L’écoute d’une émotion

9 au 20 mai
2023

Durée
1h30

« Aujourd’hui, je sais qu’avec toi, j’ai connu un désir physique irrésistible et rare, s’intensifiant toujours; rapidement, mon désir s’est confondu avec l’envie que ce désir ne soit destiné à personne d’autre que moi »
– A.

« C’est L’écoute d’une émotion et nous sommes ensemble jusqu’à 22 h. » C’est ainsi qu’une femme débute l’émission de radio qu’elle anime. Mais ce soir-là, elle s’aventure plutôt dans le récit d’une passion vécue avec un homme que tout semblait opposer à elle. À travers le micro qui la relie à son auditoire, elle confie que, dès l’instant où elle a vu cet homme, un désir comme elle n’en avait jamais ressenti l’a submergée. Mais comment le raconter? Quels mots choisir pour décrire l’indicible?

 

L’ÉCOUTE D’UNE ÉMOTION est un monologue théâtral traversé par le surgissement fracassant du désir, de l’intensification du sentiment d’exister qu’il procure (il est irrésistible), mais aussi de l’abîme potentiellement destructeur qu’il ouvre en nous. Pour l’autrice québécoise Marie-Laurence Rancourt, le désir déborde la seule question du rapport amoureux. Sa pièce traite du désir, peu importe vers quoi il est tourné, le désir qui est dans le débordement, la dérive loin de soi-même qui est jouissance, sachant que succomber à son désir fait toujours courir le risque d’une perte, mais aussi, d’une certaine forme de libération. La forme du spectacle est inspirée de ses expériences en création sonore et radiophonique. S’il ne s’agit pas de transposer un dispositif radio classique directement sur scène, l’idée est d’emprunter à ce médium quelques-uns de ses « codes » et une certaine sensibilité — aux voix, au langage, aux silences — pour ensuite créer un objet théâtral à part entière.

 

« À travers les mots qui lui offrent une tout autre amplitude, ce récit, dans lequel se loge une pensée du désir féminin, interroge les limites du langage à le dire. […] Toujours, la radio met en jeu le désir – de voix, de mots, de langage, d’écoute, mais aussi de l’autre; cette création théâtrale radicalise ces liens entre eux, et offre au désir et à cette femme une occasion d’être pensées à travers la radio; de s’apercevoir.»

– Marie-Laurence Rancourt

Afin d’inventer une écriture théâtrale contemporaine, Marie-Laurence Rancourt a puisé à même différentes écritures et démarches d’artistes envers lesquels elle admet une dette affective et littéraire : l’écrivaine Annie Ernaux, la chorégraphe Pina Bausch, les cinéastes Claire Simon et Chantal Akerman, et le metteur en scène Pippo Delbono. Les instruments théoriques de Belinda Cannone et de Pierre Bourdieu ont aussi nourri l’écriture de ce texte.

 

Marie-Laurence Rancourt est diplômée en anthropologie et en sociologie. En 2016, elle cofonde Magnéto, un organisme de création qui donne vie à des projets artistiques témoignant tous d’une sensibilité au langage, à la parole et à l’écoute, tout en prenant différentes formes : documentaires sonores (L’écorce et le noyau, La punition, La nuit Myra Cree, Les travaux et les jours, Gemellus), pièces de théâtre (AALAAPI, L’ÉCOUTE D’UNE ÉMOTION), performances scéniques (RADIO LIVE, Magnéto on air : la radio prend vie), récits (AALAAPI, O.R), etc.