Dossier dramaturgique (partie 8)

Nous le chœur

Serge Denoncourt – Lorsque l’on monte une tragédie grecque de nos jours, la question du chœur, de le rendre significatif, est centrale. Qui ce chœur représente-t-il? Comment lui donner un poids collectif? Si on n’a pas soixante personnes, le traiter de façon traditionnelle ne mène nulle part. Dans notre production, le chœur sera assumé par la distribution, tout simplement. Ils vont dans la salle. Ils regardent le paysage dévasté sur scène. Ils s’interrogent. En parlant de la salle, ils disent l’essentiel : la Cité, c’est nous.

Fragment d’un entretien avec Serge Denoncourt (metteur en scène), Magalie Lépine-Blondeau (interprète d’Électre) et Ginette Noiseux (directrice d’ESPACE GO et conceptrice des costumes) réalisé le 10 décembre 2018

Evelyne de la Chenelière – Pour le quatrième chant du chœur, j’ai écrit mon propre texte, j’ai créé une brèche, tout en demeurant fidèle à l’esprit interrogateur de Sophocle. Car si nous voulons que le chœur soit la voix de la Cité, je ne pouvais pas éviter une interrogation sur l’Histoire et sur le fait que nous avons encore recours aujourd’hui à la tragédie grecque pour comprendre d’où nous venons et qui nous sommes. Cela ne se fait qu’en assumant la distance qui nous sépare d’Athènes au Ve siècle. J’ai donné ainsi la parole à un coryphée qui commence en disant :

Quand nous ouvrons un livre d’histoire, nous restons interdits devant tout ce qu’elle ignore encore à l’heure de ses premiers chapitres
Nous sommes devant elle comme devant un nouveau-né dont on pense
« Il ne sait rien encore, il ne sait rien de ce qui l’attend le pauvre »

Et aussi, j’avais été marquée par ŒDIPE À COLONE traduit par Marie Cardinal et mis en scène par Jean-Pierre Ronfard (ESPACE GO, 2003). Ils avaient laissé passer leur parole d’auteur.

Fragment d’un entretien avec Evelyne de la Chenelière, traductrice, réalisé le 14 décembre 2018

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