Enfin te voilà (Britney Spears)
22 septembre au 18 octobre
2026
« Des journalistes affirment avoir trouvé la résidence privée de Britney Spears. »
Par une nuit noire, une jeune fille et sa grand-mère discutent du commencement du monde quand soudain on frappe à la porte. L’atmosphère se tend. La grand-mère tire les rideaux et barricade la porte. Elle n’a que quelques instants pour transmettre à la jeune fille ses ultimes conseils pour affronter le monde : « Au commencement était la musique pop… ». Un carreau vole en éclats. Une main glisse à l’intérieur. La poignée tourne. Un homme en complet noir surgit et dit : « Enfin te voilà, Britney Spears. » La jeune fille s’échappe, mais c’est le début d’un jeu du chat et de la souris où chaque issue mène vers un nouveau piège.
Avec Enfin te voilà (Britney Spears), la dramaturge québécoise Marie-Hélène Larose-Truchon poursuit son exploration d’un théâtre ludique et féroce, et signe une comédie qui dénonce avec une joie insolente les dérives des grandes machineries d’oppression — patriarcat, capitalisme, sexisme — qui traversent les siècles et se réinventent pour mieux perdurer. En douze tableaux aussi absurdes que réjouissants, la pièce déploie des scénarios où la célèbre chanteuse cherche à échapper à sa vie de vedette pop, à se libérer du rôle étouffant que la société du spectacle lui impose. Elle est tour à tour une agente correctionnelle aux prises avec une détenue récalcitrante, une mère monoparentale harcelée par les médias, une infirmière débutante auprès d’une patiente machiavélique. Elle prend les traits de la Vierge Marie fuyant les rois mages, d’une Cendrillon désenchantée par les activités clandestines des fées marraines, ou encore d’une Marilyn Monroe rêvant pour toute lumière d’un bidon d’essence et d’une allumette.
Figure à la fois idolâtrée, traquée, sacrifiée, Britney Spears devient ici le symbole d’un corps féminin exposé au regard du monde, transformé en marchandise, propulsé en objet de consommation. En fuyant cette surexposition, elle dévoile les rouages de la culture pop : un système qui fabrique des récits dominants, impose ses normes de genre et récupère l’image de la femme pour la remodeler selon ses propres fantasmes.
Ce projet un peu dingue s’inscrit parfaitement dans la continuité de la démarche artistique du metteur en scène Sébastien David (La société des poètes disparus, Une fille en or, Dimanche Napalm et Kiki et la colère), qui explore un théâtre où le banal rencontre le spectaculaire, où le kitsch croise le tragique. Sous sa direction, Enfin te voilà (Britney Spears) se déploie comme une suite de chansons, chacune dotée de sa couleur, de son énergie, de son climat, et emprunte les codes du concert pop : lumières, musique, danseuses, chorégraphies. L’équipe, majoritairement composée de femmes et de personnes issues de la communauté 2ELGBTQIA+, de générations, d’origines et de parcours variés, enrichit la création de la pluralité de ses perspectives, offrant un regard éclaté et vibrant sur le pouvoir, la célébrité et les normes sociales.
« Dès que je suis entrée dans la lecture de Enfin te voilà (Britney Spears), j’ai été traversée du proverbial frisson, celui qui fait sauter à pieds joints dans un projet. Le souffle de l’autrice y a la force de l’ouragan. Sa colère s’exprime avec une originalité exquise et son indignation ravage tout sur son passage. Aussitôt, j’étais Britney, aussi à boutte qu’elle d’être condamnée, époque après époque, à jouer le rôle forcé de parure, d’objet de divertissement. J’avais les dents serrées de rage et, pourtant, je ressentais une joie féroce : Marie-Hélène Larose-Truchon nous sert chaque fuite de Britney comme un doigt d’honneur qui donne envie de crier yeah!! Si le texte seul parvient à me galvaniser ainsi, je m’attends à finir la soirée debout sur mon siège, en révolte contre la machine et exaltée par le show rock que l’équipe prépare. »
— Édith Patenaude