BÉRÉNICE

Du 14 janvier au 15 février 1992

Texte : Jean Racine
Mise en scène : Brigitte Haentjens

Avec Marc Béland + Normand Canac-Marquis + Patrice Coquereau + Sylvie Drapeau + David La Haye + Isabelle Vincent

Assistance à la mise en scène : Claude Lemelin
Scénographie : Danièle Lévesque
Lumières : Michel Beaulieu
Costumes : Louise Jobin
Accessoires : Micheline Rouillard
Musique : Jean Sauvageau
Maquillage et coiffures : Angelo Barsetti

Une production d’ESPACE GO

Mot de la directrice artistique :

La tâche que je me suis assignée à la direction artistique de l’ESPACE GO est de faire de la place au désir, d’être à l’affût de ce qui cherche à s’exprimer dans le monde. Le choix d’un texte qui sera diffusé auprès d’un vaste auditoire n’est pas le fruit d’une simple impulsion. Il s’inscrit dans une recherche complexe, dans un besoin de dire souvent très personnel.

En choisissant le théâtre comme le véhicule de nos questionnements, nous croyons que notre recherche a une résonnance dans le monde. C’est difficile de dire une chose comme celle-là, c’est très intime et puis le monde nous présuppose toujours en train de sauter sur les occasions. C’est encore plus vrai lorsqu’un petit théâtre s’attaque à un monument de la dramaturgie classique comme BÉRÉNICE de Racine. Heureusement, pour tous les créateurs, les mobiles du théâtre aujourd’hui ne peuvent plus être l’orgueil ou le désir d’attirer sur soi l’attention. Le public n’est pas dupe et nous demande d’autres comptes.

Une recherche a besoin d’un cadre. Depuis quelques années, l’ESPACE GO est devenu un lieu consacré au théâtre d’auteurs. Les spectateurs qui suivent les productions de l’ESPACE GO savent que, dans cette maison, les acteurs sont les gardiens de la langue et du mystère de la parole. Ils laissent parler les mots qui en savent bien plus que nous.

Notre recherche aujourd’hui est celle de la quête d’une identité nouvelle, génératrice d’espoirs et de solutions. Que sommes-nous devenus en cette fin du vingtième siècle? Et plus spécifiquement quelle femme, quelle amoureuse, a fait de moi mon époque? Je me dis qu’en posant cette question, nous toucherons nécessairement les hommes et les femmes qui nous ont faits. Et, je l’espère, tous ceux et celles qui sont venus nous entendre ce soir.

Bérénice fait figure de proue. Comme vous le verrez, Titus et Bérénice iront rejoindre Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Marc-Antoine et Cléopâtre au Panthéon des amants.

Mais dans ce Panthéon, la voix de Bérénice est unique. Elle préfère Titus vivant, plutôt que mort, même s’il l’a trahie. Elle incarne ce qu’elle défend : la maîtrise de soi, la force intérieure, l’accord entre l’âme et le corps. Elle apporte un nouvel éclairage à notre quête. Bérénice entend vivre sa liberté de manière conséquente. Elle n’a pas trop de toutes ses forces pour neutraliser l’effet sur elle du nivellement par le bas de ses sentiments, que tout un Empire lui propose sous un tas de déguisements.

Bérénice l’étrangère suppose une façon d’être au monde autrement. Racine en écrivant cette œuvre a ravivé le lit de la mémoire; ici repose encore l’offrande de Bérénice à l’humanité, une offrande à la Vie envers et malgré tous.

Affiche

Photos

Photo de l’en-tête : Les Paparazzi