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Visages : mot d’Alexia Bürger

« J’ai eu honte de moi-même quand j’ai réalisé que la vie était un bal masqué, et que j’y avais assisté jusqu’ici avec mon vrai visage. »

  • Franz Kafka

 

Qu’est-ce qu’un visage?

 

J’étais tellement habituée aux figures, depuis ma naissance, que jamais cette question ne m’avait effleurée.

 

Les questions les plus simples, souvent, nous pendent au bout du nez. Elles attendent patiemment en dessous de notre champ de vision et, un jour comme un autre, elles nous sautent au visage.

 

Qu’est-ce donc que cette étrange surface sur laquelle se donnent rendez-vous des yeux, des joues, une bouche, un nez? Autant de simples éléments qui, en s’additionnant, se mettent étrangement à dépasser leur somme. Refusent de s’en tenir à leur simple forme pour devenir l’écho du désastre ou de la beauté.

 

Qu’est-ce que cette petite étendue de chair trouée qui prétend, parfois malgré nous, nous personnifier? Quand nous ne déshumanisons pas celle de l’Autre, elle nous renvoie toujours à nos propres limites, à notre mortalité. Nous avons cette drôle de propension à vouloir voir toujours derrière la figure de notre prochain, pour le trouver.

 

Qu’est-ce qu’un visage? Qui de lui, ou de nous, forge l’identité?

 

Est-ce un mur ou une porte d’entrée? Une façade derrière laquelle logent de multiples nous? Le recto d’un vide abyssal, d’un creux, inhabité?

 

C’est avec cette petite question grande ouverte, cette toute petite question aux infinies ramifications que tout a commencé.

 

À défaut de pouvoir, un jour, en avoir fait le tour, nous sommes rassemblées autour et nous avons cherché, Jean, Sophie, Marie-Thé, Isabelle, Etienne, Elen, Frannie, Martin, Sophie (oui encore une autre – une telle question mérite deux Sophie rassemblées), Vanessa, Véronique, Sarah, Maryse, et moi. Ce faisant nous avons découvert la horde de philosophes qui avaient eu, bien avant nous, l’idée de se la poser. Nous avons fait la connaissance de Joy, qui nous a partagé ce qu’elle voyait dans la figure de ses semblables, à cause d’une maladie rare. Nous avons tenté de comprendre un peu mieux par Brad Duchaine, spécialiste de la perception du visage, qui l’a diagnostiquée. Sur le chemin nous avons aussi croisé la Méduse du Caravage, décapitée par Percée, les concours de sosies, les traités de Vinci qui nous ont parlé du point de rencontre entre nos zones d’ombres et de clartés.

 

C’est dans le labyrinthe de cette petite question déployée, à travers ce qu’elle nous a fait voir des différents visages de la réalité, que les figures fictives d’Émerick et d’Artem ont émergé. Que Brad Pitt et Empédocle (contre toute attente) se sont rencontrés. Que les contours de l’actrice-plus-jeune se sont mis à s’effacer, que ceux de l’actrice-plus-vieille se sont libérés dans le paysage et que la force surdimensionnée d’une femme-aplatie nous a trouvé.

 

Un merci infini et éternel à Mani et à Édith pour la confiance et la liberté.

 

Merci à Florence, à Guy, à Robert, à Suzanne, à Cello, à Luc, à Annick, à Shuei, à Bruno, à Sarah, à Chloé, à Émilie, aux merveilleuses équipes du CNA et de l’ESPACE GO pour leur talent, leur générosité, leur engagement et leur confiance.

 

 

Alexia Büger

Autrice et metteuse en scène