Repères biographiques de Denis Marleau

Né au Québec, Denis Marleau développe avec constance depuis quarante ans une pratique théâtrale où s’entrelacent ludisme, rigueur formelle et transversalité. Formé au Conservatoire d’art dramatique de Montréal et après un séjour d’études à Paris, il fonde en 1982 le Théâtre UBU suite à la création de CŒUR À GAZ & AUTRES TEXTES DADA  au Musée d’art contemporain de Montréal. Les spectacles-collages suivants –  PICASSO-THÉÂTRE (1985), MERZ OPÉRA (1987), OULIPO SHOW (1988), UBU CYCLE (1989), CANTATE GRISE (1990), LES UBS (1991), LUNA-PARK 1913 (1992) – se font remarquer notamment grâce au travail du metteur en scène sur la plasticité de la langue et l’utilisation virtuose de la voix par ses interprètes. C’est aussi dans le cadre de la rétrospective Kurt Schwitters qu’il crée MERZ VARIÉTÉS (1995) au Centre Georges-Pompidou. Se tournant vers les écritures contemporaines, Denis Marleau explore ensuite les univers de Bernard-Marie Koltès (ROBERTO ZUCCO, 1993), de Samuel Beckett (LA DERNIÈRE BANDE, 1994), de Thomas Bernhard (MAÎTRES ANCIENS, 1995), d’Antonio Tabucchi, (LES TROIS DERNIERS JOURS DE FERNANDO PESSOA, 1997), de Pierre Perrault (AU CŒUR DE LA ROSE, 2001), de Jon Fosse (QUELQU’UN VA VENIR, 2002), de José Pliya (NOUS ÉTIONS ASSIS SUR LE RIVAGE DU MONDE, 2005). Il monte également plusieurs pièces de l’auteur québécois Normand Chaurette, parmi lesquelles LE PASSAGE DE L’INDIANA (1996), LE PETIT KÖCHEL (2001), LES REINES (2005). Il aborde parallèlement le grand répertoire allemand avec WOYZECK (1994) au Théâtre national de Bruxelles, NATHAN LE SAGE (1997) à la cour d’Honneur du Festival d’Avignon, et URFAUST (1999) à l’Usine C. Il aborde Tchekhov (LE MOINE NOIR, 2004), Shakespeare (OTHELLO, 2007; L’HISTOIRE DU ROI LEAR, 2012), Molière (LES FEMMES SAVANTES, 2012; TARTUFFE, 2016), de même que Sénèque avec la pièce AGAMEMNON dont il signe la mise en scène à la salle Richelieu de la prestigieuse Comédie-Française (2011). Invité de nouveau en 2015, il monte INNOCENCE de Dea Loher dans cette même salle.

Avec la création de la « fantasmagorie technologique » LES AVEUGLES (2002) de Maurice Maeterlinck, applaudie sur trois continents, Denis Marleau s’engage dans une recherche approfondie sur l’intégration de la vidéo au service du personnage. Pour Lille 2004, il développe notamment avec sa collaboratrice artistique Stéphanie Jasmin, une trilogie de l’absence avec COMÉDIE de Beckett et DORS MON PETIT ENFANT, de Jon Fosse, et ensuite au Festival TransAmériques (2009) UNE FÊTE POUR BORIS. En écho à ces expérimentations, le tandem conçoit, pour l’exposition La Planète mode de Jean Paul Gaultier : de la rue aux étoiles (2011), initiée par le Musée des beaux-arts de Montréal, une installation vidéo à la demande du célèbre couturier. Dans le domaine lyrique, Denis Marleau met en scène La Trahison orale de Mauricio Kagel avec le Nouvel Ensemble Moderne (1992), Le Château de Barbe-Bleue, de Béla Bartók au Grand théâtre de Genève (2007) et l’opéra fantasmagorique L’autre hiver au Manège Mons (2015) qui tournera par la suite en Europe et au Canada. Avec la SMCQ, il signe la mise en scène du Petit livre des Ravalet de John Rea à l’Usine C (2016).

À ESPACE GO, Denis Marleau poursuit depuis de nombreuses années un fructueux cycle de collaborations amorcé en 2006 avec LA FIN DE CASANOVA de Marina Tsvetaïeva, suivi de CE QUI MEURT EN DERNIER de Normand Chaurette (2008), du COMPLEXE DE THÉNARDIER de José Pliya (2009), d’AVANT-GARDE de Marieluise Fleisser (2017), de même que des pièces JACKIE d’Elfriede Jelinek (2010), LE DERNIER FEU de Dea Loher (2013) et LA VILLE de Martin Crimp (2014), trois spectacles qu’il a mis en scène avec sa complice de création Stéphanie Jasmin. À l’automne 2014, Denis Marleau est invité par ESPACE GO à signer la mise en scène de LUMIÈRES, LUMIÈRES, LUMIÈRES, la nouvelle pièce de l’auteure et artiste en résidence Evelyne de la Chenelière. Ce spectacle lui vaut une mise en nomination pour le prix de la mise en scène de l’Association québécoise des critiques de théâtre.

Denis Marleau se consacre parallèlement à une activité soutenue de formateur au Québec et à l’étranger. Il dirige notamment plusieurs travaux d’élèves au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, à celui de Bordeaux, de même qu’à la Manufacture de Lausanne. En 2004, il est metteur en scène invité à l’École des Maîtres, un cours international itinérant de perfectionnement théâtral en Italie, France et Belgique. Il a enseigné au Collège Jean-de-Brébeuf, à l’Université de Moncton et à l’Université du Québec à Montréal.

De nombreuses distinctions jalonnent le parcours de Denis Marleau. Deux fois lauréat du Prix du Gouverneur général du Canada (Prix du Centre national des arts, 1998; Prix de la réalisation artistique, 2012), il a aussi reçu plusieurs Masques de l’Académie québécoise du théâtre et plusieurs Prix de la critique. Il a été nommé chevalier de l’Ordre national du Québec (1999), chevalier de l’Ordre des arts et des lettres de France (2002) et Officier de l’Ordre du Canada (2017). Il est également titulaire de deux doctorats honorifiques décernés par l’Université Lumière Lyon 2 (2003) et par l’Université du Québec à Montréal (2009). En novembre 2014, le gouvernement du Québec lui décernait le prestigieux prix du Québec pour les arts de la scène, le Prix Denise-Pelletier.