AVANT-GARDE

Texte : Marieluise Fleisser
Traduction : Henri Plard (Éditions de Minuit)
Adaptation et mise en scène : Denis Marleau

Avec Dominique Quesnel + Jérôme Minière

Collaboration artistique, scénographie et vidéo : Stéphanie Jasmin
Assistance à la mise en scène : Carol-Anne Bourgon Sicard
Éclairages : Lee Anholt
Trame sonore, arrangements et interprétation des chansons : Jérôme Minière
Musique : Kurt Weill
Diffusion et montage vidéo : Pierre Laniel
Costumes, maquillages et coiffures : Angelo Barsetti
Consultant à la sonorisation : Julien Éclancher
Remerciements : Angela Konrad + 1700 La Poste

Une coproduction ESPACE GO + UBU compagnie de création

 

AVANT-GARDE raconte le parcours d’une jeune fille de province qui veut écrire, Cilly Ostermeier, de son arrivée dans la grande ville et de sa vie auprès d’un génie qui exerce un pouvoir à la longue destructeur sur elle. Ne pouvant plus supporter cette pression, elle le quitte pour retourner dans sa ville natale où elle rencontre un homme à l’opposé de l’autre, champion de natation…

Si à travers ce récit se dessinent nettement des traces autobiographiques et les contours du jeune Bertolt Brecht en pleine ascension, Marieluise Fleisser transcende cette expérience qu’elle a vécue dans une œuvre littéraire qui secoue profondément les paradoxes d’une femme créatrice, prise entre ses incertitudes, ses doutes, son désir amoureux et la nécessité de se rebeller et d’assumer pleinement la construction de son œuvre. Son style précis et acéré, qui se donne la liberté des ruptures, des coupes brusques et des associations poétiques surprenantes, ne tombe jamais dans l’affliction ou le misérabilisme. Marieluise Fleisser porte un regard lucide et sans compromis sur la complexité de sa situation de femme muse et de femme créatrice.

Au début des années vingt, Marieluise Fleisser, originaire d’Ingolstadt, une petite ville de Bavière, étudie en théâtre et dramaturgie à Munich. Dès l’âge de 22 ans, elle écrit une série de poèmes, de nouvelles et de récits où domine la quête d’expériences de filles aux vies incertaines, bousculées par des changements sociaux et personnels. Elle écrit aussi sa première pièce importante, PURGATOIRE À INGOLSTADT, grâce à laquelle elle sera présentée à Bertolt Brecht. Rencontre marquante puisque celui-ci créera sa pièce sur scène en 1926 et comptera dorénavant sur la collaboration de Marieluise qui deviendra aussi son amante. Elle connaîtra quelques années houleuses à Berlin avec le jeune Brecht, qui compte déjà sur l’apport actif et la présence de plusieurs femmes sur son chemin de créateur. En 1929, après la création de sa deuxième pièce, PIONNIERS À INGOLSTADT, que Brecht avait montée de façon provocante et sulfureuse et qui fit scandale à Berlin, elle le quitte pour retourner dans sa ville natale où elle est désormais persona non grata.

Auteure interdite par le régime nazi, elle se marie à un commerçant d’Ingolstadt. Cette période de silence imposé et cette vie rangée seront vécues comme une sorte d’exil intérieur de presque trente ans. Après la mort de son mari en 1958 et des épreuves de santé, Marieluise Fleisser retrouve le désir d’écrire et publiera d’autres nouvelles, pièces et récits dont AVANT-GARDE en 1962.

Les artistes émergents de cette longue période d’après-guerre, comme Elfriede Jelinek, Franz Xaver Kroetz ou le cinéaste Werner Fassbinder, découvriront avec fascination l’œuvre scindée en deux de cette auteure qui est aujourd’hui considérée comme l’une des plus grandes dramaturges allemandes du XXe siècle.