Extraits de critiques

La terrible joute des corps et des esprits qui est offerte ces jours-ci dans la petite salle du théâtre présente un caractère onirique, pour ne pas dire cauchemardesque, une dimension virtuelle, intangible, quelque chose de distant aussi, comme si les odieux protagonistes étaient suspendus entre le rêve et la réalité, entre la vie et la mort, entre le paradis et l’enfer.

D’une agréable sobriété, d’une grande rigueur intellectuelle et esthétique, le spectacle d’un peu moins d’une heure est défendu avec vigueur et précision par Adrien Bletton et Ève Pressault. Le texte est limpide et la chorégraphie sans failles. L’emploi de vêtements et d’accessoires est aussi rare que judicieux. Le lieu, à la fois céleste et caverneux, est polysémique à souhait. En somme, le théâtre des monstres est réglé au quart de tour, si bien qu’une certaine froideur entoure la représentation; une maîtrise admirable, certes, mais également, il faut le reconnaître, bien peu engageante émotionnellement.
Christian Saint-Pierre, Le Devoir

 

De cette production, d’abord montée et présentée à l’École nationale de théâtre en 2015, on sent la longue maturation. Ève Pressault et Adrien Bletton sont remarquables de justesse et de concision dans leur jeu. Admirablement bien dirigé·es, les interprètes se tiennent sur la délicate frontière entre contrôle et vulnérabilité, un contraste qui leur donne une force de frappe étonnante. Le texte de Müller, dans la magnifique traduction de Jean Jourdheuil et Béatrice Perregaux, se délivre avec une fluidité vertigineuse, qui laisse affleurer une certaine jouissance à proférer des horreurs dans une langue si belle et si châtiée, magnifiée par la sensuelle chorégraphie des corps dont il se dégage une tension rare. La précision du mouvement, la portée des voix, légèrement amplifiées, qui va du murmure jusqu’au cri, les regards et les ombres, tout dans la mise en scène et la direction d’acteur et d’actrice est ciselé avec une incroyable minutie.

Avec ce Quartett, Solène Paré donne à voir l’essence même du théâtre, dans toute sa pureté : un texte, des visages et des corps pour l’incarner. Avec un regard aiguisé et un talent évident pour orchestrer l’ensemble. Rien de plus, mais rien de moins!

Michelle Chanonat, revuejeu.org

 

★★★ ½
[Dans une] partie de cette courte pièce, les âmes et les corps des deux rivaux amoureux se substituent l’un à l’autre. À tel point que les spectateurs est obligé de remettre en question la notion de genre et de récit.

Et ce décor séduisant, une scène horizontale protégée par un rideau transparent qui laisse glisser tout de même un faux nuage d’intimité car tout est clair, même cette fosse où les corps semblent sortir de l’enfer, non pas celui de Dante, mais de celui de la quintessence des sentiments les plus torturés. Pour Solène Paré, une résidence à Espace Go pavée de bonnes intentions.
Élie Castiel, Revue Séquences

 

Quartett, comme son nom l’indique, s’écoute presque autant comme un texte théâtral qu’une partition musicale. Les variations de tons, tantôt déclamés tantôt intimistes, tout comme les alternances entre monologues et réparties franches, se posent comme les mouvements d’une symphonie bien équilibrée qu’il est plaisant de se mettre sous l’oreille.

Il faut entendre le paradoxe absolu qui se dégage d’une langue si belle et si recherchée qui décrit avec une justesse effroyable l’horreur et la violence à laquelle se soumettent les protagonistes dans leur désir de domination, pour comprendre le sentiment de confusion terrifiante avec lequel on ressort de cette pièce! Cynique à souhait, le texte porte un humour grinçant, souvent noir, qui fait rire et sourire, sans toutefois rendre heureux.

Sur cette partition théâtrale, les acteurs offrent au public à voir un véritable ballet des corps. Adrien Bletton (Valmont) et Ève Pressault (Merteuil) sont tous deux chirurgicaux de précision et osent s’abandonner tout entier, magistralement dirigés qu’ils sont dans leur jeu. Leur danse continue, orchestrée à la perfection jusqu’au bout des ongles, et évoque tout le désir, la violence, et la violence du désir, que portent en eux ces libertins maudits. Leur jeu est irrésistible et le duo captive tout à fait l’audience qui n’ose détourner le regard de peur de manquer un seul détail de leurs batailles et des tensions qui s’en dégagent.

Dans cet arrangement impeccable et absolument rigoureux, on sent toute la réflexion qu’a porté la metteuse en scène dans son ouvrage. Solène Paré s’est présentée comme une véritable maestro de ce Quartett qu’elle a fait joué d’une main de maître. Dense et intense, à peine une heure de théâtre suffit à faire ressentir toute une gamme d’émotions contradictoires et éclatées. Un véritable moment théâtral, dans toute sa splendeur.
Catherine Gervais, eklectikmedia.ca