Billetterie

Les interstices

9 février, 16 mars & 27 avril
2026

Profitant des lundis de pause des spectacles de cette deuxième moitié de saison, la directrice Édith Patenaude propose Les Interstices pour faire découvrir au public des langages et des artistes qui ouvrent, dans la pratique, des chemins de traverse.

 

Réagissant à l’absence d’écritures de femmes latino-américaines sur nos scènes, Víctor Cuellar, Margarita Herrera Domínguez et Lesly Velázquez, de la Coop Ludotek-Art, orchestrent les mises en lecture de quatre textes d’Amérique latine, inédits au Québec, dans les décors des spectacles.

 

Une production de la Coop Ludotek-Art
En collaboration avec ESPACE GO et avec le soutien de la Fondation Cole

 

 

Lundi 9 février 2026, 19 h

Deux courtes pièces

 

Manifeste transpophagique (Manifesto Transpofágico)
Texte : Renata Carvalho (Brésil)
Traduction : José Luis Pereira de Sousa
Mise en lecture : Lydie Dubuisson

 

Avec : Lior Maharjan et Zoé Boudou

 

« C’est un garçon ou une fille? C’est à partir de cette réponse que se décide notre vie. C’est à partir de cette réponse que le monde dira ce que nous sommes, qui nous sommes. »

 

Renata est « une travesti ». Parfois, elle aimerait sortir de ce corps — juste un instant — pour savoir ce que cela fait de vivre sans être constamment observée, commentée, raillée, pointée du doigt. À la naissance, on lui a assigné le sexe masculin. Avec lui viennent les injonctions : jouer à la guerre, aimer les voitures et les super- héros, faire du sport et, surtout, ne pas pleurer. Le problème des stéréotypes n’est pas qu’ils mentent, mais qu’ils réduisent une vie à la seule histoire possible. Pourtant, il en existe des milliers! Le corps de Renata voulait être un corps féminin. Et c’est dans ce corps qu’elle s’est construite.

 

Manifeste Transpophagique est une performance coup de poing, à la fois manifeste, récit de vie et geste politique. À partir de son expérience de travesti au Brésil, Renata traverse l’enfance, la construction du genre, l’exposition et la sexualisation des corps, la marginalisation, la violence sociale et la répression policière. Seule en scène, cette militante brésilienne des droits de la personne engage son corps et sa parole pour confronter les normes et les regards, et ouvrir un dialogue direct avec le public sur la manière dont les violences et les perceptions transphobes sont produites et perpétuées. Un théâtre de présence et de résistance, affirmant le droit fondamental d’exister.

 

Née au Brésil en 1981, Renata Carvalho est comédienne, metteuse en scène et se qualifie de transpologue, c’est-à-dire anthropologue transgenre. Elle étudie les liens entre personnes travesties et personnes trans dans une recherche qu’elle appelle « transpologie » pour remettre en question les constructions sociales. Elle est responsable de COLETIVO T, le premier collectif artistique uniquement formé d’artistes transgenres à São Paulo. En 2017, Renata Carvalho fonde MONART (Mouvement national des artistes trans) à la suite de la transphobie structurelle révélée lorsque la pièce L’évangile : selon Jésus, reine du ciel – dans laquelle elle jouait un travesti de Jésus de Nazareth – a provoqué l’indignation et a été censurée. Aujourd’hui, comptant plus de 170 artistes trans de diverses disciplines artistiques à travers le Brésil, MONART existe en tant que groupe virtuel sur Facebook qui organise des conversations et des réunions pour réfléchir sur l’activisme trans et les actions politiques.

 

+

 

Ailes de Papillon (Alas de mariposa)
Texte de Sayuri Navarro (Mexique)
Traduction : Françoise Major
Mise en lecture : Lydie Dubuisson

 

Avec : Lesly Velazquez et Zoé Boudou

 

« Il m’a dit que j’étais un chien, son petit chien. »

 

Un soir, dans la rue, un homme aborde Sayuri en lui disant qu’elle a des ailes, comme les papillons, et qu’elle peut voler. Intriguée par cette entrée en matière, elle accepte le jeu et soutient son regard, comme il le lui demande. Un regard hypnotique. Elle tente alors de bouger, mais n’y parvient pas, puis cesse de résister. À partir de cet instant, l’homme installe peu à peu son emprise sur son corps, ses pensées, sa perception d’elle-même.

 

Ailes de papillon est un récit initiatique et choral qui retrace le parcours d’une femme prise dans une relation de domination, de manipulation et de violence psychologique. Peu à peu coupée d’elle-même, de ses proches et de son identité, elle se replie dans un espace de survie intérieure. Au bord de l’anéantissement, elle trouve appui dans une mémoire féminine — les voix de sa mère, de ses grands-mères et de toutes les femmes qui l’ont précédée — qui lui transmettent une force de résistance et lui rappellent que lorsqu’on arrache les ailes d’un papillon, elles repoussent.

 

Sayuri Navarro est une metteuse en scène, dramaturge, comédienne et productrice mexicaine. Elle reçoit en 2024 le Prix national de dramaturgie Emilio Carballido et la médaille du mérite culturel « Daniel de La Llera » en 2025. Elle est codirectrice du Festival de la jeune dramaturgie au Mexique. Elle est aussi finaliste au Prix national de dramaturgie jeune Gerardo Mancebo del Castillo en 2016. Elle fait partie du réseau latino-américain de productrices TEATRA et participe au Programme international de dramaturgie : Royal Court Theatre + Anglo Arts à l’UNAM (2022–2023). En 2023, elle dirige la Compagnie nationale de théâtre avec la pièce La cascarita de Janil Uc Tun. Elle dirige la compagnie IYARI, théâtre de la vie, où elle explore la création de dispositifs d’énonciation, de rencontre et d’échange d’affections à partir du biodrame, de la performance, ainsi que des théâtralités sociales et fictionnelles. Ces dernières années, elle travaille avec des communautés de femmes, de migrantes et de filles, en utilisant l’art comme moyen de créer les mondes dans lesquels nous souhaitons vivre.

 

 

Lundi 16 mars 2026, 19 h

Les nageuses (Las nadadoras)
Texte de Nara Mansur (Cuba)
Traduction : Christilla Vasserot
Mise en lecture : Faiza Maskhouni

 

Avec : Rose-Maïté Erkoreka et Dominique Pétin

 

« Le monde les a abandonnées, mais elles ne s’en sont pas rendu compte. »

 

Lorsque Jovita et Clara arrivent au club sportif pour leur cours de natation, une déception les attend : les piscines sont fermées. Elles avaient pourtant besoin de nager. Ce temps suspendu devient alors un espace d’imagination et de dérive, où le langage prend le relais du corps et fait émerger tensions, désirs et inquiétudes.

 

À travers une écriture fragmentée, la pièce Les Nageuses explore la manière dont la violence peut s’inscrire dans les corps avant même d’être clairement identifiée, comment elle dérègle la perception de soi et transforme la survie en effort permanent pour rester à flot. La pièce est une expérience sensorielle et politique qui ne raconte pas une histoire au sens classique, mais fait ressentir un état de tension, d’exposition et de résistance fragile.

 

Dramaturge, poète, critique théâtrale, enseignante et chercheuse, Nara Mansur est formée en théâtrologie à l’Université des Arts de La Havane. Son livre Desdramatizándome. Cuatro poemas para el teatro (2009) reçoit le Prix de la critique littéraire en 2012. Installée en Argentine depuis 2007, elle y anime des ateliers (notamment au CELCIT) et est associée à l’Institut des Arts du spectacle de l’Université de Buenos Aires. Elle publie plusieurs recueils de poésie, et ses écrits critiques sont largement diffusés à Cuba, en Argentine et dans diverses revues. Son « matériau théâtral » a été présenté dans plusieurs pays d’Amérique latine et est récompensé, notamment par le Prix national de poésie Nicolás Guillén pour Manualidades (2011) et le Prix ibéro-américain Julio Cortázar pour ¿Por qué hablamos de amor siempre ? (2013). En 2023, elle publie un recueil de deux pièces, Las nadadoras + Porcelana, qui poursuivent sa recherche d’une écriture scénique poétique, physique et profondément contemporaine.

 

 

Lundi 27 avril 2026, 19 h

La Patience (La Paciencia)
Texte de Macarena García Lenzi (Argentine)
Traduction : Flavia García
Mise en lecture : Ximena Ferrer

 

Avec : Melania Balmaceda Venegas, Maryline Chery et Aida Sabra

 

« Calme-toi, calme-toi, respire profondément Ludmila. Nous n’avons rien fait de mal. Gloria va arriver, nous lui expliquerons tout et elle se rangera de notre côté. » Sylvia

 

Dans un établissement de soins hospitaliers, Ludmila et Silvia travaillent au rythme des sonnettes, des écrans défaillants, des pénuries de matériel et de l’épuisement quotidien. Entre gestes techniques, petites stratégies de survie, humour grinçant et solidarité fragile, ces infirmières tentent de tenir debout dans un système qui exige toujours plus, tout en leur offrant toujours moins. Mais un événement fait basculer leur routine dans le drame. À son retour d’une manifestation syndicale, leur cheffe Gloria découvre l’incident avec effroi.

 

La pièce La Patience est une comédie noire qui explore avec une rare acuité la réalité des milieux de soins de santé : la charge émotionnelle, la précarité, l’invisibilisation, la pression institutionnelle, mais aussi les zones de loyauté, de mensonge et de résistance qui s’y déploient. En toile de fond, la lutte syndicale rappelle que ces corps fatigués sont aussi des corps politiques, traversés par des rapports de pouvoir, de classe et de genre.

 

Metteure en scène, réalisatrice, dramaturge et scénariste, Macarena Garcia Lenzi est formée en art dramatique à l’École de théâtre de Buenos Aires et auprès d’Alejandro Catalán. En 2001, elle s’installe en Catalogne où elle étudie la réalisation vidéo, la conception de costumes et la dramaturgie. De retour à Buenos Aires en 2010, elle poursuit sa formation avec Kartún, Chabaud et de la Parra. À Barcelone, elle rejoint les compagnies Ruth Rotten Flaish et Mamma Porca comme dramaturge et actrice, créant Mamma Porca Horror Show, Rojo Intenso Intenso Vol. 1 et Vol. 2. À Buenos Aires, elle écrit et met en scène Tripas Corazón (2010), Sangre de mi sangre (2013) et aussi Mis cosas preferidas (2015), jouée en Espagne et au Costa Rica. En 2019, elle coréalise et coscénarise le long métrage Piedra, papel y tijera avec Martín Blousson. Le film est nommé aux Cóndor de Plata et primé à Fantaspoa. En 2023, elle crée La Patience, une comédie noire accueillie avec succès par la critique et le public.