Dossier dramaturgique (partie 5)

La dernière des Atrides

Parmi les familles humaines de la mythologie grecque, celle des Atrides est la plus fameuse. La seule dont la renommée approche la sienne est celle des Labdacides, de Thèbes, dont font partie Œdipe, Jocaste, Antigone, Ismène, Étéocle et Polynice. Mais la puissance des malédictions et des vengeances des Atrides, la famille royale d’Argos, dont la ville de Mycènes est le cœur, a fourni un riche matériau à la tragédie grecque. Homère, dans L’Iliade et L’Odyssée, esquisse les principales péripéties du personnage d’Agamemnon, mais c’est Eschyle, trois siècles plus tard dans son ORESTIE, qui relie dans une grande mécanique tragique les destins d’Atrée et de sa descendance : Agamemnon, Clytemnestre, Ménélas, Iphigénie, Électre, Oreste et Égisthe. À sa suite, Sophocle et Euripide développeront certaines situations, certains personnages.

Pélops, roi de Lydie, a eu deux fils, Atrée et Thyeste, qui se vouent une haine implacable. En compétition pour le trône d’Argos, Atrée, grâce à Apollon, l’emporte sur Thyeste, qui pourtant s’était fait aider par l’épouse d’Atrée. Une fois roi, Atrée organise un banquet pour se réconcilier avec son frère. Mais, en fait, ce banquet a comme but de désespérer Thyeste : Atrée a tué les enfants de son frère – ses propres neveux – et les sert comme viandes rôties à leur père. Réalisant la situation, Thyeste s’enfuit. Plus tard, il violera sa fille Pélopia sans qu’elle puisse le reconnaître : de cette union naîtra Égisthe.

Atrée, par son geste horrible, attire sur sa famille la malédiction des dieux. Égisthe et Thyeste finiront par le tuer.

Atrée, avec son épouse Aéropé, a engendré deux fils : Agamemnon et Ménélas.

Agamemnon, qui devient roi d’Argos à la mort d’Atrée, épouse Clytemnestre, qui lui donne quatre enfants : Chrysothémis, Électre, Iphigénie et Oreste.

Ménélas épouse la femme la plus convoitée de Grèce, Hélène, qui s’enfuit avec Pâris, le fils de Priam, le roi de Troie. C’est pour rendre Hélène à son époux que les cités grecques se liguent sous le commandement général d’Agamemnon et entreprennent la Guerre de Troie.

Alors que la flotte grecque est rassemblée à Aulis, la déesse Artémis, qu’Agamemnon aurait autrefois insultée en tuant une biche à la chasse, empêche le vent de souffler, gardant en rade les vaisseaux grecs. Pour apaiser la colère de la déesse et permettre à sa flotte d’appareiller pour Troie, Agamemnon doit lui faire un sacrifice important : sa fille Iphigénie. Sous le prétexte de fiancer sa fille à Achille, le plus grand guerrier grec, Agamemnon fait venir Iphigénie à Aulis et l’immole. Clytemnestre, à qui Agamemnon avait caché son plan réel, entre dans une colère terrible qui fera germer en elle un immense désir de vengeance.

Pendant la guerre de Troie, qui durera dix ans, Clytemnestre prend Égisthe comme amant. Et lorsqu’Agamemnon revient triomphant à Mycènes avec la princesse troyenne Cassandre comme esclave et amante, Clytemnestre et Égisthe l’assassinent avec sa captive pendant le banquet d’accueil. Clytemnestre est ainsi vengée de la mort de sa fille Iphigénie.

Dans la foulée du meurtre d’Agamemnon, son fils Oreste fuit à l’étranger grâce à l’aide de sa sœur Électre qui, depuis l’assassinat de son père, conçoit une haine implacable contre Égisthe et surtout, contre sa mère Clytemnestre.

Électre demeure à Mycènes, même si Clytemnestre et Égisthe lui refusent l’entrée du palais. Traitée comme moins qu’une bête par sa mère pendant des années, elle crache son aversion envers Clytemnestre, perpétuellement en colère, rêvant du retour d’Oreste qui pourra venger Agamemnon. Électre entre dans un désespoir profond lorsqu’on lui annonce la mort d’Oreste, mais ce n’est qu’une ruse. Oreste se présente à elle et ils organisent leur vengeance. Oreste, toutefois, est pris dans un dilemme tragique : comme fils, il a le devoir de venger son père, mais un fils ne peut pas tuer sa mère.

Il entre néanmoins dans le palais et égorge Clytemnestre et Égisthe.

Agamemnon est vengé. Électre n’a plus de raison d’être en colère, mais sa vie, alors, a perdu tout son sens.

Pour avoir tué sa mère, Oreste est poursuivi par des divinités infernales, les Érinyes. Emmené devant un tribunal pour répondre de son matricide, Oreste est gracié grâce à la voix d’Athéna, qui rompt l’égalité des juges.

La malédiction des Atrides est éteinte. Reste ce palais à Mycènes maculé du sang des enfants de Thyeste, d’Agamemnon, de Cassandre, d’Égisthe et de Clytemnestre.

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