ELLE EST LÀ

Du 21 janvier au 15 février 2003

Texte : Nathalie Sarraute
Mise en scène : Christiane Pasquier

Avec Daniel Gadouas + Claude Lemieux + Jean Marchand + Danièle Panneton

Dramaturgie : Marie Claire Lanctôt Bélanger
Assistance à la mise en scène et régie : Alain Roy
Scénographie : Louise Campeau
Costumes : Ginette Noiseux
Lumières : Martin Labrecque
Musique originale : Robert Normandeau
Maquillages : Angelo Barsetti

Une production d’ESPACE GO

PREMIÈRE PARTIE : SOUS-CONVERSATIONS (COURTS EXTRAITS DE ENTRE LA VIE ET LA MORT ET DE ICI.)

Dans un lieu à imaginer, un écrivain parle, reprend des paroles entendues, se dédouble, se multiplie. Toujours, il est question de mots, de vie et de mort, de l’autre à atteindre et de qui se protéger : mouvements intérieurs — tropismes — qui cherchent à se dire.

DEUXIÈME PARTIE : « ELLE EST LÀ »

Deux hommes, H 1 et H 2, reprennent une discussion qui vient d’avoir lieu avec une femme, F. Celle-ci, associée et amie de H 2, non seulement ne s’est pas laissé convaincre, mais elle s’est tue. Ce refus de discuter torture H 2 : une idée est là, bien vivante, dans la tête de sa collègue, idée sur laquelle il n’a pas de prise. Tentant brusquement de reprendre la discussion avec F, H 2 rencontre chez elle la violence du silence. Alors qu’en lui le trouble augmente, survient H 3. Celui-ci semble bien comprendre les angoisses de H 2. Les deux hommes élaborent des plans pour extirper cette idée sans « détruire la porteuse ». Leur audace augmente : ils imaginent les pires scénarios pour tuer cette idée. Après s’être rendus auprès de F pour la convaincre d’abjurer, ils croiront d’abord avoir réussi. Puis le doute s’insinue en H 2. Il renvoie son complice et, alors seul, de plus en plus seul, H 2 se rend compte que F n’a feint d’abdiquer que pour mieux garder son idée, comme un noyau vivant en elle. Pour que la « vérité » triomphe, quelle attitude prendra H 2? S’agit-il d’un drame sur la différence et l’intolérance? Sur la vie et la mort des idées : un cas grave de « non-assistance à pensée en danger »? S’agit-il d’une impasse tragique de la communication et du dialogue?

Un personnage ne supporte pas qu’une idée – qu’un autre personnage garde par-devers lui – ronge insidieusement sa propre pensée; aidé d’un acolyte apparu presque miraculeusement, il va s’attacher, sans y parvenir, à détruire chez l’autre cette simple idée qui le menace. Elle est là fait référence à l’intolérance, au germe totalitaire qui se cache dans l’attachement à une idée que l’on tient pour LA vérité et, finalement, à l’immense solitude de l’être. À partir de ce drame microscopique de la vie courante au cours duquel tout se détraque, se développe une action dramatique véritable : péripéties, retournements, intrigues, dans une progression qui n’est traduite que par le langage, en dialogue resserré, dense et survolté.

Nathalie Sarraute est née avec le siècle à Ivanovo en Russie et est morte à Paris en 1999. Romancière, essayiste et dramaturge, elle est considérée comme la pionnière du Nouveau Roman. Elle s’impose comme l’un des grands écrivains de langue française du XXe siècle. Son oeuvre, sans équivalent dans la littérature, est née du souci d’exprimer ce qui ne l’avait jamais été, d’exposer ces infimes mouvements de l’intériorité qu’elle nomma « tropisme » : « …mouvements intérieurs ténus, qui glissent très rapidement au seuil de notre conscience… des petits drames qui se développent suivant un certain rythme, un mécanisme minutieusement agencé où tous les rouages s’emboîtent les uns dans les autres. » À 96 ans, elle est le onzième écrivain à entrer de son vivant dans La Pléïade. Elle laisse une oeuvre révélatrice des interrogations et des recherches de son temps. Une oeuvre dont le succès et la diffusion en plus de trente langues témoignent du grand nombre de lecteurs et de spectateurs qu’elle a su toucher. En 1978, Gallimard publie Théâtre qui rassemble cinq pièces dont Elle est là. Sarraute dira alors: «mon théâtre continue mes romans» soulignant la persistance de son travail. Toujours, dans et par le langage, ses personnages plongent dans les eaux troubles de la relation à l’autre.

Dans le but de faire découvrir aux spectateurs d’ici non seulement la dramaturge mais également la romancière qu’est Sarraute, un court prélude à Elle est là, une sorte « d’entrée en mots », sera présenté en première partie du spectacle. Intitulé Sous-conversations, ce collage de divers textes fera plonger les spectateurs dans l’univers de l’auteur des célèbres Tropismes.

Affiche

Photos

Photo de l’en-tête : Yves Renaud