Les neuf recommandations du Chantier féministe

La place des femmes en théâtre

1. LA CRÉATION D’OUTILS STATISTIQUES SUR LE GENRE ET LA PARITÉ FEMMES-HOMMES
 
Considérant l’importance de brosser un portrait annuel de l’état des lieux afin de bien suivre l’évolution de la construction de la parité femmes-hommes dans le milieu théâtral québécois;
Considérant les difficultés rencontrées par les chercheuses pour l’obtention des informations sur la répartition des financements accordés selon le genre afin d’établir un portrait des financements octroyés;

 

Nous demandons que des outils statistiques communs aux trois paliers de gouvernement, qui se baseraient sur la méthodologie déjà développée par les Femmes pour l’Équité en Théâtre (F.E.T.) et les chercheuses du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), soient créés afin de colliger pour toutes les subventions accordées :

 

a. les informations relatives au nombre d’artistes (autrices et auteurs, metteuses et metteurs en scène, actrices et acteurs, conceptrices et concepteurs, artisanes et artisans, ainsi que les travailleuses et travailleurs culturel·les), œuvrant sur chaque production en théâtre, selon leur identification au genre;
 
b. les informations relatives à la répartition des sommes accordées en subventions aux projets selon l’identification au genre des récipiendaires occupant les postes suivants : direction artistique, mise en scène, écriture;
 
c. les informations relatives à la répartition des sommes accordées en subventions au fonctionnement selon l’identification au genre des récipiendaires occupant les postes suivants : direction artistique, mise en scène, écriture, et ce, pour chacune des productions.
 
 
 
2. LA CRÉATION DE COMITÉS-CONSEILS FÉMINISTES AU SEIN DES DIFFÉRENTS CONSEILS DES ARTS
 
Considérant que les besoins de formation et de support pour le personnel des conseils des arts ont été maintes fois soulevés pendant les journées professionnelles du Chantier féministe et en regard de la complexité des enjeux pour l’atteinte de la parité;
 
Nous demandons la création au sein de chaque conseil des arts d’un comité conseil féministe et informé des enjeux de l’intersectionnalité. Ce comité travaillant en concertation avec les équipes en place aurait pour mandat :
 
a. d’étudier les critères des programmes, leur caractère potentiellement restrictif, les frais admissibles des projets, et ce, en regard de la pluralité des pratiques et des réalités des femmes artistes;
 
b. de recevoir les données statistiques et d’émettre des recommandations de stratégies et de pratiques éthiques à adopter pour la construction de la parité aux sein des conseils d’administration de chacun des conseils des arts.
 
 
 
3. LA REDISTRIBUTION DU FINANCEMENT PUBLIC
 
Considérant que les femmes sont des contribuables au même titre que les hommes;
 
Nous demandons :
 
a. L’application de quotas paritaires Nous demandons que les organismes subventionnaires mettent en place des politiques de quotas paritaires dans la distribution des fonds publics pour les programmes de soutien au projet et au fonctionnement;
 
b. La parité comme critère d’évaluation Nous demandons que la présence paritaire femmes-hommes au sein des programmations artistiques à l’écriture, à la mise en scène et à la conception soit un critère d’évaluation MAJEUR lors de l’attribution des fonds publics destinés aux lieux de diffusion;
 
c. Un rattrapage historique Nous demandons que les fonds disponibles au fonctionnement soient attribués en priorité aux compagnies dirigées par des femmes, afin d’opérer un rattrapage historique nécessaire pour l’atteinte de la parité dans le milieu théâtral québécois.
 
 
 
4. L’UTILISATION DU LANGAGE ÉPICÈNE ET NON SEXISTE DANS LES COMMUNICATIONS ÉCRITES
 
Considérant que l’Office québécois de la langue française dénonce comme étant désuet « l’usage de la forme […] masculine par défaut pour alléger le texte »;
Considérant que l’usage du masculin par défaut biaise l’évaluation des projets déposés;
Considérant que, telle qu’elle est utilisée actuellement dans les documents des organismes desservant la profession, la langue française écrite rend invisible l’existence même des femmes artistes dans notre milieu;

 
Nous demandons une intégration du langage épicène et non sexiste dans toutes les communications, les formulaires de subventions et les documents officiels des conseils des arts, des organismes de services et des associations.
 
 
 
5. FORMATION : L’IMPOSITION DE QUOTAS SUR LE GENRE ET LA PARITÉ AU SEIN DU CORPS ENSEIGNANT ET POUR LES OEUVRES À L’ÉTUDE
 
Considérant que les années passées dans les écoles de théâtre représentent une étape cruciale dans le développement de l’identité artistique des étudiant·es et constituent des années de forte socialisation à la culture et aux pratiques du milieu;
Considérant que les constats statistiques démontrent que la majorité des textes étudiés ainsi que les mises en scène créées lors de la dernière année de formation dans ces établissements sont principalement des réalisations d’hommes;

 
Nous demandons que soient imposés, pour toutes les années de formation, des quotas au sein des écoles bénéficiant d’un financement public :
 
a. pour que soit respecté dans le corpus à l’étude un nombre paritaire de textes et d’œuvres de femmes et d’hommes;
 
b. pour qu’au sein du corps enseignant invité soit engagé un nombre paritaire de metteuses en scène et de metteurs en scène.
 
 
 
6. LA CRÉATION DE PRIX SOULIGNANT LES RÉALISATIONS DES CRÉATRICES EN THÉÂTRE
 
Considérant que les prix représentent une reconnaissance, une légitimation importante du travail des artistes et qu’ils ont une influence directe sur le développement et le rayonnement de leur carrière, et devant les constats de la sous-représentation des femmes artistes en théâtre au nombre des lauréat·es des prix de prestige;
 
Nous demandons que soient créés des prix soulignant le travail exceptionnel des créatrices en théâtre.
 
 
 
7. LA RÉFORME DES PRIX EXISTANTS
 
Nos premières recherches indiquent que depuis la création de certains prix, les hommes seraient trois fois plus nombreux que les femmes à en être les lauréats.
Considérant le prestige entourant les prix comptant au nombre des plus hautes distinctions décernées annuellement par les gouvernements et les conseils des arts;
Considérant l’importance de faire connaître le matrimoine collectif et les héritages des femmes artistes, un enjeu maintes fois soulevé pendant le Chantier;
Considérant que les femmes font face à une discrimination systémique tout au long de leur carrière;

 
Nous demandons :
 
a. l’alternance des lauréates et lauréats selon le genre
 
Nous demandons une alternance femmes-hommes dans la remise des prix déjà existants, ce qui permettrait de rééquilibrer la situation, de nourrir notre matrimoine collectif et d’agir comme un incitatif majeur pour amener les femmes artistes à poser leur candidature.
 
Nous demandons aux instances concernées de trouver une façon d’inscrire les artistes non binaires dans cette mesure.
 
a. La révision de la nomenclature des prix décernés au nom des gouvernements
 
Plusieurs prix portent le nom d’une grande personnalité, perpétuant ainsi la mémoire de ses accomplissements. Or, sur les huit prix du Québec, par exemple, un seul porte le nom d’une femme, celui de Denise-Pelletier, et l’on observe, par ailleurs, que ce prix détient un des plus hauts taux de femmes artistes lauréates depuis sa création, soit 38 %.
 
Nous demandons qu’une révision de la nomenclature des prix soit opérée pour arriver à une égalité de noms de femmes et d’hommes, afin de rendre visibles les artistes femmes ayant contribué aux avancées des pratiques théâtrales au Québec et au Canada, et d’ainsi briser le plafond de verre dans l’accès aux prix de prestige.
 
 
 
8. LE SOUTIEN À LA CONSERVATION ET AU RAYONNEMENT DU MATRIMOINE QUÉBÉCOIS
 
Considérant que la contribution des autrices aux avancées des pratiques artistiques, comme à celle de l’histoire du théâtre au Québec, est peu connue, voire éclipsée;
Considérant que l’Association québécoise des auteurs et autrices dramatiques (AQAD) et le Centre des auteurs dramatiques (CEAD) travaillent déjà sur un projet de répertoire numérique de textes;
Considérant que la difficulté d’avoir accès à ces informations perpétue les biais androcentristes dans les écoles de formation et dans les programmations;

 
Nous recommandons :
 
a. à l’AQAD et au CEAD d’inclure à leur projet numérique des outils de valorisation de la théâtrographie des autrices, tant contemporaines que du répertoire québécois;
 
Et nous demandons :
 
a. aux instances subventionnaires de soutenir financièrement la production de ces outils.
 
 
 
9. PLAN DIRECTEUR DU THÉÂTRE PROFESSIONNEL QUÉBÉCOIS 2020-2030 : L’ATTEINTE DE LA PARITÉ UN ENJEU PRIORITAIRE POUR L’ENSEMBLE DU MILIEU
 
Considérant tout ce qui a été énoncé précédemment;

 

Nous demandons que le Conseil québécois du théâtre (CQT) fasse de l’atteinte de la parité femmes-hommes un objectif prioritaire de son plan directeur du théâtre professionnel québécois 2020-2030.