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Enfin te voilà : mot de la directrice

Enfin te voilà (Britney Spears)

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La colère m’est essentielle. Elle a mauvaise presse et pourtant, guidée par elle, j’ai pris certaines de mes plus grandes décisions. Quand la grande colère surgit, elle fait mur, elle arrête net. Il n’y a plus de voie de contournement. Elle hurle que quelque chose doit impérativement changer. Elle est le cri de mes limites.

 

Ses petits et moyens soubresauts, je les digère, je les absorbe. Trop peut-être. La colère venant des femmes est encore généralement perçue comme une inquiétante fragilité émotionnelle. Les hommes, eux, ont du caractère, expriment toute la force de leur détermination. Que c’est ennuyant de le redire. On les connaît bien, ces deux poids deux mesures, mais le changement social reste désespérément lent.

 

Pourtant, la colère des femmes est une riche source de savoirs. Bien sûr, je ne parle pas des éclats d’égo auxquels chacun·e est susceptible. Ils peuvent être cruels et dépourvus d’empathie. Je préfère bien entendu évoluer dans une société qui travaille à s’écouter plutôt qu’à réagir, qui cherche à créer des ponts entre les convictions contraires plutôt qu’à nourrir une culture du clivage. Ce dont je parle ici est de la colère juste. Celle-là n’écrase pas l’autre : elle est au contraire le signal d’alarme que nous sommes écrasé·es, que notre intégrité est en danger.

 

La lecture d’Enfin te voilà (Britney Spears) a été pour moi un électrochoc. J’y ai lu un appel urgent, pour toutes les femmes et personnes marginalisées, à considérer leur colère comme une amie qui leur veut du bien. Une saine rage suintait entre chaque ligne, débordait jusqu’à moi et rendait limpide ce qui est inacceptable et doit cesser. Oui, je parle de toutes les armes qu’a le patriarcat contre nous. Mais le dire ainsi, courtement, pédagogiquement presque, c’est réduire le sens du spectacle. Notre monde est complexe et les oppressions sont nombreuses. Enfin te voilà (Britney Spears) est pour moi – et j’espère qu’il le sera pour vous – l’exutoire époustouflant d’une colère qui gonfle depuis le début des temps et doit être entendue pour que le progrès humain prenne enfin une nouvelle forme.

 

 

Édith Patenaude
Directrice artistique et codirectrice générale