SAISON DE LA FRANCE – J’AI GÊNÉ ET JE GÊNERAI

Du 19 au 22 septembre 2001

Texte : d’après les écrits de Daniel Harms
Mise en scène : Émilie Valantin + Jean Sclavis

Interprétation et manipulations : Émilie Valantn + Jean Sclavis
Voix : Stanislas Fedozzov

Scénographie : Nicolas Valantin
Lumières : Gilles Richard
Musique : Serge Besset

Une production du Théâtre du Fust/Marionnettes (Montélimar – France) + ESPACE GO (Accueil)

Dans J’AI GÊNÉ ET JE GÊNERAI, Émilie Valantin s’est appliquée à mettre en marionnettes une kyrielle de saynètes absurdes ou cocasses du dramaturge-perturbateur Daniil Harms. Dans un cadre d’inspiration constructiviste, Harms lui-même est représenté couché, grandeur nature, alors qu’autour de lui, s’agitent des poupées donnant la comédie de ses cauchemars, de ses humeurs bilieuses et d’une misanthropie qui n’épargne absolument personne…

Créatrice inventive et indomptable, Émilie Valantin conçoit des spectacles dont la recherche théâtrale et le discours engagé s’allient tout naturellement aux marionnettes qu’elle construit elle-même. Ses multiples talents lui permettent tout autant de raffiner la création plastique, de renouveler les techniques de jeu, que de susciter l’invention de dispositifs scéniques qui ont fait le renom de la compagnie qu’elle a fondée, le Théâtre du Fust.

« Je ne connaissais pas du tout Daniil Harms… on m’a guidée vers lui. À prime abord, j’étais un peu agacée par les écrits du début de sa carrière. Bien qu’il s’agisse d’un maniement de l’absurde totalement surréaliste, extrêmement violent et motivé, je ne croyais pas que cela aboutirait en un spectacle satisfaisant. Toutefois, en explorant les textes les plus tardifs de Harms, rédigés vers 1936, j’ai découvert qu’il abandonnait la poésie éclatée et les onomatopées pour rendre compte de la dureté politique avec une forme littéraire inusitée : des brèves voire presque des « miniatures ». Cette prose impérative est immédiatement calibrée pour la marionnette; on ouvre le livre et on a envie de tout lui faire jouer ! »

« Harms décrit la barbarie de ses concitoyens, critique la rusticité du peuple, dissèque la violence, avec une vérité et une verdeur bien à lui. Comme je ressentais une phase de déception politique au même moment, je me suis sentie très concernée par ses écrits. Les choses ne changent guère : les imbéciles prennent la parole comme ils peuvent, c’est-à-dire avec la violence. Je suis aussi héritière, de par ma famille, d’un désir de contestation, de causticité, de malice… Les histoires de Harms n’ont l’air de rien, mais elles se révèlent extrêmement pernicieuses. Il me nourrit toujours. »

« Quand j’ai fondé la compagnie, il y a plus de vingt-cinq ans, j’ai d’emblée voulu m’adresser aux adultes. J’ai d’abord vécu un long compagnonnage avec d’autres marionnettistes, mais je me suis lassée de la vie associative. Aucune compagnie de marionnettes en France ne reçoit des subventions égales au théâtre et aucune structure n’existe pour elle non plus. Dissidente, j’ai donc prêché la diaspora de façon à inclure nos spectacles dans les programmations théâtrales régulières. Par exemple, J’ai gêné et je gênerai a été créé à la Villa Gillet, à Lyon, puis présenté au Festival In d’Avignon en 1995 et au Théâtre National de l’Odéon, à Paris. Même si l’on a maintenant la reconnaissance professionnelle, les réalités économiques, elles, ne sont pas encore acceptées. »

Né en 1905 à Saint-Petersbourg, Daniil Harms Iouvatchov use d’une pléthore de pseudonymes pour publier ses écrits tantôt totalement déconcertants, tantôt irrésistiblement comiques. Adepte de la poésie transrationelle héritée des futuristes, il provoque les milieux politique et culturel russes dès le début de sa carrière. Décrié autant par le pouvoir que par le peuple, qu’il ne cesse de malmener dans ses textes, Harms sera condamné à quelques années d’exil pour ses activités contre-révolutionnaires. Dès 1928, il ne subsiste que grâce à ses ouvrages pour enfants qui – ironie du sort – sont devenus de véritables classiques en Russie. Certaines de ses pièces ne durent qu’une réplique, d’autres reprennent la même scène à l’infini, mais toutes conjuguent, on ne sait comment, non-sens et logique ! Considéré par la presse comme « une abomination contre laquelle il faut lutter », Harms fut vite happé par le stalinisme et mourut dans une geôle psychiatrique, en 1942. Ses manuscrits, qui furent confisqués lors de son arrestation, en 1941, seront finalement retrouvés au début des années 90 dans les archives du KGB. Le Suisse Jean-Philippe Jaccard en assume alors la traduction française.

Affiche