FORÊTS

Du 9 janvier au 10 février 2007

Texte et mise en scène : Wajdi Mouawad

Avec Jean Alibert + Olivier Constant + Véronique Côté + Linda Laplante + Patrick Le Mauff + Marie-France Marcotte + Bernard Meney + Anne-Marie Olivier + Jean-Sébastien Ouellette + Marie-Eve Perron + Emmanuel Schwartz

Assistance à la mise en scène : Alain Roy
Dramaturgie : François Ismert
Scénographie : Emmanuel Clolus
Costumes : Isabelle Larivière
Lumières : Éric Champoux
Son : Michel Maurer
Musique originale : Michael Jon Fink
Maquillages : Angelo Barsetti

Une coproduction Au Carré de l’Hypoténuse (France) + Abé carré cé carré + Espace Malraux Scène nationale de Chambéry et de la Savoie (France) + Le Fanal – Scène nationale de Saint-Nazaire (France) + Le Théâtre de la Manufacture – Centre dramatique national de Nancy-Lorraine (France) + La Scène nationale d’Aubusson – Théâtre Jean Lurçat (France) + L’Hexagone Scène nationale de Meylan (France) + Les Francophonies en Limousin (France) + Le Beau Monde? Compagnie Yannick Jaulin (France) + La Maison de la Culture de Loire-Atlantique (France) + La scène nationale de Petit-Quevilly (France) + Le Théâtre du Trident + ESPACE GO

« Edmond : Qui êtes-vous?
Ludivine:  Je ne sais pas.
[…] Edmond : Ma mémoire est comme une forêt dont on a abattu les arbres. »

Si l’on veut une histoire, FORÊTS est peut-être le récit de sept femmes qui, suite à un événement qui s’abat sur la plus jeune d’entre elles, font brutalement face à l’incohérence de leur existence. Cette plongée forcée à laquelle elles auraient bien voulu se soustraire se fera à travers les fragments éclatés d’un crâne humain retrouvé dans le camp de concentration de Dachau en 1946. Grâce au travail acharné d’un paléontologue qui a perdu tout sens et toute cohérence, chacune de ces femmes verra sa raison mise en pièces puisque là, dans les cendres humaines de cette innommable douleur, irreprésentable, elles déchiffreront, abasourdies, les traces et le futur de leur destinée. Forêts… Forêts… Forêts…

Mais si l’on veut vraiment une histoire, on peut aussi dire qu’il s’agit du récit d’une désertion : quittant le champ de bataille en 1917, un soldat, Lucien Blondel, se réfugie au coeur d’une Forêt. Là, traversant une rivière étrange et obscure, serpentant au milieu des arbres, il découvre un zoo où trois femmes vivent au milieu des animaux sauvages. Au coeur de ce paradis improbable, Lucien rencontrera Léonie avec laquelle il vivra une histoire d’amour sans se douter que leur union sera, à l’image de ce siècle, le théâtre de douloureuses déchirures. Forêts… Forêts…

Forêts est peut-être l’histoire de cette femme, en 1989, qui apprend qu’elle est atteinte d’un mal incurable, son cerveau étant dévoré par une tumeur. Forêts… Forêts… Forêts est peut-être l’histoire de Loup qui, à l’âge de 16 ans, en 2006, sera forcée d’ouvrir une porte qui la mènera jusqu’aux ténèbres.

La création de FORÊTS débutait en mai 2005 à l’occasion d’un Chantier présenté à ESPACE GO dans le cadre du Festival de Théâtre des Amériques. Près d’un an plus tard, le 7 mars 2006, la pièce était créée à Chambéry, en France. Suite sensible plutôt que narrative de LITTORAL et d’INCENDIES, FORÊTS est le troisième volet d’une tétralogie qui culminera avec la création de Ciels.

FORÊTS, comme c’était le cas pour INCENDIES, parle de renaissance, des odyssées qu’il faut vivre pour retrouver sa terre. Formant une trilogie avec LITTORAL, cette oeuvre dans laquelle un fils cherchait à donner une sépulture à son père, et avec INCENDIES, où la mort d’une femme entraînait ses enfants dans une odyssée initiatique, FORÊTS poursuit une réflexion sur l’origine. Loup, l’héroïne de FORÊTS, adolescente et orpheline, part à la recherche d’un passé où les mères sont forcées, pour des raisons obscures et tragiques, d’abandonner leurs enfants. Ainsi, comme les jumeaux d’INCENDIES, ouvrira-t-elle sans le vouloir une boîte de Pandore; elle sera ainsi engagée dans une équipée fabuleuse vers un passé inconnu, vers un continent lointain, vers une seconde naissance. « L’enfance est un couteau planté dans la gorge. On ne le retire pas facilement », écrit Wajdi Mouawad. Seuls les mots et les fables ont le pouvoir de l’arracher et de nous permettre de nous échapper des forêts maudites dont nous sommes prisonniers.

Wajdi Mouawad insiste sur la notion de temps. « Nous fabriquons du temps, dit-il. Les secondes, les unes sur les autres, nous servent de ciment pour monter des murs de minutes qui deviendront les heures dans lesquelles nous habiterons. Nous fabriquerons du temps et le temps fabriqué nous sert à construire nos vies. Il arrive cependant qu’une seconde ancienne, après avoir prononcé son tic et son tac, décide de ne pas mourir. Elle reste là, insupportablement immortelle, altérant notre existence. Comment faire alors pour la retrouver, cette seconde, enfouie quelque part dans les replis de notre vie? […] Une jeune fille d’aujourd’hui sera forcée d’aller voir où se trouve cet instant qui refuse de mourir en elle et qui déchire son être. […] Comment faire lorsque l’on comprend que cette seconde qui détruit tout est cachée quelque part, non pas dans notre passé mais dans nos ténèbres? Comment fait-on, à 16 ans, pour aller dans les ténèbres? »

Affiche

Photos

Photo de l’en-tête : Marlène Gélineau Payette