JOURNAL DE RÉSIDENCE DE MYKALLE BIELINSKI

 

4 décembre 2020

« Everything in the field of time is dual. If you go beyond time you reach eternity. »
– Joseph Campbell, The power of myth

 

Tout ce qui est relatif au temps est binaire. Les choses naissent et meurent; puisqu’elles n’existaient pas avant, elles n’existeront plus après.

Pourtant, au-delà d’une conception linéaire du temps, rien ne s’accroche, tout existe toujours : c’est l’éternité. Un cercle/cycle perpétuel de naissances et de morts. Rien ne part, rien n’arrive. Tout est toujours là, en train de croître. C’est d’ailleurs la définition du mot nature (du latin natura) : qui naît en permanence.

Ainsi, je me retenais depuis le début de pester contre cette pandémie. Premièrement, pour la force des nécessités qu’elle a révélées – besoin de nature, de contact, d’un remède contre la surconsommation et de retrouvailles avec ce temps vendu à la productivité et à la performance. Mais surtout parce que nous traversons une grave crise, qui prend le dessus sur toutes les autres, parce que des gens souffrent et meurent à cause du virus. Notre compassion n’a d’égal que nos sacrifices. Même après avoir été moi-même malade, je me retenais.

Jusqu’à aujourd’hui.

Investir l’espace, déployer le décor, retrouver le feu qui nous fait vivre, la joie d’être ensemble, de chanter à l’unisson; sentir le rythme des jours changer, les priorités s’orienter autour du texte, la préparation intime avant les répétitions; retrouver cette équipe merveilleuse et rencontrer celle d’ESPACE GO, tout aussi merveilleuse. Respirer à pleins poumons. Prendre deux minutes et se coucher sur le tapis de douillettes, s’accoter sur une bûche et regarder le ciel de projecteurs – étoiles roses et mauves – et rêver. Que ce spectacle aura lieu. Le voir, le toucher du bout des doigts et décider d’avancer dans la compréhension que ça ne se pourra (sûrement) pas. Douceur. Amertume.

Faire l’expérience de la naissance et de la mort, en même temps.

Être en colère de s’être réinventée pour se faire couper l’herbe sous le pied.

Nos voix s’élèvent au centre de l’espace. I’m knowing that I know nothing. And I’m loving it. Apprendre à aimer ne pas savoir. Et s’accrocher à ce qui est là : notre amour les un·es pour les autres, notre joie et notre tristesse d’échanger sur ce que nous traversons, notre solidarité et notre dévotion dans le travail, notre complicité toujours aussi forte après des années et la qualité et la puissance de ce que nous créons ensemble.

Se consoler dans l’éternité. Dans cet espace/temps où le spectacle existe en permanence, où il a lieu en boucle. Pour toujours. Dans nos cœurs.

 

Mykalle Bielinski

En boucle. Pour toujours. Dans nos cœurs.

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