Extraits de presse

 

★★★★

Une plume géométrique et essentielle, jonglant avec la langue française comme si chaque mot était nouveau, à découvrir, et les plus simples, les plus rébarbatifs, que la dramaturge-comédienne Evelyne de la Chenelière rend aussi puissants qu’engageants. D’emblée, La vie utile est une pièce sur les mots, sur leur importance dans notre ADN, car ils font partie de notre existence, sans qui le rapport à l’autre peut sembler inexistant.

Et les silences, eux aussi, parlent, mais dans une langue autre, un dialecte singulier rendu admirablement bien par la mise en scène captivante de Marie Brassard, cérémoniale et magnifiquement surréaliste, garante d’une plastique scénique naviguant entre le rêve et la réalité, entre le clair et le diaphane. Plus proche du songe, en fait, plaçant le spectateur dans une zone d’inconfort majestueux qui lui donne la sensation de se retrouver dans un navire en pleine tempête, alors que dans ce jardin de l’Éden faussement écologique, la sérénité calme n’est que pure illusion.

Comme entrée en matière, l’actrice, droite, seule devant l’assistance, offre un moment de pure anthologie. Dans la salle, on sent la chair de poule nous envahir. Dès lors, on sait aussi que la suite sera inspirée.

Pari gagné pour celles qui signent ici une des plus belles propositions de l’année, une possibilité de situer le discours intellectuel dans des sphères qui dépassent l’entendement, de jongler avec la forme, sommant le spectateur de devenir complice d’un acte théâtral qui outrepasse l’imagination.

Marie Brassard signe une mise en scène d’une originalité exemplaire, fortement émue par le texte puissant d’une femme de théâtre surprenante, intentionnellement à l’abandon. Comme un sacrifice offert aux Cieux.

Élie Castiel, revuesequences.org

 

Il y a indéniablement beaucoup de bonnes idées et de savoir-faire dans ce spectacle. La scénographie d’Antonin Sorel est magnifique, la serre envahie de plantes et traversée en son plafond par une échelle gigantesque qui se perd dans les hauteurs apparaît comme une métaphore de la vie et de la mort. Les projections sont déployées avec parcimonie, mais avec une grande efficacité. Il faut voir les plantes s’animer, tout spécialement quand la pénombre se fait. La musique de Jonathan Parant n’est pas en reste, éthérée, parfois angoissante.

La metteuse en scène Marie Brassard orchestre cela de main de maître. Sa signature est reconnaissable; les familiers d’Infrarouge retrouveront ses voix passées dans les effets sonores. Surtout, elle a eu la bonne idée de réunir à nouveau, du moins en partie, la distribution gagnante de La fureur de ce que je pense.

[Evelyne] de la Chenelière s’est cousu un rôle sur mesure, elle se montre sensible et nuancée. Le rôle de la mère est tenu par une Christine Beaulieu en forme, qui en fait passer autant dans ses intonations que dans sa gestuelle.

Malgré toutes les qualités dont il vient d’être question, il subsiste un bémol. La structure du texte garde le spectateur à distance, il y a peu de place pour l’interprétation du spectateur et un réel investissement émotif de sa part.

Reste que l’on passe une heure et demie très stimulante et qu’en fin de parcours on se surprend à penser, comme Jeanne quand la Mort lui annonce qu’il est maintenant temps de partir, « déjà? »

Jean-Philippe Roy, revuejeu.org

 

Sophie Cadieux propose un impressionnant jeu physique.

Un texte au langage dense, poétique et intellectuel à la fois. Il faut néanmoins admettre que l’écriture de la Chenelière et son interprétation force l’admiration et nous déconcerte, nous sortant, de façon assumée, de la zone de confort habituelle du théâtre. Audace et originalité décrivent bien La vie utile, malgré son côté cryptique et « inaccessible ».

Les personnages évoluent dans une magnifique scénographie (Antonin Sorel) qui mélange pièces domestiques et jardins, sur fond d’écrans qui projettent forêts, verdure et nuits et nous plongent dans un environnement quasi magique. Les vidéos de Karl Lemieux et leur intégration par Guillaume Arsenault méritent d’être soulignés, puisqu’ils deviennent pratiquement un personnage à part entière de La vie utile.

Il faut être en forme et dans un état d’esprit ouvert et demeurer très concentré pour entrer dans le mysticisme de La vie utile, mais, comme de la Chenelière le décrit si bien elle-même, « c’est plus qu’un texte, c’est une expérience », et on n’en sort pas indifférents, repensant à cet univers et à cette écriture uniques pendant plusieurs jours.

Gabrielle Brassard, montheatre.qc.ca

 

Compte tenu du processus d’écriture antinomique, le texte d’Evelyne de la Chenelière aurait pu être morcelé, sans cohérence, livrant une avalanche de mots pas toujours porteurs d’images. En résidence d’écriture à Espace Go pendant trois ans, elle a écrit en public pour ainsi dire, sur le grand mur du hall du théâtre, au regard des passants du boulevard Saint-Laurent et constamment dérangée dans sa concentration par ce qui bougeait autour. Plutôt qu’isolée chez elle, dans un acte solitaire, souvent souffrant, elle a fait le pari du contraire, et le résultat est plus que probant.

La metteure en scène Marie Brassard réussit admirablement à nous entraîner dans ce délire existentiel en créant une pièce d’atmosphère. Dès le début, elle installe un climat, et sait le maintenir avec une couleur ésotérique et beaucoup de poigne jusqu’à la toute fin de la pièce. On sent entre l’auteure-comédienne et la metteure en scène une confiance réciproque totale.

L’écriture scénique de Marie Brassard est pleine d’inventions et d’audaces, comme cette voix traitée électroniquement du personnage joué par Christine Beaulieu. Une langue surréelle qui vient modifier la perception du moteur dramatique.

Le très beau décor conçu par Antonin Sorel est en soi une création artistique de haut niveau. Un espace temporel et intemporel à la fois, qui assimile une dimension végétale et aquatique surprenante, aussi bien que la simple chambre à coucher de Jeanne discutant de son sort ultime directement avec la Mort.

Il faut souligner aussi le très beau travail de Jonathan Parant et Frédéric Auger, concepteurs de l’environnement sonore à la fine pointe qui nous prend à témoin face au destin de cette fille tout à fait ordinaire autrement.

Qui aurait pu prévoir qu’à partir d’un premier mot suivi d’un autre écrit sur ce mur d’un théâtre transformé en chantier d’écriture, la démarche allait donner sous plusieurs couches ce texte fort, hanté, et d’une absolue portée philosophique?

La directrice artistique d’Espace Go, Ginette Noiseux, a joué le tout pour le tout dans cette aventure devenue une œuvre majeure, remarquablement lucide autant que déstabilisante.

Gilles G. Lamontagne, sors-tu.ca

 

La vie utile, une proposition scénique d’une grande poésie.

L’esthétique absolument magnifique de la scénographie d’Antonin Sorel et l’ambiance de ces différents lieux sont très soignées et, jusqu’aux éclairages de Sonoyo Nishikawa, d’une grande précision, en passant par la corporalité d’Evelyne De la Chenelière, interprète de Jeanne, on ne peut que remarquer que tout est parfaitement et finement travaillé dans cette production dirigée par Marie Brassard.

De la Chenelière et Brassard offrent là un très bel exercice de style, visuellement sublime.

Evelyne de la Chenelière est parvenue à créer une matière théâtrale avec une ligne directrice claire et une histoire qui se tient, et même plus, qui est pertinente et qui porte à la réflexion.

Le public devrait voir La vie utile comme une proposition aussi poétique que théâtrale, qui permet d’emporter avec soi les sensations et les réflexions qui l’ont le plus interpellé et qui auront marqué son inconscient.

Alice Côté Dupuis, labibleurbaine.com

 

Ce spectacle est la symbiose parfaite entre le style unique de Marie Brassard et les mots sublimes et toujours justes d’Evelyne de la Chenelière. Ce qui envoûte et frappe dès les premières secondes du spectacle, c’est cette scénographie et ce décor magnifique d’Antonin Sorel qui se veut à la fois cette bulle de verre de notre enfance que l’on secoue et qui devient enneigée, une cage d’oiseau de fer du passé et une serre abandonnée envahie par la végétation luxuriante rappelant le paradis de Adam et Ève. Les personnages du texte de La Chenelière sont à l’image des œuvres de Brassard soit parfois anges, démons, putains, Saints, gargouilles et créatures mystiques qui peuplent l’imaginaire des contes et de la mythologie. Sophie Cadieux est impressionnante et nous rappelle cette Nelly Arcand qu’elle interprétait, sauvage et machiavélique dans La fureur de ce que je pense. Christine Beaulieu, métamorphosée tant physiquement que vocalement est délicieuse et parfaite, venant oxygéner ce spectacle qui n’est pas, il faut le dire, d’une légèreté dans le propos. Soyez avertis. Jeanne se questionne sur la foi, SA foi, notre rapport au temps, aux mots et leur signification, l’héritage familial, la vie et la mort, la nature et le corps, le paradis et l’enfer.

La vie utile est un spectacle magnifique pour un public prêt à plonger dans un univers singulier que seul le travail de Marie Brassard et d’Evelyne de la Chenelière peut proposer. J’ai adoré.

Jordan Dupuis, Quartier Général

 

La vie utile est l’ovni théâtral de cette saison ESPACE GO. Une expérience métaphysique qui prend racine sur le vaste chantier calligraphié de la résidence d’Evelyne de la Chenelière. Cet espace créatif a ainsi servi de matériau à cette pièce hybride psychédélique.

Dans La vie utile, tout s’enchevêtre. La pièce nous égare dans un foisonnement de mots et de projections visuelles dont on peine parfois à saisir le sens.

Dans notre obsession de tout décoder, on voudrait bien étiqueter cette pièce atypique. Associer les bons mots pour la catégoriser. Seulement le faut-il vraiment? Nous devons donc accepter de sortir de notre zone de confort pour embrasser la dimension artistique de la pièce. La considérer comme une expérience théâtrale qui sort des sentiers battus. Et ce, même si La vie utile nous déstabilise.

La pièce ne convient sans doute pas à tous les publics, mais sa force est d’ouvrir un espace de discussion. Chacun sera ensuite à même de forger ses propres repères à l’ombre de son parcours individuel.

Thomas Campbell, mazrou.com

 

La mise en scène exploite habilement le décor de la forêt, sa charge onirique et son symbolisme religieux. La forêt est l’espace de tous les dangers, du déploiement des forces obscures. C’est un lieu d’éternité, dans lequel le temps se dilate et Jeanne tombe de cheval. Sa chute infinie étire la durée de sa « vie utile ».

Sur scène, la langue déliée d’Evelyne de la Chenelière prend corps dans un texte saturé de sensations et de poésie métaphysique, porté par des interprètes épatants.

« La langue commune », annonce Jeanne, n’est rien d’autre qu’une « source permanente d’incompréhension ». Effectivement. Au fil de la pièce, on se perd dans les énumérations agitées qui forment un point de rupture du sens commun, dans lequel l’expérience théâtrale prend finalement tout son sens.

Léa Arthémise, atuvu.ca

 

Il est d’usage pour [Evelyne de la Chenelière] de s’amuser à brouiller l’espace-temps. La vie utile suit la même démarche.

Le jeu est la grande force de cette pièce. Le texte est touffu. À plusieurs reprises, les personnages doivent déclamer de longues logorrhées verbales. C’est d’ailleurs à ce moment que Sophie Cadieux révèle toute la finesse de son jeu. Vêtue de son costume de Jeanne d’Arc et perchée dans une échelle, elle récite ces mots avec fougue réussissant à leur apporter une signification.

La scénographie imaginée par Antonin Sorel est absolument splendide et vaut définitivement le coup d’œil. L’immense serre remplie de plantes et traversée par une échelle géante qui fait le pont entre la vie et la mort allie beauté et ingéniosité. Des plantes que l’on voit croître sont projetées sur les panneaux de verre et le résultat est captivant.

Nancie Boulay, ARP.media

 

Pendant trois saisons, Evelyne de la Chenelière a offert ses pensées et ses états d’âme au grand mur du foyer d’Espace Go. À partir de ce vaste palimpseste de mots, de lignes, de couleurs et de formes, l’auteure a constitué un texte pour le théâtre, une partition franchement impressionniste, plus poétique que dialoguée, une toile d’angoisses existentielles que la mise en scène de Marie Brassard déploie ces jours-ci dans un lyrisme débordant.

Dotée de l’une de ces voix graves et déformées que Marie Brassard prend plaisir à créer depuis de nombreuses années, Christine Beaulieu incarne la mère, aussi drôle que névrosée, aussi aimante que castratrice.

S’appuyant sur un déferlement de mots, où le lexique judéo-chrétien se taille une place de choix, la représentation est une sorte de cadavre exquis, un objet qui relève davantage de la juxtaposition que de l’agencement, de la sonorité que de l’essence, de la fulgurance que de la signification.

En somme une pièce imparfaite, déséquilibrée, pétrie de craintes, mais aussi remplie d’espoir, peut-être un peu comme l’humain face à la mort.

Christian Saint-Pierre, Le Devoir

 

Lumineuse! Fabuleuse Evelyne de la Chenelière, qui porte en elle ses mots et qui les partage au public avec tant de sensibilité, d’authenticité et de talent. Elle nous saisit d’emblée. Texte d’introduction éblouissant! Invitation vibrante, émouvante, grandiloquente à pénétrer dans la forêt de sa mémoire où ses parents et l’iconique Jeanne d’Arc à laquelle elle s’identifie, l’accompagneront dans ce moment ultime qui précède la mort où les souvenirs se fondent aux enseignements religieux et scolaire reçus, depuis son enfance.

Nous avançons, avec elle, vers sa chambre fantasmée, jouxtant la forêt, où la Mort (crédible Louis Negin), vieillard anglophone, l’y accueille, avec lequel elle échangera, tantôt Jeanne, tantôt Jeanne d’Arc, tantôt spectatrice, tantôt actrice de son existence, effectuant des allers-retours de la chambre à la forêt. Nous nous déplaçons vers la forêt et retrouvons Jeanne d’Arc brillamment interprétée par Sophie Cadieux gravissant sempiternellement son échelle, montant, descendant, chutant et faisant jaillir dans un délire verbal ce texte dramatique, témoin d’une « vie utile ».

La mère, (excellente Christine Beaulieu), obsessive et dominatrice, affublée d’une voix robotisée, reprend constamment sa fille, l’infantilise. Le père (convaincant Jules Roy Sicotte), homosexuel idolâtrant Jeanne d’Arc, subit l’autorité de la mère. Ces deux personnages forment un couple rampant dans cette forêt sombre où les mots jaillissent, tels des geysers, s’expulsant, comme dans un delirium tremens.

Christiane Chevrette, nightlife.ca

 

★★★

Résultat mitigé pour cette collaboration entre deux grandes artistes de la scène, Evelyne de la Chenelière et Marie Brassard. Les belles fulgurances de La vie utile occultent mal un collage qui n’a pas fini de sécher.

Au départ, le texte d’Evelyne de la Chenelière annonce de grandes choses. On sait la dramaturge capable de sonder les replis de l’âme humaine avec sensibilité dans une écriture aux accents poétiques. La vie utile n’est pas exempte de ces qualités. La langue de l’autrice est élégante comme toujours. La pensée de Jeanne (Evelyne de la Chenelière) fascine, même si le personnage paraît évanescent. Sa réflexion est, toutefois, constamment interrompue et fragmentée dans cet espace-temps irréel qui se situe entre la vie et la mort.

Nous sommes devant un univers baroque et déjanté, quelque part entre le trou de lapin d’Alice au pays des merveilles et La flûte enchantée de Mozart. On pense aussi à la série Twin Peaks, première mouture.

Mario Cloutier, La Presse

 

Ariane Cipriani : Vous allez reconnaître la signature de Marie Brassard et l’appétit des mots d’Evelyne de la Chenelière pour leur précision, leur sonorité, avec son humour tendre aussi. C’est une pièce, par contre qui est exigeante pour le spectateur, à cause de la charge, du vocabulaire. Il y a plusieurs thématiques abordées : la mort, la foi, la mère envahissante, le désir sexuel.

Joël Le Bigot : Et si c’est compliqué pour le spectateur, on est content.

Ariane Cipriani : Oui, il faut être exigeant, envers les artistes et envers les spectateurs.

Samedi et rien d’autre, Radio-Canada