FEMMES FLAMMES D’OCTOBRE PAR ÉMILIE MONNET

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Je suis née un jour d’octobre
En plein été indien
Quand la nature s’exhibe dans ses couleurs les plus flamboyantes

Je suis une femme née en octobre
Au temps des révolutions
Nombreuses à marquer l’époque :
L’Indian American Movement, de l’autre côté de la frontière
L’occupation d’Alcatraz
Le siège de Wounded Knee
Le mouvement « Peace and Love » en réponse à la guerre du Vietnam
Le mouvement de décolonisation en Afrique aussi
C’est juste après la parution du Livre blanc de Pierre Elliott Trudeau
Et juste avant la création de l’association Femmes Autochtones du Québec ici
C’est l’éclosion, partout, de mouvements de femmes autochtones au pays

Au moment de la crise d’Octobre
Nous étions déjà bien occupées
Nous avions nos droits à faire reconnaître :
Parler nos langues
Participer à la vie politique de notre nation
Vivre librement sur le territoire où nos ancêtres ont toujours habité
Exister

Je suis une femme née des révoltes
Face aux injustices qui perdurent
Génération après génération
Contre les femmes, les communautés, les hommes :
Traités, non respectés
Communautés relocalisées
Enfants arrachés
Pauvreté

La crise d’Octobre n’est pas mon histoire
La crise, pour moi
C’est celle d’Oka
Même s’il s’agissait plutôt d’une résistance
Qui a permis à des milliers d’Autochtones de se rallier
La crise, pour nous
C’est tous les mois de l’année
Alors que les femmes continuent de disparaître
Que les enfants sont placés en famille d’accueil par milliers
Que nos droits territoriaux ne sont toujours pas reconnus
Que plusieurs communautés n’ont toujours pas accès à l’eau potable
Que la Loi sur les Indiens détermine encore qui nous sommes

Je fouille dans les archives et trouve des photos
Vestiges de mémoires
De toutes ces femmes qui ont lutté
Contre l’assimilation forcée
Des photos
De femmes militantes
Devant les tribunaux
Mary Two Axe
Jeannette Corbière Lavell
Yvonne Bedard
Evelyne O’Bomsawin
Et toutes les autres aussi
Je me souviens
De toutes ces femmes
Du combat de Mary Two Axe
Mère de clan
Pionnière du mouvement des femmes ici
Femme Kanien’kehá:ka
Née tout près d’ici
Née à Kahnawake
Mais n’ayant plus le droit d’y habiter une fois mariée
Je me souviens
De son combat
Contre la Loi sur les Indiens
Je me souviens
De sa révolte
Devant cette loi sexiste et raciste
Devant l’injustice et le colonialisme
Je me souviens
Il faudra toujours résister

Ici c’est chez nous
Nous ne sommes pas des invitées sur nos terres
Nous avons toujours été des peuples souverains
Vos lois ne viendront jamais à bout du feu sacré qui gronde en nous

Je suis la fille de ma mère
Et de toutes nos mères résistantes
Celles qui se sont battues
Pour que nos droits soient reconnus
Celles qui ont lutté
Pour avoir le droit d’exister
Et pour que leurs enfants soient statué.es

Je suis à la fois fille et sœur de toutes ces femmes
Je porte en moi le feu de leurs révoltes
Écrasées
Affirmées
Explosives
Occultées
Souterraines
Je porte en moi leur exaspération
Leur impatience
Leurs frustrations
C’est le feu de leur colère qui les amène à ne jamais abdiquer
Ce feu, je le reconnais dans leur regard et leur allure fière
Quand elles fixent l’objectif de la caméra
Sur les photos d’archives
Leurs bébés aux fesses blanches blottis contre elles dans leurs ceintures à franges
Ce feu, je le vois sur les photos qui défilent sur les médias sociaux
Quand elles manifestent dans les rues au son des tambours
Ce feu dans les yeux et au ventre est le même :
Toujours, prêt à être rallumé

Nous sommes femmes flammes
Femmes de toutes les luttes
Pour la terre
Nous saurons toujours nous battre
Nous sommes filles de matriarches
Filles du maïs, de la courge et du tabac
Nous sommes les femmes d’octobre.

Femmes flammes d’octobre – Émilie Monnet
Récit et narration : Émilie Monnet
Composition musicale : Frannie Holder
Mise en voix : Solène Paré
Montage : Alexi Rioux