Extraits de presse

 

Des interprètes exceptionnelles qui rendent avec justesse et émotion la pensée et la parole des femmes à travers les siècles. Parfait spectacle pour la réouverture d’Espace Go, après des mois de travaux.

[La danseuse Louise Lecavalier] nous émeut.

Céline Bonnier (en alternance avec Évelyne Rompré) réussit le tour de force de rendre vivante, vibrante même, chacune de ces femmes tout aussi exemplaires que leur consœur sacrifiée par la vanité des hommes.

Sophie Desmarais, en jeune femme de la modernité qui est «tombée» sur le livre de Marguerite Porete, entame magistralement la dernière partie. Nerveuse, inquiète, elle lit des passages du livre, partageant la passion et la quête d’absolu de son auteure.

Soulignons l’excellente direction des interprètes par Stéphanie Jasmin et Denis Marleau, la musique prenante d’Ana Sokolović et les très belles sculptures de Claude Rodrigue.

★★★ ½
Mario Cloutier, La Presse+

 

Stéphanie Jasmin et Denis Marleau ont le don de nous faire découvrir ou redécouvrir des femmes occultées par leur époque, incomprises par leur société, fascinantes femmes de chair ou de papier qui, souvent après s’être tenues dans l’ombre d’un ou de plusieurs hommes, entrent dans la lumière, apparaissent sur scène dans toute leur complexité, dans toute leur richesse intellectuelle, philosophique, morale et psychologique.

Dans [l’atelier d’une artiste] vont se déployer entre Marguerite Porete et d’autres Marguerite — de Constantinople, d’Oingt, d’York, de Navarre et Duras — des « liens hypothétiques, réels ou poétiques ». Stéphanie Jasmin juxtapose soigneusement les monologues, de manière à laisser le spectateur établir les relations, constater les troublantes résonances.

Les interventions de la danseuse et chorégraphe [Louise Lecavalier] sont sublimes.

Céline Bonnier (en alternance avec Évelyne Rompré) prête vie à celles qu’on nomme les témoins. La comédienne glisse tout naturellement du XIIIe au XXe siècle, relève haut la main le défi d’interprétation en exprimant tour à tour la prestance, l’ingénuité, la gravité, la frivolité et la désespérance.

Brillamment défendu par Sophie Desmarais, le monologue [de la dernière portion du spectacle], rendant notamment hommage à Sarah Kane et à Nelly Arcan, évoque de manière poignante ces « femmes d’hier et de maintenant [qui] cherchent toujours à nommer les contradictions de leur vie intérieure, à donner une dimension sacrée à leur passage, quête de transparence qui porte en elles toutes celles qui ont précédé ».
Christian Saint-Pierre, Le Devoir

 

Pour raconter le silence du procès, la chorégraphie et la danse de Louise Lecavalier racontent l’hésitation, le doute, l’accablement, la fatigue que Marguerite Porete a certainement dû éprouver devant le jury d’inquisiteurs. Sur la musique d’Ana Sokolović, un chant de violons d’une grande beauté, la danseuse, tout en noir dans le décor blanc d’un atelier poussiéreux, écrit dans l’espace le désarroi de la suppliciée. Et c’est sublime. «Forcément sublime», aurait ajouté Marguerite Duras.

Les cinq Marguerite, convoquées à titre de témoins au procès de Marguerite Porete, apparaissent grâce à cette technologie, chère à la compagnie, de vidéo projetée sur un masque, ici les magnifiques bas-reliefs de Claude Rodrigue. Mais, cette fois-ci, la vidéo est réalisée, la plupart du temps, en direct grâce à un ingénieux système monté sur un casque, où est fixée une petite caméra qui filme de face le visage de l’actrice, ce soir-là Céline Bonnier (le rôle est tenu en alternance avec Évelyne Rompré). La voix amplifiée permet un jeu très intérieur, presque des murmures qui, malgré l’impression de désincarnation, créent une proximité réconfortante.

Ces cinq femmes, toutes différentes et pourtant si semblables, des mères, des filles, des sœurs de Marguerite Porete, des femmes qui n’ont pas eu voix au chapitre de l’histoire, des femmes dangereuses, puisqu’elles commettent «le crime d’écrire». Pour les raconter, pour chacune d’elle, Céline Bonnier change imperceptiblement de tonalité, de rythme, de souffle. Sa voix veloutée fait couler des mots qui tournoient dans l’air, «amour, âme, raison», autour d’elle et de son corps empêché. C’est avec la voix qu’elle s’élève, qu’elle émeut, qu’elle éblouit.

Sophie Desmarais, avec parfois un débit ultra rapide, mais toujours impeccable, est si justement efficace qu’elle en est touchante. La détresse affleure dans ce flot de paroles jetées hors d’elle, loin d’elle, comme si elles menaçaient de l’empoisonner.

Enfin, il faut souligner la scénographie très réussie de Stéphanie Jasmin, qui accueille ces Marguerite dans un atelier d’artiste, là où s’invente quelque chose qui pourrait ressembler à du théâtre.
Michelle Chanonat, revuejeu.org

 

Si l’avenir d’ESPACE GO ressemble à ce que j’ai vu avec Les Marguerite(s), l’avenir est réjouissant! Belle réflexion sur la place et la parole des femmes qu’on a souvent jugées dangereuses. On est happé [par la danseuse Louise Lecavalier], elle a une présence scénique absolument singulière. Son solo est à couper le souffle. Tour de force de la part de Céline Bonnier. J’ai été très impressionnée par ce que j’ai vu à ESPACE GO.
Karyne Lefebvre, Dessine-moi un dimanche, Ici Radio-Canada Première

 

Je me souviens (qui pourrait l’oublier?) du spectacle avec masques lumineux Les aveugles de Denis Marleau et Stéphanie Jasmin en 2002, d’après un texte hanté du Belge Maurice Maeterlinck écrit en 1890. Ce fruit exquis du mariage de la poésie et des nouvelles technologies par la compagnie Ubu, tissé de mystère sur voix et bruits d’hypnose, avait fait le tour du monde (créant la sensation au Festival d’Avignon).

À Montréal, par petits groupes, on courait admirer dans le noir la fantasmagorie insolite au Musée d’art contemporain (qui la rediffusa en 2012), avec visages projetés en amont sur des moules à forme de tête humaine offrant l’illusion de la vie. Ceux de Céline Bonnier et de Paul Savoie incarnaient douze aveugles égarés dans une forêt sans guide.

J’ai retrouvé avec joie leur écho technologique (sur une mécanique plus sophistiquée) dans Marguerite(s) du même duo, pièce de Stéphanie Jasmin mise en scène de concert avec Denis Marleau, toujours sous le label d’Ubu.

Une fois de plus, le visage de Céline Bonnier s’y projette sur des masques de plâtre (en alternance avec Évelyne Rompré) à travers des identités diverses, ici déclinées en plusieurs coiffes. Et que représentent ces Marguerite(s)-là sinon la parole de toutes les femmes, du Moyen Âge à aujourd’hui?

L’œuvre sur fond blanc, qui assurait jeudi dernier l’ouverture du théâtre Espace Go après neuf mois de travaux de réfection, en piste jusqu’au 17 mars, embrasse la modernité et l’intemporalité. Jeu d’équilibristes.

Les Marguerite(s) représente à mes yeux l’aspect le plus original de la griffe québécoise sur scène : cet alliage de la mémoire créatrice et des explorations numériques, quand le doigt de la grâce daigne les toucher.

Ainsi dans cette merveilleuse pièce en hommage à une poétesse mystique du XIVe siècle, Marguerite Porete, habitante du Hainaut entre France et Flandre, brûlée vive avec son livre en autodafé pour avoir écrit l’admirable Miroir des âmes saintes et anéanties. Vestale marginale et indépendante, autant dire suspecte, la dame déployait sa quête d’absolu hors des dogmes du catholicisme, dans une spiritualité libre et embrasée.

« Elles ont un fondement solide et un édifice élevé, qui les tient en repos de toutes choses », écrivait-elle à propos des créatures libérées de leurs entraves psychiques. Sa plume a parfois des accents de Lao Tseu.

En cet instant précis de l’histoire où la féminité revendique sa force et sa charge, cette voix de femme quasi oubliée, condamnée au bûcher comme hérétique — « Une sorcière comme les autres » — chanterait Anne Sylvestre —, retentit comme le bruit sourd d’une rivière prenant sa source au fond des âges.

Elle avait osé penser par elle-même, osé écrire, Marguerite Porete. Les flammes l’attendaient comme Jeanne d’Arc, coupable d’avoir trahi son sexe en endossant l’armure.

Dans cette pièce en trois actes, la danseuse et chorégraphe Louise Lecavalier incarne de tout son corps la poétesse silencieuse au cours du procès. Loin des mouvements acrobatiques qui ont fait sa renommée avec La La La Human Steps, sa danse de pas glissés sur éclairs de révolte, de doute, d’envol et d’abandon exalté m’a éblouie.

Ici, plusieurs Marguerite défilent en témoins touchés d’une façon ou d’une autre par l’auteure mystique devenue cendres au vent. C’est la portée de la création qui se joue sur les masques reflétant les traits de Céline Bonnier.

Entre la politicienne Marguerite de Constantinople et la mystique Catherine d’Oingt dans leur Moyen Âge, la somptueuse et pourtant dévote Marguerite d’York au XVe siècle, la femme de lettres Marguerite de Navarre cinquante ans plus tard, comme, près de nous, la romancière et cinéaste passionnée Marguerite Duras, ce fil court sans se rompre en liant cet étrange bouquet là.

La jeune femme jouée par Sophie Desmarais, avec en main ce Miroir des âmes simples et anéanties, découvert par hasard, n’en revient pas d’entendre résonner en elle les mots incandescents de Marguerite Porete, si loin, si proche pourtant.

Miracle de la transmission qui fait parfois jaillir les eaux dormantes, hier, aujourd’hui, sans crier gare, ce spectacle, qui m’a tant inspirée, chevauchait l’avenir aussi. On souhaite longue vie à l’Espace Go.
Odile Tremblay, Le Devoir

 

★★★★ ½

Le corps de Lecavalier est une machine de chair, d’os et de muscles, mais surtout et avant tout d’une âme qui respire la créativité. Musique minimaliste pour l’occasion, signée Ana Sokolović, aux tonalités motivantes, alternant entre le calme et la tempête, entre le désir et la volupté intellectuelle. Les deux formes se joignent admirablement bien.

[L]es Marguerites sont lumineuses, mais d’entre elles, Duras nous interpelle au-delà du geste et de la parole, notamment en ces jours de scandales sexuels que nous interprétons comme autant des revendications vers une égalité totale dans les rapports hommes-femmes.

Les Marguerite(s) est aussi une œuvre pieuse, marquante, suivant la courbe d’une partie de l’Histoire de l’individu, de la femme surtout; sa condition dans l’espace social, grâce à la plume de Jasmin, est reconstitué, transcendée par les mots, conduite vers le terrain des possibles. Cette pièce-essai est d’une rigueur attachante dans l’écriture; surtout dans son interprétation spirituelle de la chrétienté, loin des dogmes créés par les Hommes.

La scénographie, toujours de Stéphanie Jasmin, offre de nouvelles perspectives dans l’art de la représentation, dépassant le réalisme contemporain par la prise en charge d’approches innovantes et multiformes. Et le son, d’une puissance précise d’évocation, crédite Julien Éclancher qui s’en charge avec une tendance aussi agressive que poignante.

Le nouvel Espace Go signe une première pièce de la saison abstraite, complexe, d’une rare richesse et qui, une fois n’est pas coutume, somme le spectateur à se débarrasser de son confort pernicieux et de son indifférence. Denis Marleau et Stéphanie Jasmin gagnent leur audacieux pari.
Élie Castel, Sequences.org

 

Les artistes sur scène servent avec brio une mise en scène ingénieuse et un texte intense et prenant.

C’est par son corps que l’excellente Louise Lecavalier transpose la résistance silencieuse de l’accusée. Une chorégraphie soigneusement réglée qu’elle signe et interprète avec énergie. Un esthétisme vif qui traduit bien la douleur morale et la rupture intérieure de cette femme.

Tour à tour, selon les représentations, Céline Bonnier ou Evelyne Rompré se glissent dans la peau des cinq Marguerite, à l’aide d’une technologie de caméra. C’est fascinant!

Chacune de ces témoins a sa particularité par son rythme, ses intonations, ses sons, ses vibrations. Le visage de Céline Bonnier, projeté sur des bas-reliefs, réussit à les rendre vivantes avec leur propre personnalité. Quel tour de force!

Sophie Desmarais récite son texte avec une telle véhémence que le spectateur en perd parfois son latin.  Elle n’a pas un rôle facile, mais démontre qu’elle a beaucoup de talent et de potentiel.
Micheline Rouette, ARP Média

 

Les Marguerite(s) met de l’avant la mécanique même de la création. Dans la première partie, la performance hermétique de Louise Lecavalier entraîne le spectateur dans un exercice troublant. C’est celui du corps matériau, ce corps sculpté à force de mouvements que l’on répète jusqu’à en perdre le sens. La scène devient alors les coulisses d’une œuvre en devenir.

Il en est de même dans la deuxième partie où Céline Bonnier donne sa voix à des visages de plâtre animés grâce à un appareil de projection. Elle lève ainsi le voile sur des témoins de l’histoire de Marguerite Porete. On se retrouve alors face à une forme de création hybride se situant entre la peinture et la sculpture. Cette scène n’a de cesse de nous étonner puisque les visages demeurent animés même après que Bonnier ait arrêté de parler. On retrouve là le legs de l’artiste, soit l’œuvre qui perdure après que les voix se soient tues. Mais, c’est seulement quand Bonnier se libère de la machinerie qui permet la projection que l’on goute enfin à l’intensité du théâtre. En effet, plus rien ne nous sépare du visage de l’artiste. C’est la vérité de cette performance dénuée de toute forme d’artifice que l’on retient réellement de l’ensemble.

La dernière partie du spectacle rend, quant à elle, hommage à la lumière qui perce la couverture rigide des livres. Sophie Desmarais, dans un monologue actuel et percutant, démontre combien les mots de Marguerite Porete, même issus d’une autre époque, peuvent nous sauver du vide qui nous ronge. Après tout, ces héritages que nous offrent les créatrices et les créateurs sont assurément là pour traverser l’Histoire et résonner ailleurs, là où d’autres vies auront besoin d’y puiser leur sens.

La mise en scène novatrice rend Les Marguerite(s) intéressante. Pour les passionnés de théâtre en quête de renouveau, l’expérience peut s’avérer inspirante.
Marie-Andrée Arsenault, Mazrou

 

La belle mise en scène permettait aux trois personnages de la pièce ainsi qu’à l’histoire d’être présentés de façon audacieuse et intéressante. Le début de la pièce était à la fois captivant et dérangeant, mais je ne pouvais m’empêcher de regarder Louise Lecavalier maîtriser son corps avec autant de délicatesse et d’écoute. Le rythme, l’attention et les mouvements étaient au rendez-vous et étaient livrés avec brio. Je félicite d’ailleurs l’interprète pour ce moment touchant et percutant partagé avec le public.

J’étais très heureuse d’apprendre l’histoire d’une femme ayant marquée son temps moralement et politiquement. Marguerite Porete est un bon exemple d’incarnation humaine remplie de force, de détermination et de passion. Quelques jours après la journée internationale des droits de la femme, il m’a fait plus que plaisir de rencontrer ce personnage qui nous aide à comprendre davantage pourquoi il est, encore aujourd’hui, si important de se battre pour qui nous sommes en tant qu’être humain. Une histoire bouleversante qui a amené et qui continuera à amener les femmes, artistes ou non, de ce monde à se surpasser!

Être assise dans un banc au théâtre en 2018 et me sentir transporté dans les années 1600 était simplement incroyable. Un usage de la technologie fait avec beaucoup d’imagination. J’ai trouvé très audacieux l’idée de rendre justice aux personnages de ce temps tout en mettant en avant plan le talent des comédiennes, plus précieusement, celui de la très aimée Céline Bonnier. Je dois d’ailleurs saluer son travail! Incarner cinq personnages tout en leur donnant des couleurs différentes était très divertissant et beau à regarder.
Schelby Jean-Baptiste, Lounge Urbain