« Au commencement », il y avait forcément quelque chose. Et qu’en est-il de la toute fin ?

 

 

MYTHE est un spectacle qui navigue dans un maelstrom d’histoires et de paroles envoûtantes, rythmées par une musique enchanteresse. Le deuxième opus de la trilogie sur le sacré de Mykalle Bielinski pose bien des questions concernant la naissance et l’aboutissement du monde, mais offre également une multitude de réponses à ces incertitudes. Le travail de recherche de l’autrice-compositrice-interprète transparaît grandement dans son spectacle. Plusieurs allusions sont faites à divers mythes eschatologiques, qui racontent la naissance du monde, et cosmogoniques, qui racontent la fin de celui-ci. En alliant la science des finalités du monde et de la disparition de l’être humain aux histoires mettant en scène la création de l’Univers, le spectacle dresse un portrait poétique du cycle de la vie, en y discernant ses mystères et en tentant de les percer. La musique et les chants collaborent à créer une ambiance enveloppante, qui fait voyager le public, tout en le réconfortant.

 

 

« Something was there that isn’t there, so where is it?/Quelque chose était là qui n’est plus là, alors où est-ce ?»

 

 

Pourquoi certaines choses ont-elles une finalité, et comment est-ce que d’autres voient le jour ? Existe-t-il une puissance supérieure à la nôtre ? Est-ce que les destins sont tracés d’avance ou reposent-ils entre nos mains ? Les mythes naissent d’un questionnement, d’une quête de réponses face à ce qui disparaît, ou face à ce qui naît. Les plus grandes questions universelles sont expliquées par une importante diversité d’histoires, s’appropriant toutes à leur manière la formation et la finition du monde. Plusieurs de ces mythes sont centraux dans le processus de création du spectacle de Mykalle Bielinski et se retrouvent dans les paroles des interprètes.

 

 

 

 

 

LE MYTHE DU CHAOS

 

 

Le mythe du Chaos, qui puise ses origines dans la mythologie grecque et dans La Théogonie d’Hésiode, prend les formes du gouffre, du vide et de l’abîme, et porte à croire qu’au commencement, il n’y avait rien. C’est à partir de cette béance qu’émergent Gaïa, la terre, Éros, l’amour, puis Érèbe, la nuit. Ce mythe interpelle beaucoup Mykalle Bielinski, qui s’en inspire dans son spectacle pour faire allusion à plusieurs images en résonance avec lui. Par exemple, elle explique qu’elle voit une métaphore de la gorge dans le mythe du Chaos, comme un trou béant duquel un souffle jaillit lorsque la bouche s’ouvre.

 

 

 

 

 

LE MYTHE DE GAÏA

 

 

Lors du spectacle, un souffle régulier se fait entendre tout au long du premier témoignage. Le souffle prend de l’ampleur, se creuse, puis s’arrête abruptement. Comme dans le mythe du Chaos, le souffle est intimement lié au concept de la naissance, puisqu’il fait allusion à Gaïa, qui naît du souffle qui s’échappe des profondeurs de la gorge. Dans le cas de MYTHE, le dernier souffle semble marquer la mort ainsi que la renaissance qui en découle.

 

 

Dans la mythologie grecque, Gaïa, la Terre mère, émerge du gouffre. Elle est le symbole de la création, de la nature et de l’effervescence, et engendre la terre, la mer et les montagnes. Les mythes du Chaos et de la déesse créatrice se transposent dans le jeu des interprètes, qui unissent leurs voix pour, à elles cinq, faire jaillir un chant porteur d’images d’espoir et d’amour. Ces deux mythes cosmogoniques vont de pair, et mettent en lumière l’importance de la nature, qui à elle seule crée la vie. Le mythe de Gaïa semble être un pont entre le sacré et le respect de la nature, deux éléments très importants dans le travail artistique de Mykalle Bielinski. Gaïa symbolise aussi l’espoir, puisqu’elle montre que même à partir de rien, du beau peut être engendré.

 

 

 

 

 

LE DIEU CRÉATEUR

 

 

MYTHE est également imprégné de l’histoire d’un dieu, qui « de sa tête, […] fit le ciel, de ses yeux, les étoiles, de son sang, les rivières [et] de ses seins, les collines ». Mentionné à quelques reprises dans le spectacle, le Créateur, qui prend différentes apparences selon chaque religion, n’est pas mis en évidence pour la grande influence qu’il a eue durant de nombreux siècles sur plusieurs sociétés. Il sert plutôt de figure mettant en lumière le pouvoir de création indéniable que possède l’être humain. La création transparaît dans chaque chose, tangible ou pas. Le spectacle de Mykalle insiste sur la valeur de la création, et d’un potentiel bien-être que celle-ci apporte à la société.

 

 

MYTHE entremêle les histoires, les modifie et les lie les unes aux autres pour prendre l’apparence d’un flux de pensées incessantes. Les idées face aux vérités cachées s’entrechoquent les unes contre les autres, se mélangent, s’agencent, et se transforment sous nos yeux. Chaque mythe mentionné dans ce flux de pensées désordonnées se voit, une fois mis en lien avec d’autres hypothèses sur la vie et la mort, réinventé, questionné, et singularisé. Le tourbillon de paroles et la mosaïque d’histoires se fondent dans une musicalité révélatrice de la beauté créée par notre curiosité face à la vie et à la mort. Ce phénomène est amplifié par la multiplicité des voix, qui s’agencent et se superposent pour créer des chants uniques et vibrants.

 

 

 

 

 

LES MYTHES SONT-ILS FONDAMENTAUX ?

 

 

Il est assez fascinant de constater que malgré l’importance cruciale de la science à l’époque actuelle, la société accorde toujours une place aux mythes. Aussi inconcevables que certains puissent l’être, ces mythes demeurent fondamentaux pour une grande partie de la population. Ils sont ancrés dans les esprits, sans pourtant être accompagnés d’une explication logique. Leur omniprésence montre que la réponse raisonnée qu’offre aujourd’hui la science n’est pas suffisante, l’être humain désire davantage.

 

 

« Toute vie est souffrance, et nous sommes la seule espèce à en avoir conscience. »

 

 

Sans passer sous silence certaines souffrances qui font partie de la vie, MYTHE se nourrit des questions concernant la condition humaine pour trouver un réconfort dans l’existence, et montre comment la curiosité face à ces questions universelles nourrit la création. Le spectacle de Mykalle Bielinski montre comment les mythes ont la capacité, par l’oralité et par les histoires racontées, de procurer un sentiment de bien-être et d’émerveillement, malgré les doutes concernant l’existence. À la fois le résultat d’une curiosité infatigable et d’une réflexion constamment en évolution, les mythes reflètent la beauté chez l’être humain, capable de créer des histoires reflétant sa vision de l’existence. MYTHE fait prendre conscience de l’importance de la création, et montre comment celle-ci est un remède très efficace face à l’incertitude de notre existence.

 

«Imagination made it, imagination created this world, and the power of the spoken word is like a spell that travels beyond.»

 

 

 

 

 

VISIONS MULTIPLES

 

 

« Je nous mets au défi de trouver la paix/I dare you to bring you peace. »

 

 

Voyager entre la naissance et la mort, tout en explorant des concepts et des histoires expliquant ces mystérieux phénomènes, témoigne de la volonté d’apporter des réponses dans le seul et unique but d’être en paix avec le fait d’exister.

 

 

Si la clé ne réside pas dans la quête d’une réponse absolue, elle s’avère peut-être se trouver dans la réponse singulière à chaque individu. Chaque mythe révèle une vérité distincte, et est le reflet des différentes sociétés, religions, cultures et spiritualités du monde. La multiplicité des mythes témoigne de la multitude des perceptions et du nombre infini de réponses possibles aux questions existentielles. Pour certaines personnes, il s’agirait peut-être de voir la vie comme un cycle intouchable et imperturbable, dans lequel il faut se laisser bercer sans tenter de contrôler l’incontrôlable. Le fait que plusieurs mythes mentionnés dans le spectacle, tels que celui de Gaïa, du Chaos et du Créateur, soient connus de tous en dit long sur leur importance et sur leurs effets positifs sur l’être humain. En plus d’apporter des réponses, ils accompagnent chaque individu tout au long de sa vie, et font partie de son développement personnel.

 

 

MYTHE, en plus d’être une ode à la vie et un hommage à la mort, montre la valeur des mythes qui ont bercé des milliers de générations et qui témoignent de la capacité de l’être humain à créer et à communiquer.

 

 

 

Dossier réalisé par Camille St-Germain, mars 2022.