres vont jusqu’à sept jours.

 

Au fur et à mesure que notre conscience et notre connaissance de nos traditions et de notre culture augmentent, notre honneur et notre respect pour ces traditions augmentent également. Nos communautés ne l’ont pas toujours vécu ainsi. Il y a des gens qui se présentent comme des guérisseurs, des anciens ou des médecins et qui n’ont pas mérité ce titre. Ils peuvent mal appliquer les enseignements et la médecine. Il est important que toutes et tous, en particulier les jeunes, en soient conscient·es et fassent preuve de prudence en cherchant une guérison, des enseignements ou des conseils. Il est judicieux de demander à des personnes en qui vous avez confiance de vous recommander des anciens, des guérisseurs ou des médecins traditionnels, respectés et reconnus.

 

 

 

 

 

(Documentation dramaturgique réalisée par Katey Wattam, réalisatrice, créatrice et chercheuse d’ascendance anglaise, irlandaise, franco-ontarienne et anishnaabe, pour la première production en langue anglaise d’Imago Théâtre, présentée par le Centaur Theatre dans le cadre de Brave New Looks, 2021)

imagotheatre.ca
kateywattam.com

 

Lire le carnet suivant