Extraits de critiques

La pièce J’ai cru vous voir explore la correspondance amoureuse, longtemps tenue secrète, entre Rachel Laforest et Paul-Émile Borduas. Cette production décortique avec beauté le vertige de leur amour impossible.

La scénographie de l’artiste visuelle Caroline Cloutier est splendide. Son décor évoque d’immenses feuilles blanches pliées, représentant des pages de la correspondance. Les éclairages d’Étienne Boucher ajoutent des couches de couleur, en enrobant le plateau d’une aura de mystère, un climat que les chorégraphies de Wynn Holmes accentuent.

Il y a une très belle scène dans laquelle le couple s’agite, leurs corps saccadés se repoussant et se rapprochant, à la fois soudés et radioactifs. Tout le déchirement et toute la dualité de leur amour sont là, dans ce dialogue sans paroles entre désir et vertige.
Luc Boulanger, La Presse

 

Alexia Bürger démontre tout son savoir-faire en adaptant cette idée originale de Pascale Bussières et de Jean-François Casabonne. Elle s’applique à réfléchir aux ramifications psychologiques et philosophiques de ce sentiment humain.

Sa mise en scène est astucieuse. Pour aller plus loin dans le sujet, la dramaturge fait appel à des textes de Platon et de Jacques Derrida abordant leur définition de l’amour. La metteuse en scène utilise également un troisième personnage, le musicien Joseph Marchand, tel un coryphée intervenant sur le rythme des échanges par des compositions musicales ou des effets comiques.

Autre astuce de la metteuse en scène, une lettre jamais écrite par Rachel Laforest est insérée dans l’intrigue et teinte encore davantage les sentiments de l’admiratrice du peintre. Avec l’aide du chorégraphe Wynn Holmes, Alexia Bürger favorise un théâtre, par moments, très physique qui vient contrebalancer un texte qui aurait pu devenir lassant s’il n’avait été que récité.

Pascale Bussières se débrouille bien dans le rôle de Rachel Laforest, mais c’est la palette très étendue de Jean-François Casabonne qui assure au spectacle son élan dynamique. Son Borduas, tout aussi amoureux qu’il dit être, reste un grand artiste avec ce que cela comporte d’égocentrisme et de passion excluant l’idée de la vie à deux.

Toute en angles obliques, la scénographie de l’artiste visuelle Caroline Cloutier sert à la fois le propos de la pièce et les mouvements des interprètes. Les costumes de Mérédith Caron, sont magnifiques.

Ce lien entre Borduas et Laforest est beau et intense. Au théâtre, chose certaine, il fait rêver.
Mario Cloutier, Revue JEU

 

L’autre jour, devant J’ai cru vous voir, je me suis laissé porter par la langue des épistoliers et le charme des lettres d’amour, ouvrant l’œil sur un temps révolu. […] Pascale Bussières et Jean-François Casabonne avaient offert des lectures de ces lettres après qu’un professeur d’histoire de l’art, Gilles Lapointe, les eut publiées dans le recueil Aller jusqu’au bout des mots en 2018. Puis les comédiens, excellent duo, les ont transformées en pièce de théâtre sous une mise en scène ingénieuse d’Alexia Bürger et une scénographie de Caroline Cloutier.
Odile Tremblay, Le Devoir

 

Hier, je suis allée au théâtre et j’ai passé une super belle soirée. Il est question de Paul-Émile Borduas, grand peintre québécois, auteur du Refus global. Au milieu des années 1950 et jusqu’à sa mort, il a entretenu une relation épistolaire, amoureuse, fougueuse, intense, avec une Montréalaise qui s’appelle Rachel Laforest, que l’Histoire avec un grand H avait un peu oublié jusqu’à son décès à elle quand son fils Pascal Laforest a découvert les lettres en question. Et c’est une relation qui vit maintenant sur scène portée par deux comédiens extraordinaires : Pascale Bussières et Jean-François Casabonne.

Il y a tout ce travail qui est fait avec le corps aussi. Parce que ce choc amoureux est montré par le corps des interprètes […] C’est vraiment plus qu’une mise en lecture des lettres, c’est vraiment une mise en scène signée par Alexia Bürger. J’ai aimé, entre autres, les décors conçus par l’artiste visuelle Caroline Cloutier. On a voulu, avec un décor très épuré. On voit les coups de pinceau, on les voit les mouvements, les formes et les volumes que Borduas voulait créer. C’est vraiment très chouette.
Katerine Verebely, Samedi et rien d’autre, ICI Radio-Canada Première

 

Alexia Bürger avait tout un défi : faire une pièce de théâtre, un véritable spectacle à partir d’une correspondance, donc s’éloigner de la simple lecture. Et elle a fait appel à un très grand nombre de procédés pour y arriver, pour donner du rythme, pour alimenter la réflexion sur l’amour, et, souvent, c’est un peu superflu, c’est même un petit peu agaçant. Elle aurait dû peut-être faire un petit peu plus confiance au matériel de base, à la substance même.

Mais il y a quand même quelques forces, les éclairages sont magnifiques, on intègre un extrait du Refus global, rédigé par Borduas. Et Pascale Bussières et Jean-François Casabonne sont deux interprètes absolument sublimes.
Stéphane Leclair, Club Culture, ICI Radio-Canada Première