« Tout le monde se souvient du cri du cœur de Chris Crocker, en 2007 : « Laissez Britney tranquille » ! Or, l’autrice Marie-Hélène Larose-Truchon la défend avec autant de passion dans sa pièce.
Sous la direction inspirée de Sébastien David, la production n’est pas un biopic pour les fans de la chanteuse pop. C’est plutôt une comédie, assez grotesque, sur la condition des femmes, à la fois adulées et sacrifiées sur l’autel du pouvoir et du sexisme. Plus largement, la production dénonce la « société du spectacle », la marchandisation de la culture, le capitalisme…
Le spectacle commence avec une enlevante chorégraphie, signée Alexandre Morin, sur une trame musicale d’Antoine Bédard.
En 12 tableaux, on suivra Britney à travers diverses figures. La mise en scène de Sébastien David est à la fois kitsch et tragique.
La pièce est portée par 11 excellents interprètes, dont 5 danseuses. Dans le rôle des multiples Britney, Sophie Cadieux brille ! Énergique et provocante, l’actrice se transforme d’une scène à l’autre. Mentionnons aussi Marie-France Lambert, Dominique Quesnel et la performance fabuleuse de Guillaume Tremblay.
À l’instar de Chris Crocker avec sa vidéo culte, des admiratrices viendront prendre la défense de la chanteuse pop. Elles vont l’entourer et la protéger de la brutalité de notre monde. Afin que leur déesse des rêves brisés retrouve enfin sa liberté.
Une fin très belle et ouverte… Comme un souhait. Celui que Britney (et les autres femmes) puisse reprendre le contrôle de sa vie. »
Luc Boulanger, La Presse
« Un spectacle presque entièrement féminin (hourra!) écrit par une autrice prolifique et acclamée, livré par des actrices (et un acteur) investies et protéiformes et une équipe de création qui, ma foi, a tout donné. Cette pièce éclatée, composée de douze tableaux, vous en mettra plein la vue, quitte à vous éblouir complètement.
Malgré des qualités évidentes et des intentions plus que louables, une impression brouillonne persiste, comme si la production n’arrive pas à aller au bout de ce qu’elle souhaite dire.
Les interprètes sont solides. Sophie Cadieux se donne corps et âme. [Elle] et Guillaume Tremblay s’affrontent et se pourchassent avec la force du désespoir jusqu’à la fin, mais on ne peut passer sous silence Dominique Quesnel et Marie-France Lambert, qui se glissent dans une multitude de personnages, ancrés dans leurs drames malgré la caricature et le caractère souvent parodique des situations dans lesquelles elles se trouvent empêtrées. Elles sont tantôt drôles, toujours justes, et d’une force remarquable. Même quand elles ne font qu’habiter le chœur. Et c’est d’une beauté!
La scénographie, reprenant certains codes d’un show de musique, est efficace. L’empilement d’objets à mesure que les tableaux avancent nous rappelle l’accumulation, la consommation de masse à laquelle la culture populaire nous habitue. La conception des lumières va dans le même sens et sert définitivement le propos de la pièce. Toute la scénographie sert à nous impliquer dans le drame. On y est, les deux pieds dedans!
Finalement, on assiste à l’affrontement final de l’héroïne contre son père, son chum, son manager, son male alpha de marde, et la pièce se termine sur une très belle image de sororité chaude et réconfortante. Et plusieurs spectateurs se lèvent et applaudissent, reprenant les rengaines des succès de l’idole rose bonbon. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on est aspiré. Qu’on soit fan ou non de la star, quelque chose se passe. On aurait peut-être souhaité qu’une plume aussi brillante que celle de Larose-Truchon creuse davantage les enjeux féministes actuels. Mais après, qu’est-ce que j’en sais, moi? Je ne suis qu’un homme, qui plus est, déjà trop adulte pour avoir accroché à Britney quand elle est venue au monde. Peut-être que je n’y connais rien, après tout. »
Jocelyn Roy, JEU Revue de théâtre
« Je vous dirais que c’est Britney en kaléidoscope, dans tout ce qu’elle est.
Et ce texte de Marie-Hélène Larose-Truchon, c’est comme donner une chance à Britney d’échapper à son destin, celui qu’on lui connaît, lui donner une chance de se débattre, de se défendre et de fuir. C’est presque une proposition immersive, parce que quand Britney est traquée, le public est avec elle aveuglé par les phares d’hélicoptère à ses trousses et même qu’on sent le vent des hélices, alors qu’on est pourchassé il y a de gros ventilateurs au plafond qui sont braqués sur nous et qui balaient la foule. Alors je trouve que c’est une façon aussi de se dire : on parle de Britney Spears certes, mais le vrai sujet c’est les impositions qu’on met sur les épaules des femmes en général, donc nous dans la salle on est aussi en fuite, on est aussi pourchassé·es par ces impératifs.
C’est une proposition qui est, vous l’aurez compris j’imagine, ambitieuse et un peu échevelée. Mais je dois dire que j’aime beaucoup l’ampleur du spectacle, j’aime son thème, j’aime la mise en scène de Sébastien David qui est formidable. J’adore les costumes. J’aime quand Sophie Cadieux chante avec une perruque blonde. J’aime quand Guillaume Tremblay chante Womanizer et puis surtout j’aime Britney. Alors, il y a quand même de l’amour derrière tout ça. »
Claudia Hébert, Tout un matin, ICI Première
« C’est pas un biopic, c’est une comédie satirique féministe de Marie-Hélène Larose-Truchon, qui a une obsession pour Britney Spears, surtout elle est fascinée par sa chute.
On découpe en 12 tableaux la pièce où Britney Spears cherche à échapper à sa vie de vedette pop et l’autrice réinvente Britney Spears à travers différentes femmes. Britney est une infirmière, la Vierge Marie, une soldate, même Marilyn Monroe et je te dirais que juste le moment où [la Vierge] Marie accouche en Britney Spears ça vaut quand même le détour. J’ai beaucoup ri. Et dans les tableaux, elle fuit un homme en noir, une espèce de personnage caricatural du patriarcat. C’est quelque chose qui est assez sombre quand même, on représente ces femmes-là qui sont en colère. Mais je te disais que j’ai ri, il y a quand même beaucoup d’humour. Sophie [Cadieux] est phénoménale quand elle chante avec sa perruque blonde, son petit costume en latex rouge. Elle vole la vedette, vraiment. Marie-France Lambert et Guillaume Tremblay ont aussi retenu mon attention.
Maintenant pour moi, peut-être que ça aurait pu être resserré un p’tit peu. Mais quand même on passe un bon moment. Tu l’entendais [dans l’extrait du spectacle], les gens rient beaucoup. Ça vaut le déplacement. Comme je te le disais, les fans vont y trouver encore plus leur compte parce qu’il y a plein de petits clins d’œil à Britney tout au long de la pièce. »
Bénédicte Lebel, Lagacé le matin, 98,5 FM
« Chapeau à Sébastien David à la mise en scène. C’est du rythme, des chorégraphies, une direction de jeu de haut niveau – j’ai marqué wow! – changements de costumes rapides, des scènes où toutes les femmes forment un genre de chœur grec, c’est absolument magnifique ces femmes – tu sens une solidarité. Et après, ça éclate à nouveau, pouf un nouveau tableau et puis on va ailleurs ce qui fait que vraiment c’est fantastique. Scénographie simple mais très intéressante parce qu’elle remplit au fur et à mesure des tableaux qui passent en laissant sur scène tous les accessoires qui ont servi, qui ont été utilisés, qui sont jetés et abandonnés et qui donnent l’impression qu’on est vraiment dans la surconsommation, l’accumulation.
Et j’ai marqué mention spéciale pour la création de l’ambiance, les hélicoptères qui traquent Britney Spears, des lumières blanches au plafond qui balaient la scène et la foule, le son des hélicoptères et du vent créé par des énormes ventilateurs qui sortent du plafond. Les interprètes sont tous fantastiques.
Pour terminer, on rentre dans le monde de la pop et le public aime ça. C’est parfois absurde, très drôle, rythmé et, surtout, il y a un 2e degré qui fait réfléchir. J’aimerais lire ce texte car je suis certaine qu’il est sans doute plus grave que ce qu’il paraît. On passe un excellent moment.
Allez-y, juste pour voir du Sophie Cadieux à son meilleur. Elle est fantastique. J’ai vraiment beaucoup aimé. Une très belle soirée. »
Annick Terral, Libraire de force, CIBL 01,5 FM
« Moi, je pense que ce qui est arrivé, c’est qu’on a peut-être projeté nos désirs sur ce spectacle-là. On ne peut pas projeter nos désirs sur un spectacle qu’on n’a pas écrit.
Mais on peut se désoler de ne pas avoir tout saisi. Je vous disais, l’opacité du langage, l’absurdité aussi, c’est un choix. Ça rend ça très festif, très drôle, on reprend les codes du spectacle.
Ce qui fonctionne : la distribution, le travail de Sophie Cadieux qui est fantastique et qui d’ailleurs nous émeut parfois dans des tableaux où justement, ce n’est pas toujours clair ce qui se passe. Mais ce qui arrive aussi, c’est que la pop, c’est un véhicule de joie. Et ici, la pop, c’est l’outil de l’asservissement, de l’exploitation de cette femme-là et de bien des femmes. C’est un symbole. Et là, nous, on est comme en tension. On ne veut pas bouder notre joie. Il y a un plaisir à entendre les petites ritournelles, les clins d’œil, les chorégraphies…
Il y a vraiment des tableaux qui fonctionnent bien et, souvent, ils sont dans l’économie. Il y a un tableau où Sophie Cadieux incarne la Britney, jeune maman, seule à la maison, maman solo, traquée par les paparazzi, les hélicoptères et elle essaie de… Elle est dans l’aliénation de la maternité. Elle essaie de répondre à tous les besoins de ses enfants. Mais elle est pourchassée, traquée comme une bête. Et ça, ça nous émeut.
Donc, si vous avez vos billets, allez-y. Il y a quelque chose là. Mais sachez que vous allez vous faire brasser comme une guénille tout le long parce qu’on s’amuse beaucoup avec ces concepts-là. Derrière ça, il y a quand même une réflexion qui fait jaser. On est sorties, puis on a jasé longtemps. D’une certaine façon, ça fonctionne bien. »
Karyne Lefebvre, Pénélope, ICI Première