Dossier dramaturgique (partie 9)

Interpréter Électre

Magalie Lépine-Blondeau – C’est le travail le plus difficile que j’ai jamais fait. Je voulais explorer ce personnage, sa colère, son envergure. Même si je porte cela en moi, jamais on ne m’aurait confié le rôle d’Électre : mon visage, mon corps ne ressemblent pas à l’idée que l’on se fait de ce personnage. Travailler Électre engage des zones de l’actrice que je suis qu’on n’a jamais sollicitées. Jamais mon corps n’a été autant annulé. Pourtant, ce corps, le mien, il souffre; je passe quarante-cinq minutes au sol à être une masse hurlante. Physiquement et psychiquement, c’est inconfortable à faire comme à regarder.

La difficulté est de trouver le souffle du spectacle. Électre commence en force et il ne faut pas perdre cette lancée. Il faut trouver des nuances, mais jamais au détriment de la force. Mais le texte me porte; la traduction d’Evelyne est tissée de consonnes dures.

Électre est une terroriste de la parole. Elle est une manipulatrice hors pair, qui peaufine son spectacle depuis vingt ans. C’est terriblement exigeant. Il faut se défaire du cliché d’un style de jeu tragique noblement ampoulé. C’est un jeu proche du sol, de la poussière, de la saleté. C’est animal.

Dossier réalisé par Paul Lefebvre
Paul Lefebvre est traducteur, metteur en scène et professeur de théâtre. Il a travaillé au Centre national des Arts comme directeur artistique fondateur de la biennale Zones Théâtrales et adjoint artistique de Denis Marleau, après avoir été directeur littéraire au Théâtre Denise-Pelletier. Il travaille comme conseiller dramaturgique au CEAD depuis janvier 2010.