Le Front de libération des femmes du Québec, 1969-1971

Photo : Mur « Québécois Debouttes », Antoine Desilets, Fonds Antoine Desilets, BAnQ

En 1969 les soulèvements populaires se multiplient au Québec. Le maire de Montréal, Jean Drapeau, proclame un règlement anti-manifestation. En réponse, deux cents femmes protestent. Elles s’installent devant le Monument National sur le boulevard Saint-Laurent, enchaînées les unes aux autres. Non seulement ce sont des femmes qui les premières ont défié le pouvoir abusif de l’administration municipale, mais elles ont contribué à l’avènement au Québec de la « deuxième vague » du mouvement féministe.

Plusieurs des instigatrices de cette manifestation sont de celles qui, peu de temps après, fondent le Front de Libération des Femmes du Québec (FLF) avec pour devise : « Pas de libération du Québec sans libération des femmes, pas de libération des femmes sans libération du Québec! »

Elles créent la première édition de QUÉBÉCOISES DEBOUTTES!, dont les articles sont des détonateurs d’éveil de conscience féministe.

Au début de 1971, sept militantes de la cellule X Action-choc mènent une opération d’éclat retentissante. Les femmes n’ont toujours pas le droit d’être jurées au Québec. Pour dénoncer l’illégitimité de ce système judiciaire sexiste, l’activiste féministe Lise Balcer refuse de témoigner au procès de Paul Rose – membre du FLQ. Le 1er mars, alors qu’elle attend sa sentence pour outrage au tribunal, les militantes du FLF prennent d’assaut les bancs des jurés en scandant « Discrimination! » et « La justice c’est d’la marde! ». Elles sont condamnées sur-le-champ et incarcérées.

Suite à cette action, la loi des jurés sera modifiée quelques mois plus tard, le 18 juin 1971.

Malgré sa brève histoire, le Front de Libération des Femmes du Québec mènera plusieurs batailles importantes, notamment des campagnes en faveur de l’avortement libre et gratuit, pour des garderies d’État, l’équité salariale, la fin de l’exploitation du corps des femmes dans la publicité, la redéfinition de la cellule familiale. Autant de luttes que les manuels d’histoire ont choisi de ne pas raconter et qui résonnent encore aujourd’hui.

Comme dans le reste de la société québécoise en quête de libération, le FLF avait plusieurs angles morts dans ses visées émancipatrices. Le FLF conçoit les femmes comme un groupe homogène, c’est-à-dire francophone, blanc et ouvrier. Dans ses revendications comme dans son organisation, le FLF tient peu compte des femmes autochtones, notamment en ignorant les contradictions manifestes entre la libération du Québec et la dépossession et la colonisation des peuples autochtones toujours en cours à cette époque. De même, malgré la longue histoire des femmes noires et des femmes racisées sur le territoire, et le fait que dès la fin des années 60 de plus en plus de femmes du Sud global s’installent au Québec, ces perspectives sont absentes du FLF. Les voix de ces femmes sont parfois même instrumentalisées, par exemple à travers l’expression selon laquelle les Québécoises seraient « les esclaves des esclaves », analogie qui démontre une méconnaissance de l’histoire des Noir·es au Québec et dans les Amériques.

Sans minimiser ces absences, les luttes menées par le FLF nourriront la troisième vague du mouvement féministe aux abords des années 90.

Alexandra Pierre
Militante féministe

La photo est exposée dans la vitrine du Dubois.
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