GERTRUDE [LE CRI]

Du 11 janvier au 12 février 2005

Texte : Howard Barker
Mise en scène : Serge Denoncourt

Avec Émilie Bibeau + Anne-Marie Cadieux + Jean-François Casabonne + Maxim Gaudette + Monique Miller + Olivier Morin + Denis Roy

Assistance à la mise en scène et régie : Geneviève Lagacé
Scénographie : Louise Campeau
Costumes : François Barbeau
Lumières : Martin Labrecque
Conception sonore : Larsen Lupin
Maquillages : Jacques-Lee Pelletier
Stagiaire à la mise en scène : Amaya Lainez

Une production d’ESPACE GO

« Le cri Gertrude / Je dois faire surgir ce cri de toi à nouveau même s’il pèse cinquante cloches ou mille carcasses il me le faut / IL TUE DIEU »

Dans l’ambiance exacerbée d’un vaste espace postmoderne se déroule la tragédie dérisoire d’une monarchie dégénérée en proie à sa fascination pour le Cri de sa Reine. L’érotisme sulfureux de la Reine, comme sa fertilité incontrôlée, lui confère un immense pouvoir politique sur ses sujets. Son union avec Claudius, marquée par leur quête obsessionnelle du cri de Gertrude, cri de douleur mais aussi de jouissance, sème force cadavres autour d’eux sans qu’ils s’en émeuvent. La naissance d’une enfant, Jane, qui assure la pérennité du pouvoir de Gertrude, achève d’insupporter Hamlet, torturé par un puritanisme morbide qui l’oppose et le lie à la fois à sa mère.

Serge Denoncourt signe la création de cette oeuvre percutante de l’auteur britannique Howard Barker, l’une des voix les plus dérangeantes et les plus fécondes du théâtre anglais contemporain. Réécriture inspirée du Hamlet de Shakespeare, la pièce est bâtie autour du personnage de la reine Gertrude, mère d’Hamlet et amante de Claudius. Servie par une langue envoûtante, poétique et crue, GERTRUDE [LE CRI] met en scène des personnages extrêmes qui iront au bout de leur passion.

Pour Barker, la tragédie est la forme d’art la plus aboutie. Sa dramaturgie singulière jette les bases d’une tragédie moderne exposant la complexité de l’être humain à travers ses combats contre les valeurs morales dominantes de la société. Catastrophiques, ses tragédies le sont, car elles surviennent toujours après une cassure sociale, individuelle ou historique : révolution, guerre ou, dans le cas de GERTRUDE [LE CRI], meurtre d’un roi. Les personnages exacerbés doivent alors se réinventer à travers les ruines de la vie. Sa réécriture sulfureuse d’Hamlet de Shakespeare, en recentrant l’action autour de la reine Gertrude, s’inscrit dans la démarche d’exploration de « la tragédie de la féminité » entreprise par l’auteur dans ses pièces Tableau d’une exécution, Judith, Und et Ursula. Il y met en scène de nouveaux archétypes féminins, crée des modèles riches, provocateurs, donne un point de vue nouveau sur l’essence tragique de l’être-femme. La reine Gertrude, par sa sexualité et sa fertilité incontrôlées, fait entrer l’intime dans la sphère publique avec fracas, déclenchant une réflexion plus que troublante sur les rapports entre le sexe et le pouvoir des femmes.

Artiste irréductible, Howard Barker (1946-) a écrit cinquante pièces, regroupées en cinq volumes en voie de traduction vers le français, un essai sur le théâtre et plusieurs recueils de poèmes. Il a écrit pour la télévision, la radio et le cinéma, et s’est fait metteur en scène de ses propres pièces. C’est en outre un peintre reconnu. Barker fouille l’âme humaine dans ce qu’elle a de terrifiant et de magnifique, ballottée entre rationnel et irrationnel, entre raison et pulsions. Sa théorie du Théâtre de la Catastrophe, dans laquelle il s’applique à déstabiliser le spectateur, s’inscrit à l’opposé de la tragédie classique où triomphent les valeurs morales, alors que l’idée dans ses pièces est justement de les faire éclater!

Affiche

Photos

Photo de l’en-tête : Robert Etcheverry