JOURNAL DE RÉSIDENCE DE MYKALLE BIELINSKI

 

13 décembre 2020
Pointe de Saint-Méthode, Saint-Félicien

Une vaste étendue blanche. Le Saint-Calme. Ici et là des sanctuaires, naturels et artificiels; façonnés par le vent ou laissés par quelqu’un. Des billots de bois, du feuillage séché, des petits îlots de roches, un objet en plastique.

 

« L’immensité qui nous sépare s’est condensée. »
Extrait de MYTHE

 

L’immensité s’est non seulement condensée, elle est passée à l’état solide, elle s’est figée. La distance qui nous sépare des autres, de nos communautés, de notre énergie, de nos occupations – de ce qui fait sens pour nous – se retrouve coincée dans la glace du Lac-Saint-Jean et résonne.

Il n’y a plus personne et pourtant tout le monde est là.

D’ici, j’entends les échos de nos chants, de nos présences, de nos ravissements. Quelle chance nous avons eue.

Les derniers jours de la résidence de décembre à ESPACE GO ont été magiques. Le travail nous permettant d’être dans la même pièce, nous avons pu utiliser le spectacle pour ses fonctions premières : un moment d’introspection, un baume pour notre âme endolorie, une méditation bienveillante sur l’impermanence dont nous avons vraiment besoin ces temps-ci. La diffusion devant public devenant de plus en plus incertaine, nous avons renoué avec l’essentiel de notre pratique : rendre grâce et communier.

Revisiter le parcours narratif de MYTHE nous a fait renouer avec des enseignements spirituels trop souvent mis de côté par nos quotidiens, des perles de sagesses qui peuvent guider dans la tempête que nous traversons.

Nous reconnaissons et attestons désormais :

Que tout passe
Que rien n’est immobile
Que tout est toujours en mouvement, mouvant, dansant, souple
Que rien n’est foncièrement bien ou mal, mais nuancé
Que chaque contrainte est une occasion d’apprentissage
Que tout passe mieux quand nous respirons dans la douleur
Que la résistance est source de souffrance
Que la solution à l’attachement est le lâcher-prise
Que la seule chose que nous pouvons contrôler est notre perception face à l’incontrôlable
Que changer de perspective est un acte de créativité
Que la mort n’est jamais la fin, juste ce qui précède un recommencement.

Mais surtout :
Il y a du don dans le regard
Il y a du cœur dans la voix
Il y a de l’affection, même sans contact physique
Il y a de l’amour, même quand on ne se voit plus.

Chantons encore ensemble mes sœurs. Refaisons et défaisons sans cesse la narration du début et de la fin des temps.

La note que tu tiens me permet d’improviser et de laisser libre cours à ma créativité. Je t’en suis reconnaissante. Nous nous soutenons les unes les autres dans l’harmonie. Je te soutiens et tu me soutiens en retour. La mélodie que tu chantes me plonge dans un souvenir. Mon discours te calme. Apaise l’angoisse.

Et ton souffle qui s’arrête et recommence me rassure que rien ne se termine dans le silence.
Tout attend de recommencer.

Un immense merci à toute l’équipe sans qui cette aventure serait impossible.
Ensemble, nous ne sommes pas seuls.

Bon solstice.

Mykalle Bielinski

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