Didon & Énée

Le mythe

Les amours entre la reine Didon et le prince troyen Énée sont contées dans l’Énéide du poète romain Virgile (70-19 av. notre ère).

Didon venait de la ville de Tyr, au sud du Liban, où régnait son cruel frère Pygmalion, lequel, pour s’emparer de ses biens, n’avait pas hésité à tuer en traître son mari Sychée. Didon, horrifiée, jura que son frère ne prendrait jamais possession des richesses ayant causé la mort de son époux.

Didon 1 (Claude Gellée dit le Lorrain)Ainsi, avec quelques fidèles compagnons, Didon organisa sa fuite et atteignit les côtes de la Libye. Là, elle demanda au roi berbère Iarbas une terre où elle pourrait installer un camp. Celui-ci, se moquant d’elle, lui promit une parcelle aussi étendue que celle qu’une peau de bœuf pouvait circonscrire. Nullement intimidée, Didon coupa la peau de l’animal en un très grand nombre de fines lanières. La cordelette était si longue qu’elle pouvait encercler bien plus qu’un camp, mais bien une véritable ville le long de la côte. Amusé par le stratagème et épaté par l’ingéniosité de Didon, le chef africain lui fit don de la terre qu’elle réclamait. Dès lors, les murs blancs de Carthage se dressèrent. De nombreux habitants vinrent la peupler et l’agrandir. Sous l’autorité bienveillante de Didon, la cité devint riche et puissante et régna pendant plusieurs siècles sur la méditerranée.

La guerre de Troie s’était terminée avec la prise de la ville par les Achéens grâce à la ruse du cheval de bois. Une poignée de survivants, menée par le prince troyen Énée, fils de Vénus et d’Anchise, parvint à échapper au massacre et prit la mer en quête d’un pays où fonder une nouvelle Troie. Accompagné de son père et de son fils Ascagne, Énée erra longuement sur la mer Méditerranée. La flotte d’Énée parvint, au bout de sept années d’errance, aux rives de Carthage où la reine Didon accueillit favorablement les derniers Troyens.

Didon 2 (Nathaniel Dance)Énée relata alors la prise de Troie et le long voyage qui l’avait mené jusque-là. Vénus, afin que son fils ne courût aucun risque le temps qu’il demeurait à Carthage, fit en sorte que la reine tombât amoureuse de lui. Séduite par le récit d’Énée, Didon, désormais amoureuse du commandant troyen, se confia à sa sœur Anne, admettant être effrayée par ce sentiment. Celle-ci l’incita à oublier son devoir de fidélité à la mémoire de son mari, car, lui dit-elle, les défunts ne s’en soucient guère. Au contraire, il lui fallait prendre en compte l’hypothèse d’un nouveau mariage qui pourrait consolider le royaume. De son côté, Énée nourrissait pour Didon un même sentiment amoureux, aidé en cela par Vénus et Junon. Un jour, au cours d’une partie de chasse, les deux déesses firent éclater un violent orage qui obligea les participants à chercher refuge dans la campagne avoisinante. Didon et Énée se retrouvèrent à l’intérieur d’une même grotte, où ils célébrèrent leurs amours secrètes. Insouciants des commérages, les deux amants vécurent leur amour avec passion au point d’oublier certaines de leurs obligations.

Didon n’hésitait pas à se montrer toujours accompagnée d’Énée et allait jusqu’à l’appeler son « mari » en public. Aux côtés d’Énée, Didon avait retrouvé le bonheur et l’espoir : le temps était trop mauvais pour qu’il puisse reprendre la mer, pensait-elle pour se rassurer. Mais les dieux en avaient décidé autrement. Ils appelaient Énée à accomplir la noble tâche qu’ils lui avaient réservée : créer une nouvelle patrie en Italie. Inébranlable face aux supplications et aux larmes de sa compagne, le prince arma sa flotte, se tenant prêt à partir.

Didon 3 (Augustin Cayot)Didon demanda à sa sœur d’édifier un énorme bûcher, afin d’y brûler, disait-elle, les souvenirs laissés par l’homme qui la bafouait. À l’aube, elle vit le port et les rivages de Carthage déserts et la flotte des Troyens qui s’éloignait à pleines voiles. Elle saisit le glaive d’Énée et se donna la mort, au milieu des flammes.

Énée eut un dernier regard pour les murailles rougeoyantes de Carthage, symbole de l’amour qu’il avait profané.

* Cette ancienne cité fut détruite puis reconstruite par les Romains qui en ont fait la capitale de la province d’Afrique proconsulaire, et est aujourd’hui l’une des banlieues les plus huppées de Tunis.

LETTRE DE DIDON À ÉNÉE (extrait)

Par Ovide, adapté par David Bobée

C’est la mer que maintenant même je vois agitée par les vents,
et dont tu t’apprêtes à traverser les flots furieux.
La tempête te ferme le chemin de la fuite. Que la tempête me serve et me favorise!
Vois comme elle soulève et agite les eaux. Ta perfidie te rend digne de ce sort.
Je veux que tu périsses dans ta fuite à travers le vaste océan.
Tu as nourri une haine qui va te coûter bien cher.

[…]

J’ai résolu de renoncer à la vie. (…)
Je t’écris, et l’épée troyenne est près de mon sein.
Des larmes coulent de mes joues sur cette épée nue, qui bientôt, au lieu de larmes,
sera trempée de sang

Concordances
Noms romains Noms grecs
Junon Héra
Vénus Aphrodite
Bibliographie

Mythe, histoires et représentations des dieux et des héros de l’Antiquité, Lucia Impelluso, Éditions de La Martinière, 2008
Guide mythologique de la Grèce et de Rome, Georges Hacquard, Hachette Éducation, 1990
La légende dorée des dieux et des héros, Mario Meunier, Albin Michel, 2014
L’amour dans la mythologie, sous la direction de Céline Bénard, Éditions Atlas, 2008
Dieux et héros de la mythologie grecque, Gilles Van Heems, Librio, 2003
Femmes, les grands mythes féminins à travers le monde, Sabrina Mervin, Éditions Hermé, 1987
Encyclopédie de la mythologie, collectif sous la direction d’Arthur Cotterel, Édition Parragon, 2004
Atlas de la mythologie grecque – Les héros et dieux de l’Olympe, Éditions Atlas, 2007