« Isabelle Brouillette, Sophie Cadieux et Étienne Lou sont remarquables dans un spectacle absurde et existentialiste, à l’affiche de l’Espace Go.
Dans Visages, l’autrice et metteuse en scène Alexia Bürger veut explorer la complexité de notre rapport au visage ; le nôtre ou celui des autres. Or, bien qu’il en soit abondamment question – avec un brillant jeu de masques, le sujet de ce spectacle décalé semble ailleurs : dans l’effacement de l’humanité qui se dilue dans la monstruosité du monde.
On doit le souligner : la nouvelle création du Théâtre français du CNA et d’Espace Go est une production étrange, philosophique et très symbolique. Elle est portée par des acteurs complètement investis dans la proposition. Ils se succéderont sur scène pour interpréter leur protagoniste, dans des monologues entrecoupés par des chœurs. Le fil rouge est ténu. Et l’histoire difficile à résumer.
On verra une actrice reprendre à quelques reprises une célèbre tirade de Phèdre, de Jean Racine (merveilleuse Sophie Cadieux !). Un jeune homme en crise psychotique qui reçoit des conseils de… Brad Pitt (époustouflant Étienne Lou !). Un Polonais qui est un célèbre sosie de Vladimir Poutine (Anne-Marie Olivier, excellente dans un segment, hélas, trop long). Et la Méduse de Caravage.
L’œuvre, exposée dans un musée de Florence, est évoquée par Isabelle Brouillette. Dans un tableau tout en clair-obscur, la comédienne joue une professeure de dessin en Italie. Elle intègre le récit de l’amputation de son nez, après un diagnostic de cancer du septum nasal… Un grand moment de théâtre où la fiction s’entremêle au réel. Avec génie !
Ce spectacle, très érudit, est traversé de moments absurdes et légers, d’autres graves et troublants.
Alexia Bürger s’est entourée d’une solide équipe de concepteurs et d’artistes visuels. Mentionnons les magnifiques costumes d’Elen Ewing ; le décor et la lumière de Martin Labrecque ; ainsi que la collaboration d’un maître japonais spécialisé dans l’art du masque, Shuhei Ohkawara.
Alors, on y va pour le jeu des interprètes ; pour l’univers scénique soigné et envoûtant ; pour réfléchir à des questions existentielles livrées avec ironie et intelligence.
Luc Boulanger, La Presse
« Le spectacle d’Alexia Bürger est touffu et un brin décousu, mais il est aussi d’une indéniable beauté.
Une proposition singulière, campée à mi-chemin entre la réalité et la fiction, un univers où une fois de plus les vies se croisent et se répondent de manière troublante, où la vérité est souvent insaisissable et où les apparences sont généralement trompeuses.
La première qui s’adresse à nous, paniquée à l’idée d’avoir raté son plongeon dans le présent de la représentation, c’est L’actrice-plus-jeune, un rôle taillé sur mesure pour Cadieux. Davantage que la plupart d’entre nous, l’actrice vit de son visage. existe par ses yeux, ses lèvres, ses sourcils, adopte des identités multiples en procédant chaque soir, de manière mystérieuse, et même un peu mystique, à ce qu’il y a lieu d’appeler une reconfiguration.
Puis c’est Émerick qui foule les planches, offrant certainement la portion la plus captivante de cet étrange objet scénique. L’homme, lui aussi comédien, est atteint de prosopométamorphopsie, un trouble neurologique qui déforme la perception des visages. Sur la corde raide, Etienne Lou excelle à camper l’état paranoïaque dans lequel le personnage est entraîné. Son improbable dialogue avec Brad Pitt, que le comédien a l’honneur de doubler dans un français plus franchouillard qu’international, est un sommet de drôlerie.
Dans la même veine absurde, le personnage incarné par Anne-Marie Oliver, un sosie polonais de Vladimir Poutine, fait sensation auprès du public. Son cas est d’autant plus intéressant qu’il illustre le décalage considérable qui peut exister entre l’intérieur et l’extérieur, ente la personnalité et l’enveloppe, entre les profondeurs et la surface.
De cette plongée dans la polysémie du visage, il nous reste des informations étonnantes, des interprétations senties et, plus encore, des images fortes. C’est en effet pour des raisons plastiques qu’on risque de se souvenir de Visages. Composés par Sophie El Assaad, Elen Ewing et Véronique St-Germain, les tableaux, qui font la part belle à des masques au réalisme stupéfiant, sont d’une inquiétante et pourtant joyeuse étrangeté, d’une sombre et persistante beauté. »
Christian Saint-Pierre, Le Devoir
« Dès les premières minutes, le dispositif scénique installe un trouble fécond. Les rideaux se succèdent, se retirent, dévoilant autant de couches que de points de vue. L’éclairage, précis et sculptural, agit comme un véritable décor, découpant les corps et les visages, les exposant ou les dissimulant. Dans cet espace épuré, les interprètes évoluent entre présence et représentation, parfois masqués par des reproductions hyperréalistes de leurs propres traits, créant des effets de dédoublement aussi fascinants qu’inquiétants.
Le spectacle déploie ainsi une série de trames narratives qui explorent différentes facettes du visage : une actrice vieillissante confrontée à sa disparition, un jeune homme dont la perception des visages se déforme, une femme qui apprend à peindre ce qu’elle a perdu, ou encore une figure travestie du pouvoir politique. Certaines de ces lignes frappent par leur précision et leur charge émotive. Le monologue du jeune homme interprété par Etienne Lou, notamment, parvient à rendre sensible une altération du regard qui déstabilise notre propre perception. De son côté, Isabelle Brouillette livre un moment de vulnérabilité saisissant en exposant un visage transformé, à la fois intime et profondément théâtral.
Or, c’est précisément dans cette volonté de multiplication que le spectacle trouve ses limites. À mesure que les récits s’accumulent, la tension se relâche. Certaines trames finissent par s’essouffler, là où d’autres — plus inattendues — auraient gagné à être développées.
Malgré ces inégalités, Visages demeure une œuvre habitée par une réelle ambition. L’humour, disséminé à travers le spectacle, agit comme un contrepoint nécessaire à la densité philosophique du propos, même s’il aurait parfois pu être davantage exploité pour relancer l’attention.
Si le spectacle se perd parfois dans l’enchevêtrement de ses propres pistes, il n’en reste pas moins riche et stimulant. Visages questionne la figure comme lieu de représentation — mais finit par se heurter à la complexité même de son objet. Une œuvre exigeante, inégale, mais habitée, qui mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour certains de ses éclats. »
Amélie Trottier, Revue JEU
« La pièce que je suis allée voir ne fait pas dans le tiède et est exactement dans une entité qui est unique, on parle de Visages, un théâtre éclaté, poétique et troublant.
Tout est le fun, et surtout tout est accessible si on se donne l’ouverture et la naïveté d’y accéder.
Derrière tout ça, il y a un travail de conception colossal. Il y a une équipe de près de 10 concepteurs visuels qui ont contribué à l’œuvre. Et ça paraît et c’est vraiment beau. La scénographie et les lumières signées par Martin Labrecque. Les jeux de lumières de Martin Labrecque sont incroyables. Quand on parle de poésie, ça se passe beaucoup avec cette scénographie et cette lumière-là. Et on salue l’équipe de conception des masques qui ont fait un travail incroyable.
Aussi, ce que j’ai trouvé intéressant dans la démarche, Alexia Bürger s’est inspirée de faits vécus sans que ça devienne un théâtre documentaire. Avec un thème comme ça, ça ne pouvait pas être plate.
Etienne Lou est extraordinaire dans cette performance-là de l’homme qui voit les visages déformés et qui vire complètement fou.
Le sosie de Vladimir Poutine est interprété par Anne-Marie Olivier et c’est magnifique. C’est un travail de création de personnage qui est hors de ce monde. Toutes les mimiques ont été tellement bien calquées qu’on embarque dans le projet et on est sensibles à sa cause.
Je veux saluer les interprètes. C’est une pièce qui tourne autour d’univers qui sont très, très denses. Au niveau de la technicalité des partitions, ça prenait la brochette d’acteurs qu’on a devant nous : Sophie Cadieux, Etienne Lou, Marie-Thé Morin, Anne Marie Olivier et Isabelle Brouillette.
Et Isabelle Brouillette, c’est un point fort de la pièce. C’est un tableau complètement émouvant. Je suis revenue complètement nourrie sur le plan spirituel et créatif. »
Laurence C. Germain, Les Sirènes, CISM 89,3 FM
« La forme de la pièce, elle est beaucoup plus classique que ce que j’avais imaginé en fait. Je m’étais imaginé un collage beaucoup plus serré entre les histoires. Là, on assiste vraiment à une suite de longs monologues.
Il y a des moments pourtant qui sont là pour nous raccrocher. Il y a beaucoup d’humour aussi, plus que ce à quoi je m’attendais. On glousse souvent dans la pièce.
Par contre, il faut que je vous parle des aspects qui sont très réussis aussi : l’éclairage est magnifique et vraiment très, très, très précis; sur un petit bout d’objet ou un p’tit bout de personne on dirait que ça flotte dans les airs et ça crée vraiment une ambiance particulière. Le monologue d’Isabelle Brouillette aussi, qui est clairement le moment le plus fort de la pièce. Elle est excellente. Elle joue deux personnages simultanément et on comprend tellement bien le passage entre les deux, ce n’est pas facile à faire ça. Côté cour on est un personnage d’étudiante et côté jardin on est le personnage de la professeure. Elle ne bouge pas, ne change pas de place sur la scène et d’une phrase à l’autre elle passe d’une à l’autre et on comprend très bien ce qui se passe. Et elle est très courageuse aussi. Je ne peux pas tout vous dire de ce qui se passe pendant ce monologue-là, mais si vous avez suivi l’histoire d’Isabelle Brouillette qui a subi l’ablation du nez suite à un cancer, vous pouvez vous douter où on va dans ce monologue-là, parce que c’est très inspiré de son histoire. Mais je ne vous dis pas exactement de quelle façon ça se décline. Il faut aller le voir. »
Rachel Crustin, ICI Radio-Canada Ottawa
« Tu penses savoir ce qu’est un visage. Jusqu’au moment où il se dérègle.
Avec Visages, présentée à ESPACE GO du 14 avril au 9 mai 2026, Alexia Bürger t’invite à regarder autrement. Plus longtemps. Jusqu’à ce que ce que tu crois voir commence à te fixer en retour.
Les récits, tantôt absurdes, tantôt troublants, s’entrelacent sans jamais se figer. Ils t’attrapent là où tu te croyais en sécurité : dans ton propre regard.
Regarder devient un acte.
Ne pas détourner les yeux aussi.
UNE ŒUVRE INCARNÉE, VIVANTE
Pour cette création, Alexia Bürger revient à une écriture de plateau ancrée dans le réel, nourrie de rencontres, de sciences et de philosophie, façonnée en dialogue constant avec les interprètes.
Sur scène, Isabelle Brouillette, Sophie Cadieux, Étienne Lou, Marie‑Thé Morin et Anne‑Marie Olivier incarnent des figures multiples, parfois contradictoires, toujours vulnérables. Tu ne les observes pas à distance. Tu te reconnais en elles.
Grâce à une recherche visuelle forte, masques japonais, univers sonore immersif, scénographie évocatrice, Visages te suit bien après la dernière scène. Dans la rue. Dans les vitrines. Dans le miroir.
Parce qu’au fond, ton propre visage t’est toujours un peu étranger. »
Pascale Lafrance, Meve et cie
« UNE ŒUVRE SENSIBLE ET PERCUTANTE
Alexia Bürger nous revient avec un texte magnifiquement écrit, ciselé et percutant : Visages. Sans conteste, il s’agit d’une œuvre étonnante et complexe, dont elle signe également la mise en scène au Théâtre ESPACE GO.
Il est difficile de résumer aisément l’histoire de cette œuvre, qui est d’une réelle complexité, et de la qualifier précisément. Assurément, elle explore avec brio notre rapport au visage et à notre identité, sous toutes ses facettes. Visages est une pièce tantôt philosophique, tantôt poétique ou absurde qui nous porte à réfléchir.
Les comédiens sont tous extraordinaires et justes, laissant transparaître leur vulnérabilité.
La merveilleuse Sophie Cadieux interprète L’actrice-plus-jeune, qui s’interroge sur son visage qui a changé. Plus tard, sa rencontre avec une amie d’enfance, qu’elle peinera à reconnaître, offre un moment empreint d’émotion.
Quant à elle, L’actrice-plus-vieille (Marie-Thé Morin) se voit disparaître lentement. C’est d’ailleurs le personnage le plus effacé. Pourtant, on en aurait pris davantage de cette excellente comédienne qu’on aimerait voir plus souvent sur les planches.
Par ailleurs, Émerick (Étienne Lou) souffre d’un trouble neurologique qui lui fait voir les visages des gens se déformer. En crise et en colère, il nous tient en haleine tout au long de son monologue. Derrière lui, un jeu d’ombres accentue le caractère sinistre de la scène.
Puis, Artem (Anne-Marie Olivier), simple caissier et sosie de Vladimir Poutine, devient un véritable double du dictateur, passant du « je » au « nous ».
Enfin, Isabelle Brouillette livre un moment très fort, incarnant simultanément La femme aplatie, qui étudie le dessin à Florence, ainsi que son enseignante. La professeure conseille à l’étudiante de dessiner d’abord le nez, ce qui résonne fortement avec les épreuves difficiles qu’a traversées Isabelle Brouillette dans sa vie réelle.
DES IDENTITÉS SUPERPOSÉES
La force et la complexité de Visages résident dans toute la recherche et la réflexion sous-jacentes. On y aborde le thème du visage et de l’identité, mais aussi de la création. Chaque personnage a une personnalité redoublée, avec un visage pour deux, que ce soit avec son double ou un autre personnage imaginaire. Et chacun d’eux est en lien avec la représentation.
Il faut dire que les thèmes se traduisent également dans la scénographie par des masques hyperréalistes ainsi que des rideaux qui se dévoilent par couches successives, les uns derrière les autres; autant de symboles d’une réalité qui en cache toujours d’autres. Notons aussi les magnifiques lumières, très réussies, de Martin Labrecque et les somptueux costumes d’Elen Ewing.
Ce spectacle est marquant et ne nous laisse pas indemnes ni le cœur léger. Il nous porte à réfléchir à l’identité et au visage, à leur importance pour nous. »
Julie Baronian, Les Artszés
« Ouf!
J’ai vu Visages à l’Espace GO. Une œuvre complexe. Un texte difficile.
Un jeu d’acteur hors de l’ordinaire avec des monologues difficiles à jouer.
Une réflexion sur notre apparence, le vieillissement du visage et nos perceptions de l’autre…
… où on comprend que le regard qu’on a sur l’autre nous en dit long sur nous.
Et là, ça arrive : 10 minutes de souffle coupé. La fiction rencontre la réalité. Isabelle Brouillette qui n’a plus de nez suite à un cancer, joue une des scènes de théâtre les plus fortes que j’ai jamais vues. Une leçon de résilience pour tous.
Étienne Fortin-Gauthier, Noovo
« Le spectacle repose sur une série de personnages aux parcours très différents. Chacun apporte une facette du thème central : le visage comme reflet, ou parfois comme trompe-l’œil de l’identité. Le jeu des acteurs est d’ailleurs l’un des points forts de la pièce. Il nous garde en alerte, toujours un peu déstabilisés, passant de moments absurdes et drôles à des instants beaucoup plus troublants.
Certains passages marquent particulièrement, comme celui d’Émerick, un comédien atteint d’un trouble qui déforme sa perception des visages, ou encore ces scènes où apparaissent des figures connues, comme Brad Pitt ou Vladimir Poutine, utilisées de façon inattendue et décalée. Ces moments ajoutent une touche d’humour, mais aussi une réflexion sur la façon dont on reconnaît, ou croit reconnaître les autres.
La mise en scène reste relativement simple, mais elle est efficace. Elle mise sur une simplicité visuelle, notamment avec des masques très réalistes et des tableaux qui frappent l’imaginaire. On sent une influence artistique qui dépasse le théâtre, avec un clins d’œil entre autres à Caravage, qui vient enrichir la réflexion sur l’image et l’identité.
Le texte est dense, parfois éclaté, et les liens entre les différentes histoires ne sont pas toujours évidents.
Un des moments les plus marquants reste celui porté par Isabelle Brouillette. Dans cette scène, elle joue une étudiante en art en train de faire un autoportrait. En essayant de dessiner son nez, elle n’arrive pas à le voir correctement dans son reflet. C’est comme s’il manquait, comme si son visage ne correspondait plus à ce qu’elle voit.
Ce moment devient alors vraiment troublant et rempli d’émotion.
Et quand on sait que l’actrice a elle-même perdu son nez à cause d’un cancer, la scène prend encore plus de sens. On comprend que ce n’est pas juste du jeu : ça parle aussi de quelque chose de vrai. Ça rappelle que notre visage raconte une histoire, avec ses changements, ses blessures, et tout ce qu’on a traversé.
Au final, Visages est une œuvre qui ne s’adresse pas à tous les publics. Mais derrière cette complexité, la pièce soulève des questions intéressantes sur l’identité, la perception de soi, le paraître et l’effet du temps sur notre visage. Elle réussit à trouver un bel équilibre entre des réflexions presque existentielles et des touches d’humour qui viennent alléger le tout. Ça permet à la fois de dédramatiser certains sujets, tout en restant ancré dans quelque chose de vrai et de profondément humain. »
Peggy Boustany, Le Cahier
« La pièce Visages explore notre rapport à cette partie du corps considérée comme le centre de notre identité, mais qui nous échappe parfois. Les cinq histoires qui la composent montrent comment cette façade est une matière de dissimulation; les masques hyperréalistes représentant les visages des interprètes participent à cela.
Sophie Cadieux joue cette actrice qui se métamorphose au fil de ses rôles, son visage se prêtant à mille histoires. Elle donne la réplique à Marie-Thé Morin, actrice plus âgée, qui parle de disparition. Ce tableau est d’une belle sensibilité et parle d’acceptation face au temps; à l’âge, au souvenir qui fuit.
Etienne Lou joue le rôle d’un homme atteint de prosopométamorphosie, un trouble neurologique rare qui déforme les visages perçus. Le comédien offre une palette maîtrisée d’émotions tortueuses à mesure qu’il traverse les raisons possibles de cette nouvelle normalité.
Les comédien·es se glissent dans ces autres avec justesse. Anne-Marie Olivier, en sosie polonaise de Poutine, est absolument drôle.
Isabelle Brouillette, la femme aplatie, offre une prestation touchante et incarnée. Son personnage, dans un cours de dessin à Florence, doit peindre son propre visage à partir du nez (ce nez qu’elle n’a plus). C’est le tableau le plus onirique du spectacle avec ses couleurs saturées, les postures qui convoquent la peinture et la mythologie, quelque chose de divin.
Les comédien·es se donnent avec générosité, chaque tableau plongeant dans son questionnement propre avec une signature visuelle unique, accordées à chaque interprétation.
Visages est originale, drôle et démultiplie les notions entourant le visage. »
Nevrosarts
« Une pièce qui m’a beaucoup touché. On a plusieurs arcs narratifs, plusieurs personnages et leurs histoires, mais le sujet qui me touche le plus et qui revient est la thématique de masque social.
À travers tout ça on a un majestueux travail de masques, des masques tellement réalistes, vraiment on en est dupés. J’aimerais saluer ce travail-là.
Honnêtement, j’ai adoré la pièce. Allez-y. »
Mehdi Agnanou, Les Sirènes, CISM 89,3 FM
« Le texte alterne entre deux thèmes phares : ce que l’humain pense lorsqu’il est libre, seul avec son esprit, et ce que le commun des mortels affiche avec son physique. Alors que le premier permet des propos humoristiques, le second se fait souvent percutant. Il s’agit d’un fidèle reflet des mots de la directrice artistique de l’Espace Go, qui avait qualifié la saison 2025-2026 de « terrible et drôle ».
Le thème des traits faciaux laisse place à une grande créativité artistique en termes d’accessoires. Avant même que le spectacle commence, le public à l’œil averti peut observer un masque sur le visage de Sophie Cadieux. Tous les interprètes en portent un à un moment ou un autre. Les membres de la salle admirent leur qualité et leur utilisation adéquate.
Les illusions ne se manifestent pas seulement avec les masques, mais aussi avec les éclairages. Grâce à une rotation rapide d’un faisceau lumineux vert, des serpents semblent prendre vie pour effectuer une incarnation de Méduse réussie.
De manière générale, les variations des éclairages permettent des changements de tons et de perspectives efficaces, mais surtout, de ne jamais perdre de vue la matière première du spectacle : les visages des comédiennes et comédiens.
La présence d’Isabelle Brouillette dans le spectacle est lourde de sens. L’actrice a subi une ablation du nez en 2024 à cause d’un cancer du septum nasal. Son histoire personnelle, mise au premier plan vers la fin du spectacle, témoigne de la force de la comédienne et de son ouverture.
La pièce permet d’engendrer une réflexion aussi douce que troublante. »
Laurine Fiandino, Le Culte
« La pièce Visages s’aventure sur le terrain périlleux du défilé de monologues, un genre qui peut parfois lasser, mais qui trouve ici une force d’incarnation capable de désarmer les plus sceptiques.
Sous la direction d’Alexia Bürger (qui signe également le texte), qui manœuvre l’absurde avec une finesse remarquable, les interprètes se succèdent pour livrer des récits où le réel et la fiction s’entremêlent sans pudeur.
Sophie Cadieux brille par sa justesse habituelle dans une adaptation moderne de la tirade de Phèdre, tandis qu’Isabelle Brouillette offre un moment d’une générosité rare en liant l’esthétique de Méduse au récit intime de son propre combat contre le cancer.
L’énergie débordante d’Étienne Lou, relatant une expérience de prosopométamorphopsie (voir les visages des autres prendre des traits diaboliques), insuffle un rythme nécessaire à l’ensemble. La qualité exceptionnelle du jeu compense quelques longueurs.
C’est une production qui, malgré une structure morcelée, parvient à captiver par la puissance brute de ses visages. »
Denis-Martin Chabot, Canal M