Antifragile?
27 avril au 8 mai
2027
Durée
1h
« Une de nos inspirations, c’est Fifi Brindacier.
Elle disait : “Le désordre, c’est tellement plus gai!” »
Corruption à grande échelle, changements climatiques, dette nationale, tarifs douaniers, guerres sans fin… le monde vacille sous le poids de sa propre agitation. Et nous aussi.
Dans son essai Antifragile : les bienfaits du désordre, l’écrivain, philosophe et statisticien libanais Nassim Nicholas Taleb critique notre tendance à vouloir tout contrôler, éliminer le risque, l’aléatoire, la variabilité. Or, cette quête de sécurité, souvent illusoire, nous fragilise encore plus. Selon lui, il existe trois manières de réagir face au stress et à l’adversité : les personnes fragiles se brisent; les robustes résistent mais vivent des niveaux de stress élevés; les résilientes s’adaptent tant bien que mal. Taleb propose alors une quatrième voie : celle des « antifragiles », ces individus qui, en acceptant que chaque obstacle devienne une occasion d’adaptation et d’évolution, peuvent s’épanouir, grandir, et même s’amuser en tirant parti du chaos.
Antifragile? Spectacle de piano explore cette idée d’antifragilité : comment, par le biais des épreuves et du désordre, pouvons-nous atterrir collectivement ailleurs pour éviter que l’histoire ne se répète et faire en sorte que le début ne ressemble pas à la fin?
Le bureau de l’APA nous convie à une performance-entraînement où l’on apprend à jouir du désordre et du chaos. Sur scène, une accumulation d’objets du quotidien compose des tableaux visuels proches du street art, un chantier de création vivant, instable, en transformation constante. Rien n’y est figé : tout peut tomber, se casser, dévier. Et c’est précisément là que réside la force du geste. Car dans ce laboratoire du risque, l’accident n’est plus une erreur à corriger, mais une matière à explorer. C’est en prenant des risques, en cassant des assiettes, en ratant notre coup, en marchant sur des œufs, en brisant les règles que nous pouvons aller ailleurs. L’imprévu, l’inachevé et la vulnérabilité ne sont plus des failles, mais des forces créatrices, des espaces pour repenser le monde autrement. Et si le contraire de la fragilité, c’était le désordre?
Avec Antifragile? Spectacle de piano, le bureau de l’APA poursuit sa réflexion sur la diversité des corps et la non-standardisation de l’humain. Il faut « faire avec » nos corps, nos contraintes, nos maladresses, nos handicaps. Pour exercer notre souplesse face aux ratages, à ce qui ne fonctionne pas d’emblée, on fait en sorte que des choses arrivent.
Au cœur d’Antifragile? Spectacle de piano, il y a la mémoire vive de Laurence Brunelle-Côté, âme insoumise, artiste multidisciplinaire et cofondatrice de la compagnie, qui nous a quittés à l’automne dernier. Sa lumière éclaire encore chaque note, chaque geste, chaque souffle.
« En arrivant à ESPACE GO, j’ai eu le désir de réveiller les débuts punks de son histoire en nourrissant son présent de pratiques indisciplinées. Je voulais que des propositions léchées dialoguent avec d’autres qui se repaissent d’imperfections et d’accidents. Il m’importe de valoriser aussi les artistes qui font le choix conscient de l’artisanat, du broche à foin. Lorsque la réflexion est profonde, le contenant peut prendre toutes les formes. Le bureau de l’APA est, pour moi, l’incarnation pure de cet esprit indocile. Et dans Antifragile?, sa démarche rencontre merveilleusement le contenu, puisque l’équipe nous propose de nous exercer à puiser du chaos une force inattendue. Le monde étant ce qu’il est, n’est-ce pas là une extraordinaire invitation pour contrer ce sinistre sentiment d’impuissance qui nous pourchasse? »
— Édith Patenaude