Complexités des symboles et des métaphores

Retour à la pièce

Le Complexe de Thénardier

La langue de José Pliya est truffée de symboles et de métaphores.
 
– L’homme aux cheveux bleus : image des casques bleus sauveurs et annonciateurs de renouveau. Les liens à la guerre sont sans cesse abordés, pour que ce contexte soit toujours présent, sans pour autant prendre toute la place.
 
J’ai vu un homme. Un homme aux cheveux bleus. Il m’a dit que tout était fini. Il vient pour m’emmener. Il a un fort accent. L’accent du Dakota. Il a été précis. La guerre est terminée. Nous sommes libres. Nous sommes libres.
 
– Par le symbole du rat, sur toute la durée de la pièce, persiste cette peur de la contamination, cette obsession de la propreté. Petit à petit, le rat est la métaphore des êtres humains et la Mère finit par s’y identifier entièrement, dès que la seule marque d’humanité qui lui restait est partie : Vido. Elle finit comme les rats dont elle vient de parler…
 
Attendez. Vous oubliez les rats. Leçon numéro quatre : pour s’en débarrasser, prendre un raticide comme celui-ci. Un raticide foudroyant. Le verser dans une tasse. Une tasse à café. Ne pas hésiter sur la dose. Y rajouter de l’eau chaude, ou de la citronnelle ou sinon du thé, du café ou de la chicorée. Bien mélanger le tout et boire à petits coups.
 
– Le symbole du rat est aussi utilisé comme la métaphore d’une civilisation qui doit disparaître. Comme ces allusions aux chambres à gaz de la seconde guerre mondiale : Mieux que les pièges ou les poisons, on m’a parlé de vos méthodes : à genoux, les pattes derrière la nuque, une balle dans la tête. Il n’y a pas de rat qui peut survivre à ça. On m’a parlé du gaz, du gaz dans les bouches d’égout. Une colonie de rats ne peut y résister. Je peux vous faire confiance. J’en ai fini, Monsieur le Juge. J’en ai fini. Et je repartirai. Je rentrerai chez moi, comme si de rien n’était.
 
– Le terme d’humanité prend beaucoup de sens à la fin de la pièce. Il s’attache à la Mère, il est la dernière chose qu’elle ait en elle qui soit bon. Vido représente ce dernier acte d’humanité. En partant, elle ne laisse chez la Mère que les actes de sacrifices.
 
En même temps, tout le monologue de fin de la Mère s’attache à l’humanité toute entière, à la société en général. La Mère se fait le porte-parole de cette humanité déchue. La fin de la guerre ne permet pas la rédemption, au contraire, tout acte devra être expliqué…
 
José Pliya part donc d’une relation mère-fille. Il ajoute des sacrifices, une dette, des dépendances; le tout dans un contexte de guerre et d’épuration ethnique.
 
Ainsi, il parvient à inscrire ce huis clos entre deux femmes dans un rapport au monde d’autant plus mystérieux qu’aucun jugement ne vient à l’esprit. Juste un sentiment d’impuissance face aux événements dont nous ne sommes, en temps qu’individus, pas maître.

 
 

 
Ce dossier a été réalisé par l’équipe de Manège.Mons en Belgique et par celle du Théâtre ESPACE GO de Montréal.