Mot du comité directeur

Nous en sommes à la quatrième vague.
Quatre vagues de féministes, comme une marée qui revient inlassablement pour tenter d’éroder le roc centenaire des biais sociaux.
Quatre vagues, comme un balancier fatigué de ne pas s’arrêter au point d’équilibre.
Comment se fait-il qu’en 2019, nous ayons besoin d’une quatrième vague?
Comment se fait-il que toutes les résistances à la parité, à l’égalité, à l’avènement d’une société bienveillante à l’égard des femmes et à leur pleine contribution à nos imaginaires n’aient pas été emportées avec les trois vagues précédentes?

Nous sommes (encore) là.
Parce que toujours les coulisses de nos vies professionnelles sont remplies de :
« Aujourd’hui ces affaires-là, c’est pas mal réglé… »,
« Soyons honnêtes, un texte de femme c’est plus intime qu’un texte d’homme »,
« Je veux ben embaucher des femmes, mais elles ne veulent pas travailler les fins de semaine… »,
« Les chiffres… on peut leur faire dire ce qu’on veut aux chiffres… ».
Oui, ces phrases nous les entendons encore.
Quotidiennement, nos âmes, nos têtes, nos comptes en banque, nos CVs subissent les effets bombes de ces phrases.

Il est un temps où le style et les métaphores ne suffisent plus.
Ce temps est maintenant.
Nous, le comité directeur de ce chantier féministe, agissons dans une urgence qui est celle de l’action.
Nous espérons la rencontre intergénérationnelle;
Nous embrassons la diversité des féminismes pour nourrir la réflexion collective;
Nous préférerons toujours la transversalité de l’inclusion à la stigmatisation des différences;
Nous craignons les bien-pensant·es;
Nous n’avons pas peur de notre colère accumulée;
Nous sommes prêtes à payer le prix de l’engagement dans la lutte;
Nous appelons un espace sécuritaire pour toutes les paroles;
Nous refusons la complaisance d’un milieu aux apparences progressistes;
Nous brandissons des statistiques accablantes;
Nous croyons qu’il est temps;
Plus que temps;
Que le milieu du théâtre,
Que les manuels scolaires,
Que les histoires des arts,
Que les institutions,
Que l’imaginaire collectif,
Reconnaissent l’imperfection du récit canonique;
Et œuvrent à sa reconstruction
Immédiate
Et
Paritaire.

Les douze femmes de théâtre du comité directeur