La Ville : extraits de critiques

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La Ville

« La ville est un texte apparemment plus réaliste et plus conventionnel que Face au mur, mais sous les artifices d’un dialogue badin se cache une angoisse sourde et des personnages inquiétants, que Denis Marleau et Stéphanie Jasmin font voir et entendre subtilement, avec leur habituelle rigueur. Dans une mise en scène hyperprécise, cette pièce de l’incontournable auteur britannique Martin Crimp est un bijou dont le sens se développe de manière souterraine. Marleau utilise ainsi à nouveau sa technologie de masque-vidéo, dans une apparition brève mais tout à fait saisissante.
 
La scénographie de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, construite dans un espace épuré et clair-obscur, nous fait deviner des reliefs dont les contours précis sont indéfinissables. Voilà qui arrive bien à évoquer la confusion entre réalisme et artifice qui fonde ce vertigineux texte de Martin Crimp. Leur mise en scène suit le même mouvement. Le jeu, d’abord naturaliste, se couvre d’une progressive étrangeté, et, quand débarque l’infirmière (méconnaissable et géniale Évelyne Rompré), on est dans la plasticité totale, dans un jeu marionnettique et artificiel qui jette d’emblée le trouble sur scène. Brillante lecture de ces dialogues juchés entre le réalisme et l’onirisme. »
Philippe Couture, Voir
 
 
 
« Tout est étrange, avec ces mots assemblés à la lisière de la folie, de l’irréel et manipulés avec une singulière abstraction par trois comédiens en parfait contrôle de la proposition : Sophie Cadieux, immense, en exploratrice d’une ville intérieure qu’Alexis Martin, mari marchant les bras tombant sur la courbe de l’apathie, et Évelyne Rompré, voisine à l’absurde insondable.
 
Équilibre parfait entre des corps, des interactions, un visuel et une profondeur de champ, sur un mirage, sur des fantasmes et surtout sur une divagation dans un vide qui n’est finalement qu’un leurre vu la densité et cette inexplicable beauté. »
Fabien Deglise, Le Devoir
 
 
  
« D’entrée de jeu, il faut reconnaître à Espace Go l’audace de mettre en lumière une dramaturgie exigeante et nécessaire, dont La ville de Martin Crimp est un beau fleuron.
 
Il s’agit d’une démarche cérébrale, froide à plusieurs égards, mais recelant un réel délice pour l’esprit fouineur et inquiet.
 
On comprend le duo Denis Marleau-Stéphanie Jasmin d’avoir éprouvé un coup de foudre pour ce texte qui exige tout le doigté d’une mise en scène attentive au pouvoir des mots. De toute évidence, ils se sont régalés. Cela se lit dans le malaise latent qui est créé, les touches d’humour aussi. Les créateurs respectent admirablement les nuances réalité-fiction et la musicalité du texte.
 
La scénographie est à la hauteur avec ses distants paliers rectangulaires et son utilisation fort appropriée d’un écran arrière affichant, à la fin, le texte de la pièce et d’une projection vidéo « habitant » le personnage de l’enfant du couple.
 
Pièce difficile à défendre, on s’en doute aussi, pour les acteurs. Sophie Cadieux et Évelyne Rompré s’en tirent merveilleusement. »
Mario Cloutier, La Presse

 
 
 
« Dans le rôle ingrat de la névrosée border line, la belle Évelyne Rompré est savoureuse. Alexis Martin, tout en retenue, est un loser magnifique, la brillante Sophie Cadieux, comme un point lumineux dans la noirceur, lentement s’efface au fur et à mesure que les mots du texte apparaissent sur l’écran en fond de scène.
 
Encore une fois, Denis Marleau et Stéphanie Jasmin excellent dans la très fine direction d’acteurs. Travaillant le texte au scalpel, évitant les écueils de la diction désincarnée, ils ont trouvé le juste milieu, un jeu ancré dans un concret qui rend la déréalisation encore plus tangible. On navigue en eaux troubles, et les trois comédiens, tout en justesse, semblent à la fois flotter et plonger dans une folie douce et violente. Devant ce malaise subtilement distillé, on reste à la fois perplexe et profondément ébranlé. Du grand art… »
Michelle Chanonat, RevueJeu.org
 
 
 
« On a relevé l’intelligence, la beauté du texte, un humour noir sans pitié et le portrait de cette femme, jouée par Sophie Cadieux, véritablement une femme du XXIe siècle.
 
Texte d’une précision hallucinante. La langue est magnifique. Les comédiens nous racontent ça avec une précision absolument redoutable. Avec Sophie Cadieux et Alexis Martin, on est en business effectivement. »
Stéphane Leclair, C’est pas trop tôt, Radio-Canada
  
 
 
« J’ai été fascinée du début à la fin par La ville et le climat d’étrangeté, de bizarrerie qui s’en dégage y est pour beaucoup. Les trois personnages sont tout en pudeur et en détermination.
 
La mise en scène, statique à dessein, force les comédiens à endosser un stoïcisme qui sied à cette floraison verbale où il ne semble pas y avoir de place pour l’émotion. Dans un décor stylisé où des figures géométriques sont projetées en arrière-scène, c’est la parole qui occupe, de façon extraordinairement habile, tout l’espace. C’est très contemporain, très dépouillé et parfaitement efficace.
 
Il faut donc être un peu patient, car ultimement, tout tombe en place comme un fantastique puzzle qui prend toute sa signification après que les dernières et ultimes pièces aient été mises en place. Et, croyez-moi, la satisfaction est grande lorsque tout s’explique : le titre, les motivations des personnages, l’explication de leur questionnement. Et c’est un moment plein d’une beauté étrange et mélancolique auquel vous penserez longtemps après avoir quitté le théâtre. »
Marie-Claire Girard, Le Huffington Post
 
 
 
« Une mécanique implacable et réglée au quart de tour.
Les metteurs en scène choisissent un jeu statique qui repose sur l’articulation et le rythme de la voix, où chaque mouvement est coordonné avec précision, pour laisser toute la place possible au texte. À ce titre, Sophie Cadieux et Alexis Martin sont parfaitement à l’aise dans les rôles de Clair et Christopher, mais c’est Évelyne Rompré qui impressionne le plus par l’intensité de son jeu et les registres différents qu’elle peut convoquer dans une même scène. Sa présence dans le dernier tableau, où sa démarche de pantin fait écho à la marionnette qui figure la petite fille du couple, est particulièrement saisissante.
 
Un dédale imaginaire sans fin que Marleau et Jasmin rendent admirablement bien avec une mise en scène toute au service du texte. À ne pas manquer! »
Francois Jardon Gomez, mamereetaithipster
 
 
 
« Avec un remarquable distribution, l’ESPACE GO frappe fort avec sa première pièce de l’an 2014.
Pour interpréter cette pièce lucide et intrigante, il va sans dire que le duo Cadieux-Martin était non seulement tout désigné, mais aussi relève le défi haut la main, tel qu’attendu. Évelyne Rompré, en infirmière mystérieuse au ton ferme, tire son épingle du jeu avec un aplomb sans égal. Arrivant sur scène avec vigueur, elle impressionne en entamant son premier monologue.
 
La Ville est une pièce qui saisit et qui va bien au-delà du mystère et de la création d’univers, d’histoires pour magnifier son quotidien. »
Alice Côté Dupuis, Bible Urbaine
  
 
 
« Il faut bien entendu retenir le jeu des deux comédiens principaux, Sophie Cadieux et Alexis Martin, dont le registre correspond exactement à ce qui est attendu des personnages. Étonnante Sophie Cadieux qui, alors que sa résidence d’artiste est sur le point de prendre fin à l’Espace Go, va chercher des œuvres qui fait sortir le public de sa zone de confort et le pousse à réfléchir. »
Hugo Prévost, pieuvre.ca
 
 
 
« La pièce va en profondeur dans les méandres de l’être humain, voilà où La Ville innove et déroute. Il ne semble pas aisé de défendre ce texte complexe où s’entremêlent réalité et imaginaire, pour ce faire il faut assurément des acteurs solides. Il n’y a pas à redire, Alexis Martin et Sophie Cadieux remplissent ce rôle à merveille. Évelyne Rompré, dans la peau de la mystérieuse voisine, s’en sort elle aussi avec brio. Le trio joue habilement avec les nuances, laissant planer les malaises et les silences, sans jamais tomber dans les longueurs. Ajoutez-y des pointes d’humour qui viennent de temps en temps éclaircir le paysage gris du décor.
 
Tout aussi brillamment, la scénographie, ainsi que la mise en scène sobre et précise du duo Denis Marleau et Stéphanie Jasmin laissent toute la place aux mots qui est requise par ce texte. Aucun artifice pour habiller la pièce, peu de mouvement, seulement une histoire qu’il faut écouter attentivement.
 
La Ville est aussi de ce genre de pièce qui continue de nous habiter une fois sortie de la salle, à laquelle on continue de réfléchir pour mieux l’assimiler. Une froideur et une simplicité, en apparence, qui renferment beaucoup d’émotions des plus complexes ce qui donne une grande richesse au texte de Martin Crimp. »
Marianne Renaud, sorstu.ca
 
 
 

« La Ville est une pièce à texte, une succession de moments. La pièce s’apprécie par ses tirades, ses envolées verbales et ses longs monologues surprenants de retenue. Sophie Cadieux, d’ordinaire flamboyante, rend une performance toute en nuance et Alexis Martin inspire une réelle pitié. Évelyne Rompré, en voisine infirmière insomniaque, vient mettre du piquant dans un déroulement contrôlé et figé. La mise en scène, signée Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, sert très bien le propos du texte par sa discrétion et son harmonieuse simplicité.
 
Voilà un texte perturbant de réalisme, interprété par des acteurs au jeu distant et débordant d’irréalisme, qui nous touche par ses contrastes entre mots et émotions. »
Sarah Labelle, montrealcampus.ca
 
 
 
Mise en scène avec habilité par Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, l’œuvre entraîne le spectateur dans le quotidien en apparence banal d’un couple de citadins.
 
Dès les premières minutes, le public comprend qu’il n’assistera pas à un théâtre de l’espace où le mouvement, dans sa fréquence et son extravagance, constitue une part entière de l’action. Il se trouve, à l’inverse, face à un théâtre où les déplacements sont restreints et les personnages souvent figés. La sobriété du jeu des acteurs ainsi que de leurs gestes laisse se développer pleinement un théâtre de langage où le texte tient une place prépondérante.
 
Si la gravité des sujets évoqués laisse planer un malaise par lequel le spectateur est happé, l’humour noir cinglant de l’auteur vient rompre avec la tension dès qu’elle devient insoutenable. Dans la salle, des rires sonores témoignent du soulagement. Cette pièce de théâtre, marquée par le cynisme cru pour lequel Martin Crimp est réputé, invite le public à des réflexions sociétales concrètes tout en lui offrant un spectacle où s’entremêlent réel et imaginaire. »
Alice Tabarin, Le Délit
 
 
 
« Sophie Cadieux et Alexis Martin déploient ici toute une palette de leur talent de jeu. Evelyne Rompré, inquiétante et ‘’borderline’’ à souhait.
 
Autant vous dire que la pièce se termine et que vous êtes sonnés. Comme K.O de ce que vous venez de voir, d’entendre… et de ne pas comprendre. Mes amies et moi nous sommes rejointes à la sortie du théâtre avec une furieuse envie de jaser de tout ça!
 
Ô Crimp, à la dramaturgie résolument moderne et acérée ! Quelle belle soirée. »
Marion Gouiry, Blogue ArTV

 
 
 

« Le duo de metteurs en scène dépeint le paysage qui émane du texte avec justesse : la froideur et le sentiment d’étrangeté occupent entièrement la scène, le climat est inconfortable pour le public, et ce, de scène en scène.
 
Les comédiens livrent ce qu’ils peuvent avec une certaine habileté : Sophie Cadieux rayonne dans le personnage de Clair, froide et d’une certaine cruauté tranquille. Évelyne Rompré, dans un rôle qui détonne des autres, nous fait un grand bien. »
Pascale St-Onge, montheatre.qc.ca
  
 
 
« Avec des propos absurdes et décalés, non dénués d’un fin humour noir, cette pièce rend compte de l’impossibilité d’atteindre un idéal, que ce soit l’utopie de l’amour, de l’écriture ou de la réussite sociale. Soutenus par une mise en scène très précise de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, Sophie Cadieux (altière dans son rôle de Clair) et Alexis Martin (incarnant son mari désabusé) entretiennent des dialogues sans issue, autant de ruelles, de méandres labyrinthiques.

La conclusion, surprenante et visuellement magnifique, nous apporte une réponse qui éclaire tout ce qui a précédé. La forme très littéraire, telle une partition rythmique étudiée, s’explique alors d’elle-même. Nous sortons de la salle emplis d’une réflexion sur l’écriture et éblouis par cette mise en abyme vertigineuse. »
Les lectures de Topinambulle