Mot de l’auteur et metteur en scène

Olivier Choinière
Olivier Choinière (© Eugene Holtz)

Ce Manifeste n’est pas une adaptation théâtrale de Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille de Tiqqun. Seulement, il y a des lectures qui laissent des marques. Ce texte est bien la preuve que la Jeune-Fille n’a cessé de me hanter depuis. Dans cette « figure de l’intégration totale à une totalité sociale en désintégration », je n’ai pas seulement vu se profiler la silhouette de la jeune fille des magazines, mais l’ombre de beaucoup de mes contemporains.

Quinze années séparent la première édition de l’essai et l’écriture de cette pièce. Comme on le répète jusqu’à la nausée, le monde a beaucoup changé, depuis. Les solutions de rechange au capitalisme — comme les mouvements citoyens qui ont vu le jour ces derniers temps — semblent avoir paradoxalement fortifié ses assises. Plutôt que de trouver la faille de cette formidable machine de récupération, elles semblent en avoir repoussé les limites.

Dans leur quête désespérée du bonheur, mes Jeunes-Filles cherchent une issue, une porte de sortie. En attendant de trouver une façon d’exister en dehors du système, elles se justifient d’y participer en enrobant d’idéaux leur mauvaise conscience. Loin du cri libérateur, MANIFESTE DE LA JEUNE-FILLE fait le portrait d’une société qui a enfermé la parole dans le discours. Il y a là quelque chose de follement désespérant. Mais aux libertés trompeuses, je préfère une meilleure connaissance des murs de ma prison.

Olivier Choinière