Les résonnances imaginaires

Tout au long de la saison
2015-2016

Il y a quelque chose de fondamentalement sonore dans l’écriture d’Evelyne de la Chenelière. Peut-être même dans Evelyne tout entière, mais je laisse à d’autres le soin de se prononcer là-dessus! Il y a quelque chose de souterrain qui parcourt, qui structure, qui insuffle, qui organise l’énergie si particulière de son travail. Et je pense que ce quelque chose est accessible par le son. Le souffle de son écriture, ce rapport singulier au souvenir qui innerve son imaginaire, la convocation fugace de lieux et époques, cette vitalité jubilatoire et inquiète sont autant de facettes qui entrent profondément en résonance avec la pratique sonore. Ce mur constitue donc pour moi un terrain de jeu et d’expérimentation formidable.

 

Cependant le hall du Café-bar d’ESPACE GO est un lieu complexe pour le sonorisateur. Sa fonction ne favorise pas l’écoute et, par moment même, anéantit la possibilité d’entendre. Alors pour pallier à cette contrainte et aussi pouvoir pousser le plus possible cette collaboration qui s’offre à moi, je propose une participation en deux volets :

 

Une installation qui durera la saison complète. Multiphonique, discrète et sur mesure, l’installation travaillera l’espace sonore pour nous permettre de pulvériser un peu du mur dans la salle, de le faire résonner dans le lieu. Dans cette installation, nous travaillerons autour de l’idée de recommencement, de souffle (le souffle dans l’écriture d’Evelyne est un sujet qui ne cesse de me fasciner!) et des espaces induits. Une installation sonore comme caisse de résonance discrète à l’installation murale sur le mode de la syntonisation des modes d’expressions. L’idée ici n’est pas de forcer l’écoute. Nous vivrons avec le brouhaha fébrile de l’avant-spectacle qui noie tout son, sans tenter de course à la puissance. L’installation sera pleinement accessible aux premiers arrivés et aux derniers à quitter l’espace.

 

Suivra une version « concert » où les gens seront conviés en nombre contingenté à écouter une pièce sonore qui se déploiera dans la totalité du lieu au long de journées en de multiples représentations. Affranchis de la fonction déambulatoire de l’endroit nous pourrons alors aborder une thématique nodale et nettement plus complexe à traiter : l’impulsion. Le moment avant la création, avec la décision. L’instant de l’instanciation.

 

L’inspiration du guitariste avant la première note. Celle du marcheur avant chaque pas. Plus haut il était question du souffle de l’écriture dans l’optique de le faire résonner, ici il sera question de tenter de s’en inspirer, de le mettre en évidence, de faire sentir la richesse des possibles. Travail plus abstrait mais terriblement stimulant : tenter de faire se rencontrer deux sensibilités, deux « être au monde ».

 

Cette création est en lien direct avec mes recherches universitaires passées (sur la valeur narrative et la taxinomie de l’espace sonore) et futures (sur l’intégration de la pluridisciplinarité dans l’épistémologie sonore) ainsi que le vocabulaire sonore que je tente de forger au cours de mes différentes conceptions sonores au théâtre et au cinéma. On trouvera donc des paysages sonores (bords de mer, jardins, villages, etc.), des éléments vocaux des acteurs de la première saison, de la musique instrumentale originale, des sons de synthèses, des percussions, des mots prélevés du mur ou pas, etc.

 

Faire écho à la richesse de l’écriture par une forme de richesse sonore. Résonner dans la multiplicité des possibles sonores.
 
 
– Julien Éclancher
Concepteur sonore
 

Julien Eclancher est diplômé d’un BTS en audiovisuel spécialisé en son (LISA, Angoulême), d’une licence en Cinéma et Arts du Spectacle (Bordeaux III) et d’une maîtrise Recherche-Création en média expérimental (UQAM) dans laquelle il a développé une approche particulière du concept d’espace sonore et de narrativité audio.

 

Spécialisé dans les problématiques liées à la narrativité sonore, à l’espace et au traitement de la voix amplifiée, il travaille au théâtre avec Denis Marleau et Stéphanie Jasmin (LUMIÈRE, LUMIÈRE, LUMIÈRE, Espace GO, 2014; L’HISTOIRE DU ROI LEAR, TNM, 2012), Florent Siaud (ILLUSIONS, 2015; QUARTETT, La Chapelle, 2013) et, au cinéma avec Philippe Grégoire (Aquarium, 2011; Un seul homme, 2014). Il a proposé en 2013 sa première installation sonore : Point d’Écoute Impossible, suivie d’une série de conférences.

 

Ses recherches universitaires le mènent vers l’épistémologie de la création sonore.

Quelques photos