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Photo : André Querry

Dans les années 70, les femmes noires participent évidemment aux mouvements de contestation sociale. Plusieurs d’entre elles jouent un rôle crucial lors des protestations (1969) contre le racisme anti-noir de l’Université Sir George Williams (aujourd’hui Université Concordia). Elles dénoncent la dictature de Duvalier et les politiques impérialistes complices du Québec et du Canada. Elles mènent des actions pour éviter la déportation d’exilées politiques vers différents régimes autoritaires de la planète. Elles mènent des luttes pour l’accès des familles noires à des logements abordables, pour des soins médicaux et des garderies répondant à leurs besoins. Elles organisent des actions contre le racisme dans l’éducation, notamment par rapport à la représentation des Noir·es dans les ouvrages scolaires.

Arrivées au Québec pour échapper à la répression en Haïti et pour développer les nouvelles institutions québécoises issues de la Révolution tranquille, les féministes haïtiennes sont présentes sur plusieurs fronts : elles investissent toutes sortes de champs pour venir en aide à la communauté haïtienne et aux immigrantes. Elles sont aussi conscientes de la nécessité de construire des espaces pour prendre leur place dans la politique québécoise et pour combattre la dictature duvaliériste à partir d’ici. Plusieurs organisations importantes voient alors le jour grâce à l’engagement de ces femmes, par exemple le Point de ralliement des femmes d’origine haïtienne (1971), la Maison d’Haïti (1972) ou le Rassemblement des femmes haïtiennes (1973).

Le Québec compte aussi des communautés noires installées depuis plusieurs générations. Par exemple, les femmes afrodescendantes de la Petite-Bourgogne sont très actives au sein l’Association des femmes de couleur de Montréal (Coloured Women’s Club of Montreal – CWO), un des premiers groupes de femmes du Québec (1902).

Durant cette décennie, il existe une forte volonté chez ces femmes noires de travailler entre elles pour aborder de front le racisme et le sexisme de leur quotidien. Ce besoin est d’autant plus fort que les groupes de femmes de la majorité se préoccupent peu de leur sort, ne les considérant pas comme des actrices politiques. La grande aventure du Congrès des femmes noires du Canada (CFNC) et de sa très dynamique section montréalaise témoigne de cette volonté. Entre 1973 et 1982, Afro-Canadiennes de longue date et femmes immigrantes d’ascendance caribéenne, africaine et antillaise s’y réunissent régulièrement pour développer des actions afin d’améliorer les conditions de vie des femmes noires et de leurs communautés.

Alexandra Pierre
Militante féministe

La photo est exposée dans la vitrine du Boucle et Papier.
Boucle & Papier est une papeterie située dans le Mile-End. Vous y retrouverez cartes, carnets, crayons, affiches, cadeaux, etc. Une sélection diversifiée de produits coups de cœur varie au fil des mois.

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