Le visage de Vladimir Poutine est l’un de ceux que la planète entière reconnaît. Un visage devenu presque une icône politique. Et comme toutes les icônes, il a fini par engendrer des reflets — des hommes qui, par hasard ou par choix, lui ressemblent au point de troubler le regard.
L’un de ces hommes s’appelle Sławek Sobala. Il est né à Wroclaw, dans le sud-est de la Pologne, et pendant longtemps sa vie n’a rien eu d’extraordinaire. Il travaille dans le bâtiment, mène une existence simple, entouré de sa famille et de ses amis. Rien ne le destine alors à devenir un personnage public. Pourtant, un jour, quelqu’un lui fait remarquer sa ressemblance avec Poutine, homme politique russe que l’on commence à voir de plus en plus souvent à la télévision et dans les journaux.
Au début, Swalek en rit. Puis la remarque est revenue, dans la rue, au travail, dans les bars. Les gens le dévisagent, certains lui demandent même des photos. Car la ressemblance est troublante : même silhouette compacte, même regard un peu froid, même coupe de cheveux courte.
Sławek Sobala décide alors de se produire comme sosie de Vladimir Poutine. Costume sombre, cravate stricte, visage impassible : il apprend à imiter les gestes mesurés et la posture rigide du président russe. On l’invite dans des émissions de télévision, dans des événements humoristiques, parfois dans des publicités. Pendant un temps, cette étrange ressemblance devient une petite carrière en parallèle, qui lui permet avant tout de voyager.
Mais le monde change, et avec lui le regard que l’on porte sur ce visage.
Lorsque la Russie lance son invasion de l’Ukraine en 2022, la silhouette que Swalek imite cesse d’être simplement celle d’un dirigeant puissant : elle devient pour beaucoup le symbole d’une guerre injustifiée. Du jour au lendemain, être le sosie de Poutine n’est plus inoffensif. Sur internet, certains l’insultent, d’autres le menacent. Swalek explique dans plusieurs entrevues qu’il doit parfois rappeler aux gens une évidence : il n’est pas Vladimir Poutine. Il n’est qu’un homme qui lui ressemble.
Originaire de Wroclaw, en Pologne, où environ un habitant sur dix est Ukrainien, Slawek Sobala craint alors que les habitants de sa ville natale et les manifestants antiguerre ne se retournent contre lui.
Depuis des années, certains observateurs se demandent si Vladimir Poutine utilise des sosies pour ses apparitions en public. Les dirigeants du monde ont parfois recours à des doubles pour des raisons de sécurité, et la question revient régulièrement à propos du Kremlin. On scrute les images : une oreille légèrement différente, un visage plus gonflé, une démarche moins assurée. Sur internet, certains affirment qu’il pourrait exister deux, trois, parfois même quatre Poutine différents.
Le Kremlin a toujours nié ces rumeurs. Poutine lui-même a déjà raconté qu’on lui avait proposé, au début des années 2000, d’utiliser un double pour des déplacements risqués, mais qu’il avait refusé l’idée.
Sławek Sobola affirme qu’il respectait autrefois Poutine, mais que son opinion a changé depuis le début de la guerre en Ukraine.
El lorsqu’on lui demande ce qu’il dirait à Poutine s’il rencontrait son double face à face, Sławek répond qu’il lui demanderait de le regarder et de réfléchir à ceci : comment peut-on avoir le même visage et pourtant voir le monde de manière si différente. »