Extraits de presse

 

★★★½

Un texte touffu et dense. Une mise en scène explosive. Des interprètes fous comme des balais. Le reste vous le connaissez par le cinéma est un spectacle à voir et à revoir à Espace Go.

Ça déborde, ça exulte, ça fait mal par où ça passe. Christian Lapointe a conçu un objet théâtral inventif et foisonnant à partir de son auteur fétiche, le Britannique Martin Crimp, dramaturge néo-absurde, drôle mais profond, qui pourfend intensément l’idée même du pouvoir et l’humanité de consommation.

Ici, le personnage d’Œdipe, ô combien tragique, est ramené à ce qui ressemblerait probablement davantage à la réalité : celle d’un agresseur sexuel lâche et stupide (magnifique Éric Robidoux). Le personnage principal, Jocaste, autre figure tragique par excellence, est magnifiquement interprété par la toujours juste Nathalie Mallette. D’un clin d’œil, elle sait faire rire, d’un ton grave et définitif, elle nous émeut.

Résumons vite l’affaire puisque ce feu roulant théâtral est beaucoup plus.

Jocaste, mère incestueuse, tente de faire la paix entre ses fils Étéocle (hilarant Gabriel Szabo qui fait penser à un politicien du style Denis Coderre) et Polynice (le jeune et surprenant Jules Ronfard), qui aspirent tous les deux au trône délaissé par leur père-frère, Œdipe. Orgueil, violence et sang émergeront de leur bêtise à tous.

Christian Lapointe fait donc le pari d’en rire le plus souvent possible en insérant des références au temps présent. On peut rire et pleurer. Parfois dans la même réplique. Dans tous les cas, on le fera superbement avec les vidéos de Lionel Arnould, les costumes  d’Elen Ewing et la musique  de Nicolas Basque.

Et on n’a pas parlé des acteurs suaves que sont Marc Béland et Paul Savoie. Des cris et des rires des femmes. Des accessoires en carton-pâte amusants et de la diversité sur scène, du quotidien futile contaminant les dialogues et des réflexions désespérées du dramaturge et du metteur en scène. L’un, acerbe et poétique, l’autre à l’imagination joyeusement, totalement débridée.

Mario Cloutier, La Presse+

 

Martin Crimp est un des dramaturges les plus marquants de sa génération. Cette expression éculée est néanmoins vraie bien que l’on ne monte que sporadiquement ses pièces à Montréal malgré le fait qu’elles soient accueillies comme des vents de fraîcheur à chaque fois.

C’est justement sur la scène d’Espace Go que Christian Lapointe amène les Phéniciennes, ces jeunes féministes de l’ère grecque, revisitées par Martin Crimp à partir de l’œuvre d’Euripide. Cette relecture contemporaine de l’histoire d’Étéocle et de Polynice, fils d’Œdipe et de Jocaste, frères d’Antigone et d’Ismène, par le britannique Crimp, brillamment adaptée en québécois et mise en scène par Lapointe, est un véritable délice qui brasse la cabane, ne se gênant pas pour moderniser et vulgariser – parfois très vulgairement, mais que c’est donc bon! – la légende de Thèbes.

Dans un décor amovible, résolument 2018 et hyper efficace conçu par Jean Hazel, Christian Lapointe dirige avec la finesse d’un orfèvre le chaos colossal qu’il crée avec son impressionnante distribution de quatorze comédiens dont les vivifiantes, opiniâtres et in your face choristes / cheerleaders / adolescentes de l’ère Instagram et YouTube. Ces interprètes formidables (certaines très jeunes, fraîchement sorties de l’école, d’autres un peu plus expérimentées comme Marie-Ève Perron et Ève Pressault qui m’avait jeté par terre avec son jeu physique l’an dernier et qui le fait encore ici) ne se contenteront pas de se tenir dans un coin pour commenter l’action comme le traditionnel chœur grec mais se mêleront ingénieusement à l’action et dynamiseront tout ce qui aurait pu être statique entre des mains moins habiles.

Bien qu’il s’agisse d’une pièce résolument POV féminin, menée par une Nathalie Mallette au sommet de sa forme en une Jocaste parfois drôle, parfois tragique, parfois froide, parfois lubrique, et par la rafraîchissante découverte époustouflante, Claudia Chillis-Rivard dans le rôle d’Antigone, les hommes de la distribution ne sont pas en reste. Marc Béland en slip rouge et vieux casque de bain assorti fait un Créon étonnant, Gabriel Szabo et Jules Ronfard proposent des frères ennemis savoureusement contrastés, Éric Robidoux un fascinant Œdipe pendant que Paul Savoie, qui arrive sur le tard, nous rappelle que less is more, que le talent brut ne s’illustre pas toujours par de grands éclats. Phénoménal. Enfin, il ne faut pas oublier l’extraordinaire performance de Lise Castonguay, une comédienne que l’on gagne à voir de plus en plus, formidable autant dans le rôle de la nourrice que lorsqu’elle intègre le chœur des «jeunes» plus tard dans le spectacle.

Cette pièce de Crimp, magnifiquement traduite et montée par Christian Lapointe, [est] brillante.

Yanick Comeau, Zoneculture

 

Oubliez les textes en alexandrin, lourds et pompeux. Le reste vous le connaissez par le cinéma a beau tirer sa source d’une histoire écrite il y a plus de 2 500 ans, cette réécriture de Martin Crimp est résolument moderne.

Et la traduction qu’en a faite Christian Lapointe est délicieusement québécoise.

Rendre une tragédie grecque dans la plus pure tradition du théâtre classique, non seulement accessible mais de le faire avec autant d’aisance est un tour de force que réussissent ici les deux hommes.

La mise en scène de Christian Lapointe sert brillamment le texte. L’utilisation de projections vidéo est fort à propos, pour nous montrer certaines scènes, laissant ainsi place au beau jeu des acteurs.

[Il s’agit d’] une belle brochette de comédiens qui rivalisent de talent pour nous en mettre plein la vue.

À quelques semaines des élections, ce texte fondamental ne rate pas sa cible.

Les thèmes de la guerre, du pouvoir et du contrôle, étant ancrés profondément chez l’être humain, l’histoire, malheureusement, se répète depuis la nuit des temps. On en voit toujours la portée aujourd’hui.

Rires, rage, délire et sang attendent le spectateur. Bref, un excellent spectacle intelligent à voir absolument!

Tan Bélanger, ARP Média

 

Cette relecture par l’auteur britannique Martin Crimp des Phéniciennes, classique d’Euripide du Ve siècle avant Jésus-Christ, dépoussière à grands coups de Shop Vac les péripéties de ces joyeux personnages que sont Œdipe, Antigone et Créon. Sans perdre la charge dramatique de cette tragédie millénaire, le texte de Crimp et la mise en scène déjantée de Christian Lapointe renouvellent le propos des Anciens en posant des questions très modernes sur le pouvoir, la politique et la place des femmes. On sort interloqué par l’avalanche de questions débitées par le chœur des Phéniciennes (brillamment interprétées par six jeunes comédiennes à l’énergie mordante), mais content d’avoir été brassé de la sorte.

Benoit Valois-Nadeau, Journal Métro

 

« Le reste », c’est le reste de l’histoire, et l’histoire, c’est celle d’Œdipe. Le célèbre récit mythologique est remis au (dé)goût du jour, dans une mise en scène extravagante où le kitsch et les paillettes amusent autant qu’elles aveuglent.

Dans le contexte des élections québécoises, la pièce rappelle ironiquement les dangers d’une démocratie au clivage manichéen : l’orgueil incestueux des aspirants au pouvoir transforme la course à la chefferie en combat d’homme à homme, dans l’oubli de la question politique et des intérêts des citoyen·ne·s. Comme nous le rappelle Christian Lapointe, la tragédie grecque est éminemment moderne : elle nous donne le choix entre tyrannie et tyrannie par alternance.

Si la pièce nous parle, la scénographie et la mise en scène, elles, hurlent. Le chœur des phéniciennes, narratrices de la tragédie, ouvre la pièce en interpellant le public par des questions belliqueuses. Successivement cheerleaders, puis infirmières, puis nageuses, leurs rôles centralisent la folie provocatrice voulue par Christian Lapointe. Et aucun des personnages n’y échappe : Étéocle et Polynice en joueurs de baseball, Antigone en veste à paillettes, Créon en slip de bain, Tirésias en homme de ménage : pas une couleur d’oubliée, pas une audace de réprimée.

On apprécie le dynamisme pop et loufoque, le grotesque assumé ainsi que le slang québécois qui vient contrebalancer la profondeur de la tragédie

Evangéline Durand-Allizé, Le Délit

 

★★★

Nous sommes devant un spectacle fourre-tout où les règles du drame antique sont déconstruites selon une perspective actuelle, proche du Québec contemporain. Autant de signes identitaires, témoignages d’une deuxième décennie du 21e siècle annonçant une troisième avec un grand point d’interrogation.

À un moment, malgré notre totale concentration, nous ne sommes plus en mesure de savoir qui est qui. Et pourtant il s’agit d’un texte magique, essentiel, on ne peut plus actuel en ces moments de campagnes électorales. Il faut parler au vrai monde, ne pas trop intellectualiser, même si les propos de Crimp/Euripide/Lapointe sont cinglants, allant droit au but.

Vulgariser ou pas? Telle est la question que se pose le metteur en scène et traducteur. Offrir aux communs des mortels une entrée privilégiée dans l’univers de la scène. Non pas en le poussant à faire un effort pour essayer de comprendre l’espace intellectuel, mais au contraire, en s’adaptant à lui, en optant pour un populisme conciliateur.

Le chœur des femmes est respecté et le message final, comme dans toute tragédie grecque qui se respecte, ne manque pas à l’appel.

Élie Castiel, Revue Séquences

 

Le texte incisif de Crimp et la mise en scène survitaminée de Lapointe passent au tordeur chacun des personnages de cette tragédie pour mieux se moquer de notre démocratie de façade où les décisions se prennent au-dessus de la tête des citoyens et pas toujours pour leur bien. Le metteur en scène et ses 14 interprètes font de cette démocratie une comédie grotesque et mettent en lumière les périls d’une ambition démesurée, ainsi que les limites du système politique et du peu de poids qu’a notre propre détermination face à des décisions qui nous sont, au final, bien plus souvent dictées par notre entourage, par pression sociale ou par une situation donnée.

La production est soutenue par une trame musicale qui tonne et claque comme un fouet et par les projections vidéo éclatantes de Lionel Arnould, qui nous envoient au visage la violente lutte du monde. Le dispositif scénique monté comme des estrades de stade permet de jouer sur plus d’un niveau d’ascendance et de pouvoir. Malgré cela et malgré la qualité du texte, pour lequel la traduction de Lapointe équilibre bien la langue des grandes tragédies et le québécois des cours de récré, la pièce souffre de son ton criard. Cette direction d’acteur exaltée semble toutefois pleinement assumée par le metteur en scène.

On en retient l’absurdité d’une lutte au pouvoir menée par simple ambition personnelle ou orgueil… et une multitude de questions sans réponses.

Daphnée Bathalon, MonThéâtre.qc.ca

 

★★★

La proposition que nous fait Christian Lapointe, avec cette relecture d’Euripide – et, accessoirement, de Martin Crimp, qui est ici traduite très librement – peut de prime abord sembler criarde et confuse, voire difficile à suivre. L’impétuosité perpétuelle et les hurlements qui fusent dénotent une énergie symbolique: la jeunesse et son inconscience sont des thèmes (brillamment) mis de l’avant.

Pour cette ouverture de saison d’ESPACE GO, on n’a pas lésiné sur les moyens, et la distribution est hallucinante; outre Nathalie Mallette en Jocaste, on y retrouve aussi les Phéniciennes Marie-Ève Perron, Ève Pressault, Florence Blain Mbaye et Mellissa Larivière, et l’hilarant Paul Savoie.

Pierre-Alexandre Buisson, La Bible urbaine

 

Christian Lapointe ne recule devant rien lorsque vient le temps de déconstruire, de mettre en relief, de bousculer et d’analyser un texte. C’est avec un texte de Martin Crimp, une réécriture de la pièce «Les Phéniciennes» d’Euripide que Lapointe a décidé de se lancer. Il signe aussi la traduction.

D’actualiser ce mythe et tragédie dans une perspective humoristique noire, démontrant la banalité de cette histoire, mais aussi l’imbécilité de l’homme pris dans une roue ne tournant qu’à cause de son égo et sa soif de pouvoir est savoureux. Cette vision réussit à trouver une certaine résonance chez le spectateur, particulièrement quand nous avons présentement des Trump et Jong-Un au pouvoir.

La mise en scène de Christian Lapointe, à la scénographie impressionnante, est audacieuse et combine plusieurs styles et transitions intéressantes. Celle-ci reste cependant inégale à plusieurs moments, passant de tableaux franchement agressants et inintéressants à des tableaux puissants où toute la réflexion de Crimp et Lapointe brille par un jeu irréprochable et des images fortes de sens. La plupart des comédiens maîtrisent à merveille, dont Nathalie Mallette en Jocaste, ce ton peu évident justement, mais pas tous.

J’ai, en général, une certaine réserve sur le travail de Lapointe, trouvant que trop souvent celui-ci oublie le spectateur, nous abandonnant parfois au profit d’une réflexion trop personnelle qui ne se rend pas toujours au public. Avec LE RESTE VOUS LE CONNAISSEZ PAR LE CINÉMA, nous avons plusieurs ancrages et sommes en mesure de rester connecté au spectacle, ce qui est non négligeable compte tenu du propos qui joue abondamment avec les grandes questions philosophiques de la vie et de Socrate, pour lesquelles nous n’avons encore aucune réponse, chose que le spectacle nous rappelle assurément avec humour.

J’ai de la difficulté à savoir si j’ai aimé ce spectacle ou non, sentiment récurrent avec Lapointe, mais chose certaine, il suscite l’échange et la réflexion après la pièce et c’est ce que l’on souhaite du théâtre.

Jordan Dupuis, Quartier Général

 

La présentation de Le reste vous le connaissez par le cinéma tombe à point, en ce moment de campagne électorale québécoise. Écrite, il y a des millénaires, Les Phéniciennes reste une œuvre furieusement actuelle et dénonce parfaitement les dérapages survenant à l’approche d’un changement de pouvoir. On retient de cette pièce la futilité avec laquelle est traitée la res politica et que finalement la politique prend souvent des allures de chicane de p’tits gars égocentriques.

Le reste vous le connaissez par le cinéma donne une belle place aux femmes. Jocaste (Nathalie Mallette), meurtrie par son historique tragique, essaye en vain de raisonner et réconcilier ses fils. Antigone, habitée par la fougue de sa jeunesse, est aux prémices de sa rébellion. Les Filles, Les Phéniciennes, soufflent en chœur les répliques aux différents personnages et s’imposent en véritable maître du destin.

Il faut reconnaître que la créativité de Christian Lapointe dans la mise en scène incarne bien la folie propre à la course au pouvoir. Le rythme dynamique peut être épuisant par moment. Les intermèdes musicaux et les projections vidéo renforcent le côté vertigineux de la pièce. Les différents interludes des Filles, tout comme les costumes, sont assez loufoques et plairont aux amateurs d’humour décalé.  Quant aux références à la culture pop québécoise, ils font sourire et allègent le coté pesant de la mythologie œdipienne.

Meriem Benammour, Mazrou