Complexité des personnages

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Le Complexe de Thénardier

La Mère et Vido sont les seuls personnages de la pièce. Elles parlent d’un fils, d’une fille, et d’un homme aux cheveux bleus mais nous ne les verrons jamais. Il s’agit de deux femmes aux prises avec les non-dits de l’amour. Deux femmes vivent en temps de guerre et qui doivent se protéger. Elles ne peuvent et ne veulent pas se mettre à nu, surtout pas pour montrer un brin de tendresse ou d’amour et se retrouver par ce fait en position de faiblesse.
 
 

La Mère

La Mère est complètement déchirée. Elle a mis sa vie de femme de côté au profit de son fils et de Vido. Elle s’est sacrifiée pour cette famille et tout son équilibre repose sur sa maison et son entretien. Elle est la seule personne qui ait encore un lien avec l’extérieur. Ses nuits dehors sont d’ailleurs difficiles à raconter… Mais il s’agit bien de sacrifices.
 
Si Vido ouvre la porte, tout son équilibre se brise. Vido est le dernier acte d’humanité qu’elle ait commis. La Mère l’a sauvée d’une rafle. Elle est par là la caution de pureté morale de la Mère. Cette dernière use donc de tous ses arguments et mensonges pour tenter de maintenir la guerre présente… et ainsi de garder Vido chez elle. Elle lui confisque toute identité, elle négocie. La Mère ment à Vido sur sa condition, sur ses parents… Est-ce pour mieux garder Vido chez elle? Est-ce pour la protéger d’une réalité trop dure à affronter?
 
Que sera l’après-guerre pour cette femme? Comment pourra-t-elle vivre avec elle-même lorsque la survie ne sera plus le maître mot de chaque individu? Comment pourra-t-elle expliquer ses actes?
 
 
 

Vido

Vido est dans une position délicate. Elle se rend compte au fur et à mesure qu’elle est liée à cette famille plus qu’elle ne l’avait imaginé. Elle est prise entre un sentiment de culpabilité et un rêve de liberté… Elle se débat entre son devoir de gratitude et son choix de libre-arbitre…
 
Elle n’a besoin que de faire un pas pour sortir mais ne peut s’en aller sans l’assentiment, l’accord, la bénédiction de la Mère. Cette Mère qu’elle met sur un piédestal, qui est sa sauveuse, sa maîtresse.
 
Vido est toujours en prière devant elle. Elle idéalise la figure de la Mère jusqu’à ce que cette dernière tombe de son piédestal et se mette à faiblir. Les rôles sont alors inversés et Vido ne peut l’admettre. La Mère lui annonce aussi que ses parents sont morts. A ce moment, elle est vraiment morte à ses yeux, ce n’est plus la même personne. C’est le déni. Elle part. Combien de mensonges encore? Quelle est la réalité de Vido? Qu’a-t-elle rêvé?
 
Ainsi, leur relation se complexifie au fur et à mesure qu’elles découvrent les liens qui les lient et la manière dont elles dépendent l’une de l’autre. Leur relation est basée sur le mensonge et les non-dits.
 
Les rapports de force entre elles sont forts et multiples : maître – esclave ; amour – haine; obéissance – rejet; peur – solitude; soumission – dépendance…
 
Le moment durant lequel les femmes se rencontrent, l’aube, rend tout possible : la liberté, mais également la rédemption! Il s’agit d’un moment charnière et les deux femmes le savent. L’une entrevoit la liberté, l’autre ne pense qu’à son équilibre qui se brise… Et la pièce se termine, mais tout est encore à écrire.
 
 

 
Ce dossier a été réalisé par l’équipe de Manège.Mons en Belgique et par celle du Théâtre ESPACE GO de Montréal.