Mot de Solène Paré

© Audrey Beaulé

Fair play

Au cours du processus de création des LOUVES, j’ai rencontré quelques anciennes joueuses qui, tour à tour, m’ont confié avoir « cru au soccer » comme on parle d’une religion ou d’un idéal politique. Ce sport, à la réglementation simple et à l’équipement léger, ne théâtralise-t-il pas justement le rêve américain? La division des équipes selon leur niveau, la répartition des côtés du terrain changeant à la moitié de la partie et les caméras rediffusant les buts et les fautes assouvissent notre soif de justice. Dans cet espace artificiel, tout semble possible pour qui y met suffisamment d’efforts et de persévérance : un gamin des banlieues pauvres de Marseille peut s’élever au rang de star mondiale (Zidane), des jeunes peuvent recevoir des bourses et accéder à de prestigieuses universités… Par son apparente accessibilité, le soccer aborde la notion de mérite plus que n’importe quel autre sport : victorieuses ou défaites, les équipes seraient les seules responsables de leur sort.

Bien sûr, dans la vie comme au soccer, il n’existe de terrains suffisamment retirés du monde pour atteindre l’égalité parfaite : derrière une égalité de principe se cache toujours une inégalité de fait. En pratique, à quelles limites le chiffrage de la compétence fait-il face? Sommes-nous capables d’imaginer un autre modèle que celui de la méritocratie? De quoi nous faudrait-il faire le deuil pour y parvenir?

Chère équipe du spectacle, chère équipe d’ESPACE GO, je vous salue bien bas pour votre enthousiasme et pour la force de votre engagement. Merci à toi, oncle Denis, pour la découverte de ce texte et à vous, prenant place dans les gradins, d’être au rendez-vous.

Bon match!

Solène Paré
Metteuse en scène